Ban Ki-moon veut une enquête sur l’attaque à l’arme chimique près de Damas

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Photo de l'opposition syrienne montrant des cadavres d'adultes et d'enfants qui auraient été victimes d'armes chimiques lors de bombardements de l'armée près de Damas, le 21 août 2013 (AFP)
Photo de l’opposition syrienne montrant des cadavres d’adultes et d’enfants qui auraient été victimes d’armes chimiques lors de bombardements de l’armée près de Damas, le 21 août 2013

Suite à une réunion d’urgence au Conseil de sécurité, le Vice-secrétaire général, Jan Eliasson, a déclaré que le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon exigera une enquête sur les dernières allégations d’attaque à l’arme chimique qu’aurait perpétré le régime de bachar Al-Assad dans la Ghouta orientale et à Mouadamiyat al-Cham, en banlieue de Damas.

«Nous espérons que nous serons en mesure de mener l’enquête», a déclaré M. Eliasson lors d’un point presse à l’extérieur de la salle du Conseil de sécurité, en réaffirmant la nécessité de mettre fin aux hostilités.

De son côté, la Représentante argentine Maria Cristina Perceval, qui assume la présidence du Conseil de sécurité pendant le mois d’août, a affirmé les «graves préoccupations des membres du Conseil» concernant les allégations, et un sentiment général qu’il est nécessaire de faire la lumière sur ce qui s’est passé.

Les membres du Conseil ont souligné qu’ils suivent attentivement la situation.

L’opposition syrienne a affirmé mercredi que le régime avait tué 1 300 personnes dans une attaque chimique près de Damas, mais la Russie, allié de Bachar al-Assad l’a accusée d’avoir monté une provocation.

Le régime de Damas a catégoriquement démenti avoir utilisé des armes chimiques.

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), un organisme indépendant basé en Grande-Bretagne, mais qui s’appuie sur un réseau de médecins, travailleurs et militants sur le terrain, sans parler de 1 300 morts comme l’opposition syrienne, a tout de même évoqué un bilan d’au moins 136 morts jusqu’à maintenant.

En outre, l’OSDH a affirmé qu’il s’agit de l’une des plus violentes attaques de l’histoire de ce conflit qui en est à sa troisième année et a déjà fait plus de 106 000 morts, selon les dernières estimations de l’organisme non gouvernemental.

L’événement a vite suscité une vague de condamnations internationales et, à la demande conjointe de cinq des quinze pays membres du Conseil (France, États-Unis, Royaume-Uni, Luxembourg et Corée du Sud), le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu des consultations à huis clos mercredi 21 août à 15h00, heure de Montréal (19 h, heure GMT) à propos de ce massacre.

L’Arabie saoudite avait également appelé auparavant elle aussi à une réunion d’urgence du Conseil.

La Maison-Blanche, quant à elle, a réclamé un «accès direct» à l’équipe d’experts de l’ONU présente en Syrie pour enquêter sur ces accusations.

«Si le gouvernement syrien n’a rien à cacher […], il facilitera l’accès immédiat et sans entraves de l’ONU au site » de l’attaque présumée, a déclaré mercredi un porte-parole de la Maison-Blanche.

Des vidéos troublantes

Pour l’instant, plusieurs experts se montrent prudents. Paula Vanninen, directrice de Verifin, l’Institut finnois pour la vérification de la convention des armes chimiques, interrogée par l’AFP, «n’être pas totalement convaincue» qu’il s’agit d’une attaque au gaz innervant.

Des vidéos diffusées par des militants montrent des enfants inanimés étendus sur le sol à côté de corps d’hommes qui ne portent aucune trace de sang. Sur l’une d’elles, du personnel soignant tente de mettre aux enfants des masques à oxygène pour les aider à respirer, alors que des médecins essaient de ranimer d’autres qui semblent inconscients.

Une autre vidéo montre une fillette d’une dizaine d’années étendue sur une civière et répétant, les mains sur le visage et paniquée: «Je suis vivante, je suis vivante…»

«Les personnes qui aident les victimes ne portent pas de vêtements de protection ni de masques et si c’était le cas, elles auraient été contaminées et victimes des mêmes symptômes», a-t-elle relevé sur les vidéos.


Atatque chimique en dans la région de Damas
(Avertissement: Cette vidéo, mise en ligne par des militants antirégime, n’a pu encore être authentifiée)

Quant à Gwyn Winfield, directeur du magazine CBRNe World, spécialisée dans les armes chimiques, il déclaré à l’agence française qu’ «il n’existe aucune information indiquant que les médecins ou des infirmières ont succombé, ce qui laisse à penser que ce n’est pas ce que nous considérons comme du gaz sarin militaire, mais pourrait être un gaz sarin dilué».

Il reste que, si le régime de Bachar Al-Assad a vraiment perpétré pareille attaque massive à l’arme chimique, alors que les inspecteurs de l’ONU viennent à peine d’arriver pour enquêter sur de précédentes attaques, il ne pouvait choisir pire moment.

Ban Ki-moon exprime sa consternation

Pour sa part, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a exprimé mercredi sa consternation concernant les rapports d’allégations de l’utilisation d’armes chimiques dans la banlieue de Damas, en Syrie, et ce alors que l’équipe de l’ONU chargée d’enquêter sur la question mène actuellement les travaux dans d’autres sites du pays, rapporte le service d’information de l’ONU.

L’équipe « suit attentivement la situation en Syrie, et reste pleinement engagée dans le processus d’investigation mandaté par le Secrétaire général », a déclaré le porte-parole de M. Ban aux journalistes à New York.

Avant cette attaque, l’équipe de l’ONU était déjà censée passer 14 jours avec une possible extension, afin de faire la lumière sur les allégations d’utilisation d’armes chimiques.

L’accord entre Damas et l’ONU limite leur mission à Khan al-Assal (près d’Alep), Ataybé, près de Damas, et à Homs, dans le centre de la Syrie, mais, selon un porte-parole de l’ONU à New York, les inspecteurs en Syrie étaient mercredi «en discussion» avec les autorités syriennes pour pouvoir se rendre sur les lieux de la plus récente attaque, en banlieue de Damas.

Par ailleurs, au Caire, le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, Jeffrey Feltman, a rencontré aujourd’hui le Secrétaire général de la Ligue des États arabes, pour discuter d’un grand nombre de questions, notamment les efforts en vue d’une solution politique au conflit en Syrie, rapporte encore le service d’information de l’ONU, alors que, de son côté, le Représentant spécial conjoint pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, qui rend compte aux deux organisations, a soutenu les efforts pour une solution politique comprenant la tenue d’une deuxième conférence internationale sur la Syrie qui doit avoir lieu à Genève.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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