Le renseignement français espionne toutes les communications avec un dispositif «illégal»

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Le journal Le Monde accuse la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) d'avoir mené un programme "clandestin" de récoltes de données en masse (Photo: Archives/DGSE)
Le journal Le Monde accuse la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) d’avoir mené un programme « clandestin » de récoltes de données en masse (Photo: Archives/DGSE)

«La totalité de nos communications sont espionnées». Dans son édition de jeudi, le quotidien français Le Monde révèle les agissements de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) concernant un vaste dispositif «clandestin» de collectes de données, utilisé par l’ensemble du renseignement français.

«Il y a un vrai Prism à la française», selon le journal Le Monde. En référence au programme de surveillance controversé des États-Unis, la rédaction du quotidien français dévoile différentes allégations sur un prétendu «espionnage» des services de renseignement.

«La DGSE collecte systématiquement les signaux électromagnétiques émis par les ordinateurs ou les téléphones en France, tout comme les flux entre les Français et l’étranger», dévoile ainsi le quotidien. Avant d’ajouter que «l’ensemble des mails, des SMS, des relevés d’appels téléphoniques, des accès à Facebook, Twitter, sont ensuite stockés pendant des années».

Le Monde lance ainsi un pavé dans la mare à travers ces nombreuses révélations. «Si cette immense base de données n’était utilisée que par la DGSE qui n’officie que hors des frontières françaises, l’affaire serait déjà illégale», écrit-il.

«En marge de la légalité et hors de tout contrôle sérieux»

Mais l’importance de ce dispositif prend une toute autre ampleur avec l’implication du reste des services de renseignement français, à savoir la Direction du renseignement militaire (DRM), la Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD), la Direction centrale de la sécurité intérieure (DCRI), la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), le Tracfin et le service de renseignement de la préfecture de police de Paris.

Et ce, «en toute discrétion, en marge de la légalité et hors de tout contrôle sérieux». Selon le Sénat, 80 % des moyens de la direction technique de la DGSE sont utilisés par ces autres services. Si, à l’origine, ces moyens informatiques devaient notamment servir à lutter contre toute menace terroriste, la surveillance ne se limite plus à ce simple cadre.

«Le libellé très flou de la protection de la sécurité nationale permet notamment d’identifier les entourages de personnalités au plus haut niveau de l’État, quelles que soient leur qualité et la nature des liens espionnés», évoque Le Monde.

Le quotidien ajoute également que «les politiques le savent parfaitement, mais le secret est la règle». La rédaction évoque un «Big brother» à la française, l’hexagone figurant dans le «top 5 en matière de capacité informatique, derrière les États-Unis, la Grande-Bretagne, Israël et la Chine».

Des révélations «inexactes» selon Matignon

En réponse à ces allégations, le bureau du Premier ministre a confié, jeudi soir, à l’AFP, que celles-ci étaient «inexactes».

«Plusieurs services font des interceptions de sécurité, DGSE, DCRI et douanes. L’ensemble de ces interceptions sont régies par la loi de 1991. C’est une décision du Premier ministre [de procéder à des interceptions]après avis de la CNCIS [la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité, ndlr]qui a ensuite le pouvoir de contrôler et de vérifier les interceptions», a-t-on expliqué.

Même son de cloche du côté du député socialiste Jean-Jacques Urvoas, co-rapporteur de la mission d’évaluation sur le cadre juridique applicable au services de renseignements. L’affirmation selon laquelle «la totalité de nos communications sont espionnées [et]stocké[e]s pendant des années ne correspond guère à la réalité que je peux connaître», a-t-il assuré. «Les citoyens français ne sont donc pas soumis à un espionnage massif et permanent en dehors de tout contrôle», a-t-il ajouté.

Mais cette vaste base de données, véritable mine d’or du renseignement français, existe sous la forme d’une «infrastructure de mutualisation», comme l’affirme Le Monde. Si, officiellement, elle n’a pas vu le jour, elle est, de l’aveu de plusieurs responsables, véritablement en pratique.

«Voilà des années que nous sommes dans l’autorisation virtuelle, confie l’un des anciens patrons des services. Et chaque agence se satisfait bien de cette liberté permise grâce au flou juridique qui existe autour de la métadonnée». Un flou judiciaire qui peine à lever le voile sur les agissements et les desseins des services de renseignement français.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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