Près de 14% des soldats canadiens ayant servi en Afghanistan atteints d’un trouble mental

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Un infirmier de la 5e Ambulance de campagne de la Base des Forces canadiennes Valcartier, le Major Daniel Dupuis (à droite), originaire de Rivière-au-Renard, Québec, aide à transporter une victime vers l’intérieur de l’Unité médicale multi-nationale de Rôle 3 (UMM R3) en Afghanistan. (Photo: Sergent Paz Quillé, Caméra de combat des Forces canadiennes)
Près de 14% des soldats canadiens ayant servi en Afghanistan atteints d’un trouble mental (Photo: Archives/Sergent Paz Quillé/Caméra de combat des Forces canadiennes)

Près de 14% du personnel des Forces armées canadiennes qui ont servi dans la guerre en Afghanistan entre 2001 et 2008 ont été diagnostiqué avec un trouble mental lié à leur déploiement selon une nouvelle étude de la direction des services de santé des froces canadiennes, publiée aujourd’hui dans le JAMC (Journal de l’Association médicale canadienne).

Des 2 014 soldats étudiés, la maladie mentale le plus fréquemment diagnostiquée est le trouble de stress post-traumatique, suivie de près par la dépression.

Les soldats envoyés en Afghanistan étaient six fois plus à risques de développer un trouble mental que ceux déployés aux Émirats Arabes Unis ou dans le Golfe persique.

L’étude de David Boulos et du Dr Mark A. Zamorski  devrait permettre, selon ses auteurs, de mieux répondre aux besoins de traitement en santé mentale pour les vétérans revenant de la guerre.

Depuis 2001, plus de 40 000 membres des Forces canadiennes ont été déployés à l’appui de la mission en Afghanistan.

Pour mieux comprendre l’impact psychologique de la mission en Afghanistan sur le personnel des Forces canadiennes, les chercheurs ont mené une étude de l’ensemble du personnel – 30 513 personnes – qui ont été déployés en dehors de l’Amérique du Nord ou en Europe entre le 1 octobre 2001 et le 31 décembre 2008.

Ils ont identifié un échantillon de 2 014 individus et examiné leurs dossiers médicaux afin de déterminer s’il y avait un diagnostic de trouble mental et l’indication d’un clinicien d’une relation entre le diagnostic et le déploiement en Afghanistan. Les chercheurs ont utilisé les définitions du DSM-IV-TR (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, quatrième édition, texte révisé) pour déterminer un trouble mental.

De la population de l’étude, qui consistait principalement des hommes de moins de 40 ans dans les forces régulières, 13,5% présentaient des troubles mentaux (sur une période médiane de suivi de 1364 jours) liée à leur déploiement en Afghanistan.

Le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) est le trouble mental le plus commun, trouvé chez 8% du personnel déployé à l’appui de la mission en Afghanistan, suivie d’une dépression dans 6,3%. Environ 23% des personnes souffrant de troubles dépressifs ont également souffert du SSPT. Un montant supplémentaire de 5,5% souffraient d’un trouble mental jugés sans rapport avec leur déploiement en Afghanistan.

En outre, certains emplacements en Afghanistan ont été associés à des niveaux variables de troubles mentaux, avec les endroits plus dangereux entraînant un risque plus élevé de troubles mentaux.

«Le déploiement à Kandahar a été associée à un risque particulièrement élevé: il était près de 6 fois le risque associé à un déploiement dans les Émirats arabes unis ou le golfe Persique et 2 fois le risque associé au déploiement sur plusieurs [autres]sites ou à Kaboul», écrivent les chercheurs, David Boulos et le Dr Mark Zamorski, de la Direction de la santé mentale, Quartier général du Groupe des Services de santé des Forces canadiennes à Ottawa.

En outre, l’étude démontre que le rang inférieur et le service auquel appartenait le militaire (aviation, marine, etc) a une incidence sur l’augmentation du le risque de troubles mentaux, un simple fantassin étant plus à risque, par de souffrir de trouble mentaux lié à son déploiement que, par exemple, un officier de l’aviation

«Cette étude a fourni une estimation précise et méthodologiquement rigoureuse de l’impact de la mission sur le risque de troubles mentaux au cours du service militaire continue», disent les auteurs de l’étude.

L’étude n’avait pas pour but de savoir s’il y plus de cas troubles mentaux liés au déploiement en Afghanistan que lors des précédentes missions des Forces canadiennes ou s’il y a davantage de problèmes de la sorte dans l’armée canadienne que chez nos alliés.

Une porte-parole des Forces canadiennes, la capitaine Nicole Meszaros, qui a elle-même servi à Kandahar en Afganistan, a d’ailleurs expliqué à 45eNord.ca que l’armée n’a de statistiques sur les troubles mentaux liés au déploiement que dans le cas de la mission en Afghanistan. Nous ne pouvons donc pas comparer avec les autres missions canadiennes.

En outre, de dire la capitaine Meszaros, «Nous ne comparons jamais les statistiques des Forces canadiennes avec les statistiques des autre armées parce que la façon dont collectées (sic) les statistiques est différente d’un pays à l’autre». Il n’est donc pas possible de faire une comparaison directe.

Bien que les études d’autres pays aient montré des problèmes de santé mentale chez les soldats qui reviennent de missions en Asie du Sud, il existe des différences importantes entre les pays dans des domaines tels que la culture militaire, des expériences pendant le déploiement et la prestation de services de santé mentale.

Quou qu’il en soit, le résultats de l’étude publiée aujourd’hui «auront des implications en termes de prestation de services et prestations aux anciens combattants», conclut l’étude qui annonce que «Les recherches futures avec cette cohorte exploreront le processus et les résultats des soins de santé mentale délivré au personnel souffrant de troubles mentaux liés à la mission en Afghanistan.»

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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