Malgré les retards dans les dossiers d’immigration, le Canada accueillera 1 300 réfugiés syriens

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Le cap du million de réfugiés a été franchi au coeur du conflit syrien (Photo: Nations Unies)
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Le cap du million de réfugiés a été franchi au coeur du conflit syrien (Photo: Nations Unies)
Le cap du million de réfugiés a été franchi au coeur du conflit syrien (Photo: Archives/ Nations Unies)

En réponse à l’appel du Haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies, le Canada accueillera jusqu’à 1 300 réfugiés syriens cette année et l’année prochaine, annonce aujourd’hui le ministre de l’Immigration, Jason Kenney, mais des voix s’élèvent pour s’étonner d’une pareille annonce alors que traînent les dossiers d’immigration des Syriens malgré des circonstances difficiles.

«Le gouvernement du Canada est très préoccupé par la crise qui sévit en Syrie et était prêt à intervenir immédiatement auprès des personnes désignées par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) comme celles ayant besoin d’une protection de toute urgence», a déclaré à ce sujet le ministre Kenney, ajoutant toutefois «Comme le Haut Commissariat l’a répété, seule une solution politique pourra mettre un terme à la violence et à la crise humanitaire en Syrie, et le Canada continue de collaborer avec la communauté internationale à la recherche de cette solution.»

En réponse à l’appel lancé au Canada par l’HCR pour qu’il réinstalle un nombre limité de personnes extrêmement vulnérables en situation d’urgence, le Canada réinstallera donc en 2013 et 2014, annonce le communiqué du bureau de Jason Kenney, 200 réfugiés syriens extrêmement vulnérables dans le cadre du Programme de réfugiés pris en charge par le gouvernement.

Le Canada, souligne aussi le bureau de Jason Kenney, collabore aussi avec des signataires d’entente de parrainage et s’est engagé également à accueillir jusqu’à 1 100 réfugiés syriens en 2014 dans le cadre du programme de parrainage privé de réfugiés, en sus du nombre d’espaces de réinstallation des signataires d’entente de parrainage.

Le premier ministre Harper avait annoncé le 17 juin une aide supplémentaire de 115 millions $, en sus des 68,5 millions déjà engagés, pour répondre aux besoins des réfugiés syriens en Syrie et dans les pays voisins, rappelle le communiqué d’aujourd’hui, qui souligne également que, pour sa part, le ministre des Affaires étrangères, John Baird, avait aussi annoncé, le 16 juin 2013, que le Canada aidera la Jordanie à faire face au fardeau considérable qu’elle doit supporter en raison de la guerre civile qui fait rage dans la Syrie voisine.

Entre autres choses, un financement fiable de 100 millions $ pour les trois prochaines années, dit le gouvernement conservateur, aidera la Jordanie à continuer d’héberger temporairement les milliers de réfugiés qui traversent ses frontières chaque jour et à accroître la sécurité dans les camps de réfugiés qui ne cessent de grossir.

Le Canada, rappelle-t-on encore, s’est aussi engagé à réinstaller jusqu’à 5 000 personnes réfugiées en Turquie, principalement des Irakiens et des Iraniens, d’ici 2018 et continue de réinstaller des réfugiés irakiens dans le cadre de l’engagement à réinstaller 20 000 réfugiés irakiens qu’il avait pris avant que n’éclate le conflit en Syrie.

Réactions mitigées

Toutefois, l’annonce du ministre a été unanimement accueillie avec scepticisme.

Pour Fadia Nasser, l’organisatrice du rassemblement à Montréal mercredi dernier de membres de la communauté syrienne du Canada pour demander au ministre Kenney, de faciliter l’entrée au pays de Syriens, au moment où le bilan de la guerre civile dépasse les 100 000 morts, il s’agit certes d’une victoire, mais incomplète.

Mme Nasser a confié à 45eNord.ca qu’elle ne peut que se réjouir que le Canada, répondant à l’appel du HCR, accueille un millier de réfugiés syriens, mais s’étonne qu’on ne priorise pas davantage le traitement des demandes d’immigration de Syriens qu’Immigration Canada a déjà reçu.

Le gouvernement du Canada dit accélérer également le traitement des demandes de regroupement familial, compte tenu des circonstances difficiles, mais, dans la réalité, Mme Nasser et bien d’autres Syriens qui suivent de près ces dossiers n’ont vu aucune accélération.

Pour la député bloquiste d’Ahuntsic et porte-parole de son parti en matière d’immigration, Maria Mourani, elle-même d’origine libanaise et qui suit de très près ce dossier depuis plusieurs mois, accueillir 1 300 réfugiés après des années de tergiversations, c’est trop peu, trop tard.

Mme Mourani réclame aussi des mesures spéciales comme le rapatriement des membres de famille proches d’enfants canadiens qui sont actuellement en Syrie ou l’accélération du traitement des dossiers d’immigration, rappelant que de semblables mesures avaient été adoptées lors du conflit israélo-libanais de 2006 et du tremblement de terre en Haïti de 2010.

Mme Mourani, commentant en entrevue aujourd’hui à 45eNord.ca l’annonce du ministre fédéral de l’Immigration, déclarait elle aussi que, non seulement elle n’avait pas constaté d’accélération du traitement des dossiers d’immigration pour tenir compte des circonstances difficiles des Syriens, mais que, bien que le ministre ait  dit avoir donné des directives à ces fonctionnaires pour qu’ils traitent plus rapidement ces dossiers, les fonctionnaires quant à eux, lui ont affirmé n’avoir reçu aucune directive de la sorte de sa part.

Qui dit vrai?

La députée d’Ahuntsic a aussi rappelé le cas de 17 enfants, âgés de 6 mois à 7 ans, possédant la citoyenneté canadienne, puisque nés ici, et actuellement coincés dans le conflit armé en Syrie. « Ces jeunes ont tous de la parenté au Québec. Cependant, certains membres de leur famille immédiate n’ont pas la nationalité canadienne, empêchant ainsi la famille entière de trouver refuge ici».

La porte-parole du Bloc Québécois en matière d’immigration ne comprend pas non plus que le gouvernement n’ait pas accordé de visa à sept réfugiés syriens reconnus par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, qui ont pourtant des membres de leur famille au Québec disposés à les accueillir.

Pour Maria Mourani, comme pour Fadia Nasser, il est difficile de comprendre qu’on veuille accueillir un millier de réfugiés d’un côté, et qu’on laisse traîner des dossiers d’immigration de l’autres, Fadia Nasser notant aussi à ce sujet que les demandeurs dans le cas des dossiers d’immigration sont aussi bien souvent des personnes scolarisés et dont l’apport à la société canadienne pourrait être appréciable.

La porte-parole du Nouveau Parti Démocratique, Sadia Groguhé, quant à elle, a confié à 45eNord.ca que cette annonce en plein été alors que la Chambre ne siège pas, après des mois de tergiversations et d’atermoiements, a des relents de «stratégie politique» et qu’elle entend bien dès la reprise des travaux parlementaires talonner Jason Kenney pour en savoir plus sur les délais et les ressources qui seront consacrées aux mesures annoncées aujourd’hui par le ministre.

Pour Kevin Lamoureux, porte-parole du Parti libéral en matière d’immigration, le moment chosi par le ministre pour faire cette annonce, alors qu’il ne peut être interrogé en Chambre, n’est pas anodin non plus et démontre que Jason Kenney est passé maître dans l’art de la communication.

Pour Kevin Lamoureux, le ministre Jason Kenney publie tellement de communiqués, pas toujours suivis d’actions, qu’il faudrait plutôt l’appeler «Jason Many»!

Le député libéral, non seulement est d’avis que le Canada aurait pu faire plus, mais il reste donc sceptique quant à la réalisation de ce qui est annoncé et compte bien s’assurer que cette cela sera véritablement suivie, et rapidement, d’actions concrètes.

Sadia Groguhé aussi, entend bien s’assurer que des actions concrètes vont suivre «Avec la vie des gens, on ne joue pas!», a -t-elle déclaré.

Quant aux 1 300 réfugiés, Mme Mourani termine pour sa part en souhaitant aussi que tout cela  ne soit pas qu’une annonce, mais elle demande à voir, concluant en déclarant «Je le croirai quand je le verrai!».