Égypte: la médiation internationale échoue, les islamistes menacés

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Le vice-président égyptien Mohamed el Baradei (d) et du secrétaire d'État adjoint américain William Burns au Caire le 3 août 2013 (Photo: Présidence égyptienne/AFP)
Le vice-président égyptien Mohamed el Baradei (d) et du secrétaire d’État adjoint américain William Burns au Caire le 3 août 2013 (Photo: Archives/ Présidence égyptienne/AFP)

Le gouvernement intérimaire en Egypte a annoncé mercredi que les efforts internationaux pour régler la crise avaient échoué, laissant craindre une confrontation brutale entre forces de l’ordre et manifestants partisans du président Mohamed Morsi destitué par l’armée.

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Mise à jour 07/08/13 à 13h42

Le gouvernement égyptien a demandé mercredi aux partisans du président islamiste déposé par l’armée Mohamed Morsi de se disperser «rapidement» sur les deux places du Caire qu’ils occupent, menaçant de les déloger par la force après le ramadan qui prend fin dans la soirée.

Cette menace a été lancée quelques heures après l’annonce par le nouveau pouvoir installé par l’armée de l’échec des tentatives internationales de médiation, ce qui met ainsi fin aux espoirs d’aboutir à une sortie de crise négociée et renforce les craintes d’un nouveau bain de sang.

A la télévision, le Premier ministre Hazem Beblawi a lu un communiqué annonçant que son gouvernement «ne reviendra pas sur la décision» de disperser les milliers de pro-Morsi, barricadés depuis plus d’un mois avec femmes et enfants sur les places Rabaa al-Adawiya et Nahda du Caire.

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Au terme de dix jours d’un ballet diplomatique qui a vu se succéder émissaires européens, américains, africains et arabes au Caire, le gouvernement installé par l’armée a brusquement mis un terme aux espoirs internationaux de trouver une solution politique négociée dans le pays où plus de 250 personnes ont déjà péri dans des affrontements entre pro-Morsi et forces de l’ordre ou anti-Morsi depuis fin juin.

Des affrontements entre pro et anti-Morsi ont à nouveau fait mardi soir un mort et 62 blessés à travers le pays, selon le ministère de la Santé.

Les autorités avaient déjà depuis quelques jours multiplié les menaces d’une dispersion par la force de deux sit-in au Caire de milliers de partisans des Frères musulmans, dont est issu M. Morsi.

La présidence pointe d’ailleurs directement du doigt la puissante confrérie, la rendant «responsable de l’échec des efforts internationaux», mais aussi, et surtout, »des conséquences à venir de leurs violations des lois et de leur mise en danger de la sécurité publique».

Il y a une semaine, le gouvernement avait donné son feu vert à la police pour mettre fin au «terrorisme» et à la «menace à la sécurité nationale» que représentent les sit-in de milliers de pro-Morsi sur les places Rabaa al-Adawiya et Nahda du Caire.

«La police civile nettoiera ces places»

Le chef de la toute-puissante armée et nouvel homme fort du pays, le général Abdel Fattah al-Sissi, a ensuite insisté: «la police civile» –et «pas les militaires»– «mettra un terme à ces sit-in et nettoiera ces places».

Alors que la presse quasi-unanime et une grande partie de la population voit dans cette dispersion un moyen de relancer la transition, pour le moment au point mort, les responsables multiplient les déclarations promettant «le moins de pertes possibles».

Face aux deux parties qui campent fermement sur leurs positions, les émissaires internationaux, dont la chef de la diplomatie de l’Union européenne Catherine Ashton et le secrétaire d’Etat américain adjoint William Burns, tentaient à la fois d’amener les autorités à la retenue et de convaincre les islamistes de se disperser.

Mercredi, M. Burns, qui avait prolongé de plusieurs jours sa visite surprise au Caire, a quitté le pays, ont indiqué à l’AFP des sources aéroportuaires sous couvert de l’anonymat. Le représentant de l’Union européenne Bernardino Leon était, lui, toujours au Caire à la mi-journée.

L’Égypte, dont le président Hosni Moubarak avait été renversé lors du Printemps arabe début 2011, a connu une nouvelle «révolution» le 30 juin lorsque des millions de manifestants sont descendus dans les rues pour réclamer le départ de M. Morsi, accusé d’avoir accaparé le pouvoir au profit de sa seule confrérie et d’avoir achevé une économie déjà exsangue.

Le 3 juillet, le général Sissi, encadré par des responsables religieux et politiques, avait annoncé son remplacement par des autorités de transition qui ont ensuite promis une nouvelle Constitution et des élections générales d’ici début 2014.

Depuis cette date, les Frères musulmans dénoncent un «coup d’Etat militaire» et la mise en place ensuite d’un «État policier», notamment avec l’arrestation de plusieurs de leurs dirigeants, dont M. Morsi. Leur Guide suprême, toujours en fuite, doit d’ailleurs être jugé à partir du 25 août avec ses deux adjoints, en détention préventive, pour «incitation au meurtre».

Les États-Unis ont, eux, peiné à nommer cette destitution par l’armée du premier président élu démocratiquement d’Egypte, car le qualifier de «coup d’État» les obligerait à interrompre leur aide au pays –1,5 milliard de dollars annuels, dont 1,3 pour la seule armée.

Alors que le secrétaire d’État John Kerry a récemment surpris en justifiant le coup des militaires, les sénateurs américains John McCain et Lindsey Graham ont toutefois utilisé ce terme, déclenchant un tollé dans la presse locale.

Après avoir rencontré le général Sissi et des représentants politiques, dont des islamistes, les deux influents membres du Congrès ont appelé à la libération de M. Morsi, toujours détenu au secret par les militaires.

Dans l’instable péninsule du Sinaï, un ancien parlementaire a été tué par des hommes armés en raison de son soutien à l’armée.


Deux sénateurs américains prônent le dialogue en Égypte (Vidéo: Euronews)

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