Tunisie: l’opposition réclame la démission du gouvernement, les islamistes s’accrochent

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Manifestation de l'opposition le 29 juillet 2013 à Tunis (Photo:  Yahya Gabous/AFP)
Manifestation de l’opposition le 29 juillet 2013 à Tunis (Photo: Yahya Gabous/AFP)

En Tunisie, après l’assassinat du député d’opposition Mohamed Brahmi la semaine dernière, le même scénario, à quelques différences près, qui avait suivi le meurtre du leader de gauche Chokri Belaïd il y a six mois, se répète encore une fois.

Une différence toutefois dans le scénario. Cette fois, les autorités ont trouvé un coupable.

Les autorités, affirmant que la même arme a servi à tuer Mohamed Brahmi et, avant lui, Chokri Belaïd, et désigné les auteurs comme étant 14 salafistes djihadistes proches d’Ansar Ashariaa, ce qu’a toutefois nié ce groupe.

Le Ministère tunisien de l’Intérieur a aussi désigné un Franco-Tunisien, Boubakeur El Hakim, comme principal suspect.

Le problème est que tout ce beau monde est encore en fuite et que la famille Brahmi, tout comme la famille Belaïd auparavant, accuse directement le parti islamiste au pouvoir, Ennahda d’être responsable de sa mort.

Malgré les accusations et les protestations, le Premier ministre tunisien Ali Larayedh a exclu la démission de son gouvernement lundi et a proposé des élections le 17 décembre prochain face à une contestation grandissante organisée par l’opposition et la puissante centrale syndicale UGTT.

Pour sa part, Ettakatol, un partenaire laïc d’Ennahda dans la «troïka» au pouvoir, a déclaré ce lundi 29 juillet, sur Jawhara FM, par la voix de son porte-parole Mohamed Bennour, rapporte que son parti propose la démission du gouvernement de la coalition des trois partis au pouvoir et la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Il a ajouté que si les autres partis refusent cette proposition, son parti quittera et le gouvernement et la coalition.

Par ailleurs, le bureau exécutif de l’Union Générale Tunisienne du Travail a appelé à l’issue de sa réunion tenue au siège de la centrale syndicale en la présence de représentants des partis politiques et organisations à la dissolution du gouvernement actuel, rapportait aujourd’hui Tunisie numérique.

L’organisation syndicale UGTT, qui revendique 500 000 membres doit aussi arrêter dans la nuit sa position quant à la crise politique qui déstabilise la Tunisie.

La centrale, dont l’action avait contribué lors de la «Révolution de Jasmin» au renversement du régime Ben Ali, a montré qu’elle est toujours capable de paralyser le pays comme lors des grèves générales de 24 heures suivies après les assassinats de Brahmi et Belaïd.

Finalement, les députés d’opposition, dont 73 au moment d’écrire ces lignes, ont décidé de boycotter les réunions de l’ANC pour obtenir sa dissolution, ont appelé à une quatrième nuit de manifestation Place du Bardo, devant le siège de l’assemblée, lundi à partir de la rupture du jeûne du ramadan.

De 10 à 25 mille personnes avaient manifesté dimanche à cet endroit.

À l’aube lundi, la police était intervenue pour séparer les opposants et partisans du gouvernement.

L’intervention, bien que moins musclée que celle de la nuit précédente, a tout de même fait un blessé, le député, Noomane Fehri, blessé par des policiers et qui est actuellement hospitalisé.

Cette fois, afin d’éviter d’éventuels affrontements entre pro et anti légitimité, l’armée nationale a encerclé cet après-midi la place du Bardo par les fils barbelés interdisant ainsi l’accès aux manifestants.

Pendant ce temps, lundi matin, à Sidi Bouzid, ville natale de Brahmi, la police a aussi utilisé les gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants réclamant la chute du gouvernement.

Sidi Bouzid, berceau de la révolte de 2011, est d’ailleurs depuis samedi le théâtre d’un mouvement de désobéissance encadré par le Front populaire (gauche et nationalistes) et la section régionale de l’UGTT.


Opposants et partisans du gouvernement face-à-face à Tunis (Vidéo: Euronews)

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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