Égypte: le feu s’éteint… pour le moment du moins

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Le calme revient (Photo: Gianluigi Guercia/AFP)
Le calme revient (Photo: Archives/Gianluigi Guercia/AFP)

Les partisans de Mohamed Morsi ont annulé leurs manifestations au Caire par crainte des violences après que près 800 personnes aient péri en cinq jours et que trente-six détenus islamistes aient été asphyxiés dimanche par des gaz lacrymogènes pendant une tentative d’évasion.

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Mise à jour du 19/08/2013 à 12h24

S’il y a une pause dans les manifestations, les violences n’en continuent pas moins: aux 37 détenus islamistes tués lors d’une tentative d’évasion dimanche soir s’ajoutent 25 policiers tués lundi dans la péninsule désertique du Sinaï, base arrière de nombreux groupes islamistes armés,

Dans ce qui est l’attaque la plus meurtrière visant les forces de l’ordre depuis des années, des assaillants ont attaqué lundi à la roquette deux minibus de la police, tuant au moins 25 policiers qui se rendaient à Rafah. Avec cette attaque, le bilan des de membres des forces de l’ordre tués dans cette région instable depuis la destitution de M. Morsi s’élève maintenant à 75.

Malgré la condamnation d’une partie de la communauté internationale, en Égypte même, la presse unanime et une grande partie de la population qui considèrent désormais les Frères musulmans comme des «terroristes», soutiennent la méthode forte de l’armée et de la police

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Le chef de l’armée égyptienne, le général Abdel Fattah al-Sissi, avait auparavant déclaré devant un parterre de militaires et de policiers que l’Égypte ne «plierait» pas face à la violence des islamistes, leur promettant une riposte «des plus énergiques».

En revanche, après les avoir laissés agir pendant des jours, le gouvernement a interdit les «comités populaires», ces milices de jeunes armés prenant pour cible au Caire les barbus et les femmes voilées, déclarant l’action de ces milices illégale.

Par contre, la mobilisation des pro-Morsi a été manifestement intimidée, les manifestants craignant davantage de morts dans leurs rangs et, après avoir annoncé neuf manifestations au Caire, les islamistes les ont ensuite presque toutes annulées pour raisons de sécurité.

Par ailleurs, dans l’après-midi, 36 détenus de la confrérie des Frères musulmans, selon le ministère de l’Intérieur, 52 selon les islamistes, ont péri asphyxiés par les grenades de gaz lacrymogène tirées dans le camion qui les transportait vers une prison près du Caire et qui faisait partie d’un convoi de 600 prisonniers islamistes, après qu’il eurent pris en otage un officier de police lors d’une tentative d’évasion.

En cinq jours, plus d’un millier de manifestants et cadres des Frères musulmans ont été arrêtés. La plupart des dirigeants des Frères musulmans qui n’ont pas encore été arrêtés sont en fuite.

Le pays est toujours sous état d’urgence et un couvre-feu est en vigueur de 19h00 à 06h00, heure locale, dans au moins la moitié du pays alors qu’au Caire, l’armée bloquent avec des chars les grands axes de la capitale.

De son côté, pour en finir une fois pour toutes avec les rassemblements, le ministère des Biens religieux a annoncé que les mosquées seraient désormais fermées en dehors des heures de prières.

Le gouvernement continue toutefois d’assurer que les membres de la confrérie des Frères musulmans, à l’exclusion de ceux qui ont «du sang sur les mains», pourront participer au processus de transition prévoyant des élections début 2014.

Quant à la communauté internationale, elle plus divisée qu’il n’y paraît, les puissances occidentales se montrent scandalisées, alors que plusieurs pays du monde arabe font montre de compréhension et même, affichent leur soutien à l’Égypte.

L’Union européenne a averti qu’elle était prête à «réexaminer» ses relations avec l’Égypte si la violence ne cessait pas, Londres et l’ONU ont dénoncé un «usage excessif de la force» et la chancelière allemande Angela Merkel, craignant la guerre civile, envisage pour sa part qu’un arrêt des livraisons d’armes.

Après le «massacre» des sénateurs américains, dont l’influent républicain John McCain, ont même demandé que les États-Unis coupent l’ assistance militaire de 1,3 milliard $ par an à l’Égypte.

En revanche, l’Autorité palestinienne, la Jordanie, l’Irak et surtout Ryad ont affiché clairement leur compréhension et leur soutien aux autorités égyptiennes aux prises avec les islamistes radicaux qui refusent de participer au processus politique et tentent de bloquer la transition démocratique.

*Avec AFP


Égypte: calme précaire au Caire (Vidéo: TV5 Monde)

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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