En Syrie, c’est maintenant rebelles contre rebelles

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Des jihadistes combattent les forces du régime syrien, le 4 avril 2013 à Aziza, au sud d'Alep (Photo: Archives/Guillaume Briquet/AFP)
Des jihadistes combattent les forces du régime syrien, le 4 avril 2013 à Aziza, au sud d’Alep (Photo: Archives/Guillaume Briquet/AFP)

En Syrie, c’est maintenant rebelles (modérés) contre rebelles (islamistes radicaux): des rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) ont été chassés de leurs locaux à Raqa par un groupe djihadiste dans le cadre de la lutte pour le contrôle de cette ville de l’est de la Syrie, rapporte l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, qui s’appuie sur un réseau de militants et travailleurs sur le terrain.

«Les combattants de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) ont pris le contrôle total des bases de la Brigade d’Ahfad al-Rassoul (les descendants du prophète) à Raqa», rapporte l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Les bases de la Brigade d’Ahfad al-Rassoul à Raqa ont été reprises par les djihadistes au terme d’une violente attaque qui a été lancée par l’explosion d’une voiture piégée près de la base de la Brigade dans le quartier de Mahattat al-Qitar, dans l’est de la ville.

L’EIIL a alors lancé une attaque de grande envergure et a pris le contrôle complet de la base de la Brigade dont des dizaines de membres, parmi lesquels se trouve un des chefs de la Brigade, ont été tués, blessés ou faits prisonniers.

Lors d’une précédente attaque, mercredi dernier, l’EIIL avait perdu trois combattants, mais avait maintenu depuis une forte présence autour des bases de la Brigade d’Ahfad al-Rassoul et dans le quartier.

Le Père Paolo Dall’Oglio (Photo: OSDH)

En outre, l’OSDH affirme que des militants de Raqa lui ont confié que le Père Paolo Dall’Oglio, le prêtre jésuite italien et «messager de la paix» qui avait été fait prisonnier par les djihadistes de l’EIIL, aurait été tué dans les prisons du groupe islamiste où il était détenu depuis deux semaines.

Le Père Paolo servait souvent de médiateur entre les factions qui s’affrontent actuellement en Syrie et travaillait aussi à faire connaître au monde le sort du peuple syrien.

Apparemment choqué par la nouvelle de la mort du jésuite, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, un organisme indépendant basé en Grande-Bretagne et dont la mission est de diffuser de l’information sur le conflit, est sorti cette fois de sa réserve habituelle et a exhorté toutes les parties de l’opposition syrienne à mettre la pression sur l’EIIL pour savoir ce qu’il en est et, le cas échéant, rendre le corps du Père Paolo à son église et à sa famille.

L’organisme indépendant a aussi exigé que les responsables soient traduits en justice et que ceseent de telles actions: «Nous exigeons également que les oppositions [au pluriel dans le texte, ndlr]syriennes commencent à agir pour mettre un terme à de telles actions […] Ces actions qui contredisent clairement l’essence de la lutte du peuple syrien pour la liberté et la dignité», a déclaré l’OSDH.

Raqa, la seule capitale provinciale syrienne qui échappe au contrôle du régime de Bachar al-Assad après avoir été capturée en mars par les djihadistes, est le théâtre depuis de plusieurs manifestations dénonçant les exactions commises par l’EIIL, un groupe islamiste radical lié à Al-Qaïda et accusé de retenir en otage des centaines de militants anti-régime et d’imposer son interprétation extrême de l’islam.

Depuis une semaine, des combats mettaient aux prises les djihadistes, dont beaucoup sont des étrangers venus faire la «guerre sainte» en Syrie, à la Brigade d’Ahfad al-Rassoul, un groupe islamiste syrien dans la mouvance de l’Armée syrienne libre (ASL), la coalition rebelle dite modérée et soutenue par des pays arabes et occidentaux.

Au début de l’insurrection, les rebelles avaient accueilli à bras ouverts les djihadistes venus combattre à leurs côtés, mais l’enthousiasme est retombé et a cédé la place l’hostilité et au rejet en raison de l’extrémisme des djihadistes, dont la présence au sein de la rébellion explique d’ailleurs en grande partie la réticence des puissances occidentales à fournir des armes aux insurgés de peur qu’elles ne tombent entre les mains des islamistes radicaux.

Les groupes djihadistes en Syrie quant à eux s’en prennent de plus en plus souvent aux autres combattants, tentant de s’emparer de leurs armes et de leurs munitions, et d’imposer leur loi aux autres groupes, ce qui ne laisse présager rien de bon pour «l’après-Assad», s’il devait un jour y avoir un «après-Assad»…


Manifestation cette semaine à Alep devant le quartier général de l’EIIL) pour la libération de plusieurs militants détenus par l’EIIL ainsi que celle du Père Paolo Dall’Oglio et, aussi, la fin de l’intervention des groupes armées dans les affaires civiles et la vie des citoyens (Vidéo: OSDH)

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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