Tunisie: jour de deuil national après l’assassinat de Mohamed Brahmi

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Le président tunisien Noncef marzouki s'est adressé à la nation jeudi  25 juillet après l'assassinat du député d'opposition Mohamed Brahmi (Photo: capture d'écran vidéo Présidence tunisienne)
Le président tunisien Moncef Marzouki s’est adressé à la nation jeudi 25 juillet après l’assassinat du député d’opposition Mohamed Brahmi (Photo: capture d’écran Présidence tunisienne)

Le président de la République tunisienne, Moncef Marzouki, a décrété un jour de deuil national vendredi à l’occasion de l’enterrement du député de l’opposition de gauche Mohamed Brahmi, assassiné la veille par au au moins 11 balles tirées à bout portant devant son domicile près de la capitale, Tunis, devant sa femme et ses enfants.

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Mise à jour du 26 juillet 2013, à 9h45:

Les autorités tunisiennes ont accusé vendredi un salafiste d’être impliqué dans l’assassinat de l’opposant Mohamed Brahmi, dont le meurtre par balles la veille a déclenché une grève générale et des manifestations contre le pouvoir islamiste.

«Les premiers éléments de l’enquête ont montré l’implication de Boubaker Hakim, un élément salafiste extrémiste», qui aurait aussi été impliqué dans le meurtre il y a six mois de Chokri Belaïd, a déclaré à la presse le ministre tunisien de l’Intérieur Lotfi Ben Jeddou.

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«À la suite de l’assassinat du coordinateur général du mouvement populaire, le député martyr Mohamed Brahmi, jeudi à midi devant son domicile […], la présidence de la République annonce un deuil national vendredi», a fait savoir la présidence dans un communiqué, précisant aussi que les drapeaux tunisiens seraient mis en berne.

Dans un discours diffusé jeudi, le président tunisien avait estimé que l’assassinat de Mohamed Brahmi visait à discréditer les révoltes du Printemps arabe.

«Les responsables de ce drame veulent montrer que la Tunisie n’est pas une terre de paix, qu’elle peut basculer elle aussi, ils veulent démontrer que le Printemps arabe a échoué partout» a notamment déclaré le président Marzouki.

Après l’assassinat de Mohamed Brahmi , des centaines de personnes ont manifesté dans le centre de la capitale et en province, notamment à Sidi Bouzid, région natale du député, pour dénoncer l’assassinat.

À Sidi Bouzid, les manifestants ont envahi le siège du gouvernorat, incendié des bureaux et saccagé les locaux du parti islamiste au pouvoir qu’on soupçonne être à l’origine du meurtre en criant «À bas les obscurantistes, Ennahda et salafistes».

Cet assassinat survient à peine six mois après celui de Chokri Belaïd, une autre figure de la gauche laïque tunisienne, crime dont beaucoup imputent aussi la responsabilité à Ennahda et qui avait déclenché une crise politique majeure.

Les partis réclament un gouvernement apolitique

Vendredi matin, le secrétaire général du parti d’opposition Nidaa Tounès, Taïeb Baccouche, a appelé à la formation d’un gouvernement de salut national pour diriger les affaires courantes du pays sans pour autant s’ingérer dans l’organisation des prochaines élections, solution que le parti islamiste au pouvoir avait déjà refusé il y a six mois lors de la crise déclenchée par l’assassinat de Chokri Belaïd.

Il a également affirmé que tous les partis de la coalition de l’Union Pour la Tunisie formée par Nidaa Tounes avec le Parti républicain, la Voie démocratique et sociale, le Parti socialiste et le Parti du travail patriotique et démocratique ont une position similaire sur la dissolution du gouvernement et de l’ANC ainsi que la mise en place d’un gouvernement de salut national et la rédaction de la constitution par une commission d’experts.

Un groupe de plusieurs partis politiques, dont Nidaa Tounès, et d’éléments la société civile, qui tiennent le parti au pouvoir pour responsable de la prolifération de la violence, ont également annoncé par voie de communiqué la création d’un «front de salut national» qui prône, lui aussi, la création d’un gouvernement apolitique et appelle le peuple à protester pacifiquement et à observer un sit-in devant le siège de l’Assemblée Nationale Constituante jusqu’à sa dissolution .

Grève générale

Pour sa part, la principale centrale syndicale tunisienne (UGTT) a appelé à une grève générale vendredi , dénonçant ce «crime odieux».

En raison de la grève, tous les vols programmés vendredi de la compagnie Tunisair et sa filiale Tunisiar Express sont annulés.

L’UGTT a déclaré par voie de communiqué que ce crime odieux perpétré le jour de la célébration de la fête de la République contre le martyr de la nation, Mohamed Brahmi assassiné en plein jour, est une vaine tentative de faire taire une voix libre qui s’est élevée pour défendre les objectifs de la révolution de la liberté, de la dignité et des valeurs d’une République démocratique et sociale.

Par ailleurs, Sami Tahri, membre du bureau exécutif de l’UGTT, a déclaré dans une intervention sur les ondes de Mosaïque FM, jeudi 25 juillet 2013, que des inconnus avaient agressé à coup de pierres des manifestants se trouvant devant le siège de l’UGTT à Tunis pour protester contre l’assassinat de Mohamed Brahmi et , suite aux actes de violence, l’UGTT a fait savoir dans un communiqué signé par son secrétaire général, Hassine Abassi, que les sièges et bureaux de l’organisation syndicale sont dorénavant protégés jour et nuit.


Le siège de l’UGTT attaqué par des membres des Ligue de protection de la Révolution (Vidéo: Business News)

Mary Harf, porte-parole du ministère des affaires étrangères des États-Unis, a déclaré lors d’une conférence de presse tenue jeudi 25 juillet 2013, que les USA condamnaient fermement l’assassinat de Mohamed Brahmi et appellaient à une enquête «approfondie et transparente».

La France, les États-Unis, la Suisse, l’Algérie et le Parlement européen ont aussi dénoncé l’assassinat et la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Navi Pillay, a demandé pour sa part «une enquête rapide et transparente».

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton a quant à elle également condamné «avec la plus grande fermeté» l’assassinat, mais elle a aussi appelé la Tunisie à une «réponse citoyenne et pacifique».

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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