Bradley Manning: l’accusation réclame 60 ans de prison

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Bradley Manning est escorté, le 30 juillet 2013, à sa sortie de la cour martiale de Fort Meade, près de Washington (Photo: Archives/Saul Loeb/AFP)
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Bradley Manning est escorté, le 30 juillet 2013, à sa sortie de la cour martiale de Fort Meade, près de Washington (Photo: Archives/Saul Loeb/AFP)
Bradley Manning est escorté, le 30 juillet 2013, à sa sortie de la cour martiale de Fort Meade, près de Washington (Photo: Archives/Saul Loeb/AFP)

Le gouvernement américain a requis aujourd’hui «pas moins de 60 ans de prison» à l’encontre de Bradley Manning, la taupe de WikiLeaks qui a rendu publics quelque 700 000 documents secrets.

Pour ce qui est du quantum de la peine, le procureur militaire Joe Morrow n’a pas dit exactement pourquoi l’accusation réclamait «seulement» 60 ans et non pas 90, ou un autre chiffre. Pourquoi 60? Pourquoi pas 90, ou 80 ou 70?

Toutefois, si cela peut-être une indication sur la raison pour laquelle l’accusation réclame 60 ans, le procureur Morrow a démandé à la juge Denise Lind dans sa plaidoirie en Cour martiale ce lundi «d’envoyer un message à tout soldat qui envisagerait de voler des informations classifiées», ajoutant que le jeune soldat de 25 ans avait été a été reconnu coupable de crimes graves et qu’il méritait de passer la «majorité» de sa vie en prison.

Il a réclamé également une amende de 100 000 $.

Le jeune soldat avait été acquitté de l’accusation de «collusion avec l’ennemi», qui aurait pu lui valoir la réclusion à perpétuité, mais il encourt toujours 90 ans, sans possibilité de libération conditionnelle avant le tiers de sa peine, pour les 20 chefs d’accusations dont il a été reconnu coupable, dont six violations de la Loi sur l’espionnage.

Si l’accusation l’a présenté comme un traître, la défense l’a plutôt dépeint comme un dénonciateur, disant qu’il voulait simplement que le public américain et le monde sachent comment les États-Unis menaient la guerre.

La semaine dernière, Manning avait demandé pardon pour avoir fait du tort son pays, et avait demandé qu’on lui accorde une autre chance.

Le soldat avait admis qu’il comprenait ce qu’il faisait, mais qu’il ne croyait pas à l’époque que la fuite d’informations classifiées et leur publication sur le site Wiki-Leaks causeraient un préjudice aux États-Unis

Il avait alors ajouté qu’il se rend compte maintenant qu’il aurait dû travailler «à l’intérieur du système» pour attirer l’attention sur ses préoccupations quant à la façon dont la guerre a été menée, au lieu de rendre publics des documents secrets.

Il avait aussi dit qu’il voulait maintenant décrocher un diplôme universitaire et il a demandé une chance de devenir un membre plus productif de la société.

La défense de Manning avait quant à elle présenté lors des audiences de détermination de la peine des témoins qui avaient affirmé que le jeune soldat vivait un grand stress, dû en grande partie à ses problèmes d’identité sexuelle et à l’époque où l’aveu de son homosexualité lui aurait valu le renvoi de l’armée.

La défense parle de réinsertion

Aujourd’hui, l’avocat de la défense, David Coombs, a fait valoir les possibilités de réinsertion de Manning, «naïf certainement, mais bien intentionné».

«Le gouvernement veut qu’il pourrisse en prison», a dit dans sa plaidoirie l’avocat du jeune soldat, remarquant que l’accusation «ne s’intéressait qu’à la punition» et non à la réinsertion d’un accusé «jeune», «humaniste», «très intelligent».

«À ce moment-là [au moment où il a transmis les informations classifiées à Wiki Leaks], il croyait vraiment et sincèrement que ces informations feraient la différence, et il ne pensait pas qu’elles nuiraient aux États-Unis», a plaidé David Coombs. «Il pensait profondément que cela pourrait mettre un terme aux guerres en Irak et en Afghanistan, aussi naïve que puisse être sa position, elle était sincère».

Considérant sa «jeunesse«, sa «santé émotionnelle » et «la pureté de ses intentions», l’avocat a demandé à la juge Lind de punir son client, certes, mais de lui imoposé d’une peine qui lui donne la «possibilité de vivre […] peut-être de trouver l’amour, de se marier, d’avoir des enfants et de regarder ses enfants grandir».

La juge Lind a fait savoir pour sa part qu’elle commencera ses délibérations sur la peine à imposer à Manning à compter de demain, mardi.

Les observateurs notent toutefois que le ton conciliant, voire même suppliant de Manning, est en contradiction avec la déclaration qu’il avait faite devant le tribunal en février, quand il a condamné les actions des soldats américains à l’étranger et l’action de ce qu’il avait alors appelé une armée «assoiffée de sang.»

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