Perdus à Cold Lake: rapport dévastateur de l’ombudsman sur la vie sur la base

17
Base canadienne de Cold Lake, en Alberta, à 297 km d'Edmonton (Photo: Archives/WkiCommons)
Base canadienne de Cold Lake, en Alberta, à 297 km d’Edmonton (Archives/WikiCommons)

La situation à la base de Cold Lake, en Alberta, est telle qu’elle pousse plusieurs militaires à quitter les Forces canadiennes. Le rapport spécial remis en juillet par l’ombudsman des Forces canadiennes, Pierre Daigle, au ministre de la Défense est clair: le coût de la vie, les loyers élevés des logements et la «disparité» entre la rémunération «réelle» à Cold Lake et ailleurs au pays obligent plusieurs militaires affectés sur cette base isolée à occuper un second emploi et en poussent un grand nombre à quitter les Forces canadiennes.

Ces disparités, qui sont la conséquence de la pression à la hausse sur les prix due à la forte progression du secteur pétrolier et gazier risquent même de s’accentuer au cours des années à venir si rien n’est fait et font dire à plusieurs qu’il est préférable de quitter les Forces canadiennes que d’être affecté à Cold Lake.

Dans son rapport, l’ombudsman désigne clairement les «coupables»: le coût de la vie démesurément élevé, les loyers inabordables et vieillots, les problèmes d’accès aux soins médicaux et l’inadéquation de l’indemnité de vie chère censée compenser pour tous ses problèmes.

Le coût de la vie

Au cours de l’enquête qui a mené à ce rapport, la plupart des personnes interrogées, y compris les dirigeants de tous les niveaux, dit le rapport, considéraient que le coût de la vie élevé dans la région de Cold Lake comme un problème sérieux, au point où plusieurs préfèrent quitter les Forces canadiennes plutôt que se retrouver perdus à Cold Lake.

Les problèmes en lien avec le coût de la vie élevé à Cold Lake sont causés en grande partie par la croissance de l’industrie pétrolière et gazière qui exerce une pression à la hausse sur les prix.

Les personnes interrogées par l’ombudsman ont insisté sur le fait que cette situation a des répercussions négatives sur la qualité de vie des membres des Forces canadiennes et de leur famille affectés à cet endroit, en particulier sur les militaires de niveau subalterne.

Avec ce problème, qui oblige nombre de militaires à devoir occuper deux emplois à temps partiel, ou plus, pour joindre les deux bouts , on en arrive à une situation absurde où 35 p. cent des membres d’une importante unité opérationnelle occupent un deuxième emploi pour arriver à joindre les deux bouts.

En outre, des familles ont déclaré ne plus pouvoir se payer les services du téléphone, du câble ou d’Internet, d’autres ont affirmé avoir dû vendre des effets personnels précieux, ne pas pouvoir inscrire leurs enfants au hockey ou à d’autres activités, puiser dans leur régime enregistré d’épargne‑retraite (REER) et même déclarer faillite pour respecter leurs obligations financières.

Cela va, dit le rapport de l’ombudsman, jusqu’à pousser un nombre important de militaires à quitter les Forces canadiennes ou prendre leur retraite afin d’éviter une affectation à Cold Lake.

La perte de militaires expérimentés entraîne alors de nombreuses répercussions à l’échelle de l’organisation, souligne aussi l’ombudsman, notamment des coûts de formation supplémentaires.

Des logements inabordables et vieillots

Rapport spécial au ministre de la Défense

Dans le cas des militaires de niveau subalterne et de leur famille, dit encore l’ombudsman dans son rapport spécial, la location d’un logement sur la base est la seule possibilité viable étant donné que les logements à l’extérieur de la base sont rares et très dispendieux.

Malheureusement, l’évaluation de l’état des logements à Cold Lake révèle clairement que le parc de logements a un besoin urgent d’amélioration, soit par l’entremise de rénovations ou de la construction de nouveaux logements.

À la BFC Cold Lake, dit le rapport de Pierre Daigle, 709 familles/militaires vivent dans des logements des Forces canadiennes dont l’état a été évalué de médiocre à moyen et il n’existe aucun plan de réfection majeure du parc de logements à cet endroit.

Quant au loyer moyen d’un logement militaire de trois chambres à coucher à la BFC Cold Lake sur la base de Cold Lake, il s’élevait, au cours de l’année financière 2012‑2013, à 1 032 $ par mois, soit approximativement deux fois le loyer du même type d’hébergement à la BFC Bagotville, au Québec (557 $), et à la BFC Greenwood, en Nouvelle‑Écosse (542 $), deux bases aériennes similaires au plan opérationnel.

En effet , bien que ce soit l’Agence de logement des Forces canadiennes (ALFC) qui gère le parc d’unités de logement résidentiel (ULR) pour les Forces canadiennes, c’est la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) qui détermine le loyer des logements des Forces canadiennes et elle établit ce loyer en comparant les logements des Forces canadiennes à ceux des marchés locaux.

En outre, l’évaluation de l’état des logements à Cold Lake révèle que le parc de logements de la base a un besoin urgent d’amélioration, soit par l’entremise de rénovations ou de la construction de nouveaux logements.

À la BFC Cold Lake, dit le rapport, 709 familles/militaires vivent dans des logements des Forces canadiennes dont l’état a été évalué de médiocre à moyen. Il n’existe aucun plan de réfection majeure du parc de logements à cet endroit.

Mais il est très difficile d’obtenir les services d’entrepreneurs locaux, occupés qu’ils sont à servir l’industrie pétrolière qui les paie beaucoup mieux que ne peuvent le faire les Forces canadiennes.

«De nombreux entrepreneurs , précise le rapport de l’ombudsman, «ont choisi de travailler pour l’industrie pétrolière parce qu’ils reçoivent beaucoup plus d’argent que ce que le gouvernement fédéral peut leur offrir.»

L’accès aux soins médicaux

L’incapacité à avoir accès à des services médicaux spécialisés ajoute aux problèmes de la qualité de vie à cet endroit., souligne finalement le rapport de Pierre Daigle: les membres des Forces canadiennes et leur famille doivent payer de leur poche des services normalement disponibles à d’autres emplacements urbains des Forces canadiennes.

En janvier 2010, la chaîne de commandement de la 4e Escadre concluait un marché avec un fournisseur de service civil et ouvrait la Clinique médicale Medley, mais cette clinique, réservée aux familles des militaires, ne compte qu’un seul médecin.

Quant aux soins plus spécialisés, il faut alors se rendre à Edmonton., à 297 km de Cold Lake. Des membres de famille de militaires ont dit aux enquêteurs de l’Ombudsman qu’il leur fallait plus de trois heures pour se rendre à un rendez‑vous avec un spécialiste, à Edmonton, et plus de trois heures pour en revenir.

Indemnisation inadéquate

Mais tout ceci serait peut-être tolérable si les militaires de Cold Lake étaient adéquatement indemnisés pour tous ces problèmes, ce qui ne semble vraiment pas être le cas.

Les membres des Forces canadiennes sont rémunérés sur une échelle nationale plutôt qu’en fonction des différences économiques régionales.

Par contre, un mécanisme a été mis en place afin de stabiliser les écarts régionaux du coût de la vie des membres des Forces canadiennes et de leur famille en service au Canada.

Ce mécanisme, l’indemnité de vie chère, l’IVCR, une indemnité imposable, a été instauré à Cold Lake le 1er juillet 2007 à cause de la hausse du coût de la vie dans la région, mais le montant actuel de l’IVCR pour la région de Cold Lake est de 319 $ par mois et les taux de l’IVCR sont gelés depuis 2010 alors que des régions comme Cold Lake connaissent une hausse des prix vertigineuse depuis quelques années.

Recommandations

Devant cette situation, l’ombudsman formule neuf recommandations pour remédier aux problèmes soulevés dans son rapport :

1. Rétablir immédiatement une IVCR qui reflète le contexte économique de Cold Lake.

2. Mettre Cold Lake en priorité dans le cadre de la stratégie nationale relative aux ULR (logements militaires)

3. Mettre en place un programme de réfection efficace pour les ULR de Cold Lake.

4. Donner un rôle plus important à la chaîne de commandement relativement à la prise de décisions sur les priorités, le niveau des loyers, les normes du logement et le réinvestissement.

5. Revoir la mise en place d’une hausse de loyer maximale associée à l’amélioration des ULR.

6. Synchroniser les rajustements locatifs des ULR avec les rajustements de l’IVCR.

7. Rendre les méthodes de calcul de l’IVCR plus transparentes et fournir des explications en langage clair.

8. Revoir et clarifier les indemnités relatives aux soins médicaux en lien avec les emplacements isolés et semi‑isolés.

9. Établir un cadre stratégique permettant l’utilisation de ressources publiques pour améliorer le soutien aux membres des Forces canadiennes et à leur famille affectés dans des unités isolées et semi‑isolées.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Discussion17 commentaires

  1. Cela démontre véritablement nos conditions de vie à Cold Lake…pourtant, aucune actions d'aide n'a été apporté depuis au contraire, le gouv. fédéral continue de couper dans les budgets et supprime même certains avantages que nous soyons à Cold Lake ou ailleurs, il n'y a pas d'exceptions et il devrait y en avoir pour nous ici pour que se soit juste et équitable pour tous les militaires et leurs familles au Canada…

  2. Ca fait tellement d'années que cette situation dure, et Ottawa n'a rien fait. Comme toujours, ils font la sourde oreille jusqu'a les situations empire. C'est rien, on s'en va dans une autre recession militaire pour les prochaines années en plus. C'est apeurant.

  3. Veronique Lamonde

    Situation semblable a Wainwright……n'est ce pas? Et meme pas de vie chere. Les 3 premieres annees nous avions eu 100$ d'augmentation par mois de cout du loyer. Et ce 3 ans consecutifs donc 300$ de plus par mois.

  4. Ben trop vrai…j'ai été affecté là-bas de 2003-2009…pis c'est vraiment d'la marde.. PMQ désuet, pas isolé et trop cher..Alberta Power (électricité + chauffage) extrêmement dispendieux-pire qu'Hydro-Québec, si t'as pas de char tu es misérable..pcq la ville est a plusieurs KM de la base..coût de la vie anormalement éléver..etc etc etc… Jai connu bien de militaire qui sont passé de l'autre côté ( partir travaillé dans le pétrole) et je ne peux pas les plaindres..CFB ColdLake se fou de son personnel.. Jai bien hate de voir les changements..si jamais ca arrive!! PS: Fouté le camp de là!

  5. Sébastien Brouillard

    Un IVC de 30$ à Régina, pas de logement militaire. C'est aussi n'importe quoi. Ça me coute 1150$ par mois pour une maison loué. 1400-1500$ par mois avec le gaz et l'électricité. Une chance que ma femme travaille.

  6. André Delcambre

    Je viens de lire ces commentaire et franchement,ça ne donne vraiment pas envi de s'enrôler dans la régulière. Je vais garder le cap pour une unité de réserve dans ce cas! Si je peux faire mes études!