L’Égypte tente de se diriger vers la démocratie mais les islamistes appellent au soulèvement

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Un blessé sur une civière acheminé vers un hôpital après une nuit de violences meurtrières, le 8 juillet 2013 au Caire (Photo: AFP)
Un blessé sur une civière acheminé vers un hôpital après une nuit de violences meurtrières, le 8 juillet 2013 au Caire (Photo: AFP)

Alors qu’au moins 51 personnes ont été tuées lundi au Caire et 435 blessées lors d’une manifestation pro-Morsi et que les Frères musulmans» appellent au soulèvement, le président intérimaire, Adly Mansour, a fait pour sa part lundi une «déclaration constitutionnelle» qui prévoit la ratification d’amendements à la constitution tant décriée de 2012, la tenue d’élections législatives avant 2014 et des élections présidentielles pour l’année prochaine, selon ce que rapporte le quotidien progouvernemental Al-Ahram.

La «déclaration constitutionnelle» du président intérimaire est entrée en vigueur lundi soir, mais sera automatiquement annulée quand une version amendée de la constitution de 2012, tant décriée et maintenant suspendue, sera ratifiée.

Selon cette charte provisoire, le président détient le pouvoir législatif avec le cabinet qui aura un rôle consultatif obligatoire.

Le pouvoir législatif sera transféré à la chambre basse du parlement, la Chambre des représentants, qui doit être élue, lorsqu’elle sera élue.

Le président est également habilité à approuver la politique de l’État et le budget, et également [s’il le juge à propos] à déclarer l’état d’urgence après l’approbation du Cabinet, qui doit encore être formé.

L’état d’urgence, selon la déclaration constitutionnelle, ne peut être mis en œuvre que pendant trois mois et prorogé pour une période similaire, mais seulement, alors, avec l’approbation du peuple égyptien par le biais d’un référendum national.

La Constitution de 2012

En outre, la déclaration constitutionnelle stipule que le président doit former dans les 15 prochains un comité pour proposer des amendements à la constitution de 2012, qui est maintenant suspendue.

Le comité a un mois pour mener à bien ses travaux.

Le comité est composé de deux membres de la Haute Cour constitutionnelle, deux juges, deux membres du Conseil d’État, et quatre professeurs de droit constitutionnel des universités égyptiennes.

Les membres du comité seront choisis par les organes judiciaires respectifs, stipule la déclaration constitutionnelle stipule, tandis Conseil suprême des universités de l’Égypte sera chargé de choisir les professeurs de droit constitutionnel.

Les recommandations de ce premier comité seront renvoyées à un autre comité formé de 50 membres, qui représentera, lui, toutes les couches de la société.

Les membres du deuxième représenteront les partis politiques, les intellectuels, les travailleurs, les agriculteurs, les syndicats, les conseils nationaux, la mosquée Al-Azhar, l’Église copte égyptienne, les forces armées et la police, et d’autres personnalités publiques. En outre, il devrait y avoir une dizaine de jeunes et de femmes parmi les membres.

La plupart des membres seront choisis par leurs organes respectifs tandis que le Cabinet va choisir les «personnalités publiques» du comité qui devra présenter la version finale d’un projet de Constitution dans les 60 jours.

Le projet final sera alors l’objet d’un débat public et le président soumettra cette dernière version du projet Constitution à un référendum national dans les 30 jours à compter de sa réception.

La nouvelle Constitution entrera alors en vigueur dès après, si les Égyptiens en décident ainsi.

La Constitution 2012 a été suspendue dans le cadre de «la feuille de route des forces armées égyptiennes pour l’avenir de l’Égypte».

Quand elle avait été adoptée l’an dernier, 45eNord.ca avait alors attiré l’attention de ses lecteurs sur les articles 2, 3, 4 de cette Constitution qui avait été adoptée malgré l’opposition de près de 45% des Égyptiens.

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Article 2,
L’islam est la religion d’État, sa langue officielle l’arabe, et les principes de la charia islamique sont la source principale de la législation.

Article 3,
Pour les chrétiens et les Juifs égyptiens, les principes de leurs lois religieuses sont la source principale de la législation dans les questions personnelles et religieuses, ainsi que dans le choix de leurs chefs spirituels.

Article 4,
Al-Azhar est un organisme indépendant islamique et il répond seul de ses affaires internes. Son champ d’application couvre la nation musulmane et le monde entier. Il propage les études religieuses et l’appel à l’Islam. L’État garantit les fonds suffisants pour qu’il puisse atteindre ses objectifs. La loi détermine la méthode de sélection du Le Grand Imam d’Al-Azhar, qui est indépendant et ne peut être démis de ses fonctions.

L’avis du Conseil d’Al-Azhar et des érudits du Grand Imam doivent être pris dans les domaines liés à la charia islamique.

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Les forces politiques non islamistes, libérales ou laïques avaient affirmé à maintes reprises que cette Constitution n’était pas représentative de toutes les couches de la société et brimait les libertés et islamisait la société égyptienne à outrance.

Les événements des derniers jours sont en quelque sorte l’aboutissement de la division creusée par l’adoption de cette Constitution maintenant suspendue et qui avait consacré la perte du caractère laïque de la société égyptienne.


Prestation de serment d’Sdly Mansour le 4 juillet (Vidéo: France 24)

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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