Égypte: pas d’émoi après le transfert de Moubarak dans un hôpital

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 Des militaires transportent Hosni Moubarak sur une civière le 22 août 2013 au Caire (Photo:  Mohamed el-Shahed/AFP)

Des militaires transportent Hosni Moubarak sur une civière le 22 août 2013 au Caire (Photo: Mohamed el-Shahed/AFP)

Réseaux sociaux et médias sont loin de l’effervescence habituelle, à peine une vingtaine de partisans dansent quand son hélicoptère décolle de sa prison: l’assignation à résidence de Hosni Moubarak dans un hôpital militaire suscite peu de passions en Égypte.

Nombre d’Égyptiens et d’experts soulignent que le passage du statut de détenu dans une cellule médicalisée en prison ou d’accusé enfermé dans la chambre d’un hôpital militaire du Caire ne change rien: il n’est pas libre de ses mouvements et son procès en appel pour le meurtre de manifestants lors de la révolte qui l’a fait chuter en 2011 reprend dimanche.

Dans une Égypte en proie à des heurts sanglants, il n’y a guère que la presse occidentale pour s’émouvoir du paradoxe entre la sortie de prison de Hosni Moubarak qui a régné plus de 30 ans sur le pays et la détention au secret par l’armée de son successeur Mohamed Morsi, le président islamiste destitué le 3 juillet.

«Il y a un an encore, il aurait été difficile d’envisager sa libération sans que des manifestations populaires de contestation s’ensuivent», note Barah Mikaïl, spécialiste du Moyen-Orient au sein de l’Institut de géopolitique espagnol FRIDE.

«Aujourd’hui, les événements en cours semblent atténuer l’effet de cette libération, ce qui ne veut pas pour autant dire que les Égyptiens y soient indifférents», poursuit-il.

Près d’un millier de personnes ont péri en Égypte ces huit derniers jours, depuis que les chars de l’armée déployés dans le Caire et les policiers ont lancé une sanglante vague de répression des manifestations des partisans de M. Morsi. Au moins 970 personnes ont péri, essentiellement des manifestants tués par balles, soit plus que les 850 morts recensés en 18 jours de la révolte de janvier-février 2011 qui a fait tomber M. Moubarak.

Sur les réseaux sociaux égyptiens, d’habitude si prompts à s’enflammer sur les questions politiques, pas d’effervescence. Quelques-uns toutefois s’interrogent pour savoir si le Printemps arabe «n’avait été qu’un rêve ?».

Depuis une semaine, l’état d’urgence, dont la levée avait été un acquis de cette révolte, a été réinstauré pour un mois et un couvre-feu nocturne réduit au silence des grandes villes du pays.

Désormais, les deux derniers présidents sont détenus et doivent tous deux répondre de la mort de manifestants hostiles à leur régime. Le procès de M. Moubarak reprend dimanche et M. Morsi est en détention préventive pour «complicité de meurtres et de tortures» sur des manifestants qui protestaient devant son palais.

Il faut dire que le pays a vécu deux «révolutions», la première du 25 janvier au 11 février 2011 et la seconde le 30 juin 2013 et ses manifestations monstres contre Morsi, sur laquelle l’armée s’est appuyée pour renverser le premier président égyptien démocratiquement élu.

Ironie de l’histoire, M. Moubarak, en quittant la prison de Tora, a laissé derrière lui plusieurs dirigeants des Frères musulmans, la confrérie de M. Morsi, dont le Guide suprême Mohamed Badie.

«C’est une inversion des rôles complète, car la plupart des dirigeants pour la première fois élus en Égypte se trouvent aujourd’hui en prison», observe depuis le Qatar Shadi Hamid, directeur de recherche au Brookings Doha Center, cette sortie de prison «n’est pas sérieuse».

Dans la presse égyptienne, c’est l’«éradication» des Frères musulmans et le «combat de l’Égypte contre les terroristes» qui faisait jeudi les grands titres, reléguant au second plan le sort de Hosni Moubarak. Il faut dire que l’armée avait immédiatement étouffé mercredi toute éventuelle protestation en annonçant qu’il serait «assigné à résidence» aussitôt sorti de prison.

«Des Égyptiens ont combattu Moubarak pendant 20 ans pour obtenir un État de droit. Pour respecter ce droit, nous devons accepter sa sortie de prison vers une assignation à résidence car nous ne sommes pas dans une logique de revanche personnelle», estime Hicham Qassem, analyste indépendant.

«Les gens l’ont renversé pour des questions de principe par pour une revanche mais pour améliorer leur niveau de vie et remplacer son régime qui avait échoué. C’est pour cela que le caractère symbolique de cet événement ne changera rien au cours des événements», juge-t-il, avant de conclure: «l’ancien régime s’est effondré, ses jours noirs sont derrière nous et il ne peut pas revenir».


Moubarak, libéré, n’en a pas fini avec la justice égyptienne (Vidéo: Euronews)

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