WikiLeaks: le procès de Bradley Manning arrive à son terme

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Le soldat Bradley Manning, la «taupe» de Wiki Leaks (Photo: Archives/bradleymanning.org)
Le soldat Bradley Manning, la «taupe» de Wiki Leaks (Photo: Archives/bradleymanning.org)

Alors que le procès de Bradley Manning qui risque la réclusion à perpétuité pour avoir transmis des centaines de milliers de documents diplomatiques et militaires à WikiLeaks tire à sa fin,  les procureurs militaires vont encore une fois tenter de le dépeindre comme arrogant et imprudent, tandis que la défense tentera de montrer qu’il était bien intentionné mais naïf .

Le soldat de première classe Bradley Manning, 25 ans, fait face à 21 chefs d’accusation pour avoir transmis à Wiki Leaks de 700 000 documents classifiés sur les guerres en Irak et en Afghanistan.

L’accusation la plus grave, «collusion avec l’ennemi», que la défense de Manning a tenté, mais sans succès de faire tomber,est passible de la peine de mort, mais l’accusation a indiqué il y a plusieurs mois qu’elle ne demanderait que la réclusion à perpétuité sans remise de peine.

L’affaire a aussi opposé les groupes de défense des libertés civiles qui réclament une plus grande transparence de l’armée américaine et de l’appareil de sécurité, au gouvernement américain, qui a fait valoir que l’analyste de renseignement en poste à Bagdad avait mis des vies américaines en danger.

Pour obtenir la condamnation de l’ex-analyste du renseignement en Irak, l’acccusation doit convaincre la juge militaire Denise Lind «au-delà du doute raisonnable» que Bradley Manning avait conscience que ces documents pouvaient finir dans les mains d’al-Qaïda.

Si cela peut être une indication, la colonel de l’armée Denise Lind, qui préside le procès, a déjà rejeté la semaine dernière une requête de la défense d’écarter l’accusation de «collusion avec l’ennemi», en disant que, de par sa formation militaire, Manning était parfaitement conscient que les renseignements publiés sur l’Internet pourraient tomber dans les mains des agents de l’ennemi.

«Il a sciemment fourni des renseignements à l’ennemi», a déclaré la juge Lind.

Assemblage des portraits de Julian Assange (g) à et du soldat Bradley Manning (d) (Photos: Archives/AFP)

L’affaire Manning et la publication par WikiLeaks de dossiers secrets, de vidéos de combat et de câbles diplomatiques, sert également de test des limites du secret à l’ère d’Internet.

Le procès Manning a toutefois été éclipsé récemment par une autre affaire, la fuite d’Edward Snowden, l’analyste de la NSA qui a révélé au Guardian, quotidien britannique The Guardian au début du mois dernier les détails des programmes de surveillance électronique américains.

Quant au fondateur de Wiki Leaks, Julian Assange, il est lui-même en fuite, réfugié à l’ambassade équatorienne à Londres depuis plus d’un an pour éviter l’extradition vers la Suède pour des crimes sexuels présumés, craignant que la Suède, à son tour, ne le livre aux Américains.

Arrêté en Irak en mai 2010, Manning était également poursuivi pour 21 autres chefs d’accusation et de violations du code de justice militaire américain pour lesquels il encourt un total de 154 ans de prison.

Ces autres chefs d’accusation comprenaient notamment des violations de la loi sur l’espionnage de 1917, des chefs de fraude informatique et de vols.

Manning avait choisi d’être jugé par un juge, plutôt que par un jury militaire.

Il plaide non coupable pour 12 chefs d’accusation, dont le plus grave de collusion avec l’ennemi, partiellement coupable pour neuf autres et coupable pour une infraction mineure de défaut d’obéissance à un ordre, passible de deux ans de prison.

Si la juge Lind suivait la position de la défense, Manning ne passerait que 20 ans derrière les barreaux au lieu de la réclusion à perpétuité.

«Provoquer un débat public»

Tout au long des audiences préliminaires et du procès entamé début juin, le défenseur de Manning, Me David Coombs, a présenté le jeune homme, pris dans un «combat intérieur et privé» sur son identité sexuelle, comme un «humaniste», «naïf et bien intentionné», arrivé « enthousiaste » en Irak et qui, face à la conduite de la guerre, a commencé à «batailler intérieurement» .

Le jeune soldat, lui, ne s’est pas pris la parole au cours du procès, mais, lors d’une audience préliminaire, il avait lu une longue lettre de justification dans laquelle il affirmait avoir voulu «provoquer un débat public».

«Je croyais que la publication [des document]pourrait provoquer un débat public sur nos forces armées et notre politique étrangère en général », avait-il expliqué à la juge Denise Lind.

À l’issue de l’audience,la juge Lind devrait se retirer pour délibérer et rendre son verdict dans les jours à venir.

Après le verdict, il faudra encore attendre pour connaître la sentence, c’est à dire la peine de prison à laquelle Manning sera condamné et qui devrait débuter le 31 juillet, selon les autorités militaires.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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