En visite au Pakistan, Ban Ki-moon critique sévèrement l’utilisation des drones

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Le Secrétaire général de l'ONU lors de l'inauguration du Centre pour la paix et la stabilité à Islamabad, au Pakistan (Photo: ONU)
Le Secrétaire général de l’ONU lors de l’inauguration du Centre pour la paix et la stabilité à Islamabad, au Pakistan (Photo: ONU)

En visite au Pakistan, à la veille de sa fête de l’Indépendance, le Secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon, a salué mardi le rôle important de ce pays dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies, tout critiquant encore une fois sévèrement l’utilisation de drones armés.

Lors de l’inauguration du Centre pour la paix et la stabilité à Islamabad, M. Ban a exprimé sa gratitude au Pakistan pour la contribution considérable de ce pays pour la paix et la sécurité dans le monde, rapporte aujourd’hui le service d’information de l’ONU.

«Plus de 100 pays fournissent des troupes et des forces de police pour les missions de maintien de la paix des Nations-Unies. Le Pakistan est le premier contributeur», a rappelé M. Ban, en ajoutant qu’il est impossible de parler de l’histoire de maintien de la paix des Nations-Unies sans souligner les contributions pakistanaises.

Le Secrétaire général a indiqué à cette occasion que 8 000 hommes et femmes du Pakistan servent actuellement dans des missions complexes et difficiles, y compris au Darfour, en Haïti et en République démocratique du Congo.

Par ailleurs, alors que les États-Unis multiplient les tirs de drones armés dans cette région du monde, Ban Ki-moon a critiqué sévèrement l’utilisation de telles armes.

L’ONU utilise aussi de nouvelles technologies pour aider à une meilleure mise en œuvre de ses mandats et à assurer une meilleure sécurité pour son personnel militaire, mais, pour le Secrétaire général, «Ces nouveaux outils, tels que des véhicules aériens sans pilote non armés, sont à des fins d’information seulement. Ils sont essentiellement caméras qui volent».

«Les drones armés sont une autre affaire», a-t-il ajouté. «Comme je l’ai dit souvent, l’utilisation de drones armés, comme n’importe quelle autre arme, devrait être soumis aux règles du droit international, notamment du droit international humanitaire. Telle est la position très claire de l’ONU. Tout doit être fait pour éviter les erreurs et les pertes civiles ».

Les États-Unis ont mené des dizaines d’attaques de drones contre des terroristes (Photo: Archives/US Air Force)

Les États-Unis utilisent des drones armées depuis 2004 dans les zones tribales semi-autonomes du Nord-Ouest du Pakistan, région frontalière de l’Afghanistan qui sert de sanctuaire aux talibans et à d’autres groupes islamistes armés comme Al-Qaïda.

Ces tirs, qui se sont multipliés à partir de 2008, sont considérés par l’administration américaine comme une arme indispensable pour neutraliser ses ennemis islamistes réfugiés dans les zones tribales pakistanaises réputées impénétrables.

Depuis août 2008, près de 300 bombardements de drones américains ont fait plus de 2 000 morts selon les autorités pakistanaises, d’autres sources évoquant même le chiffre de 3 500 morts ou plus.

En mai dernier, le président américain, Barack Obama, avait défendu l’usage des drones, alors que ces opérations clandestines dans plusieurs pays tiers hors de zones de conflit par la centrale du renseignement (CIA) sont de plus en plus critiquées.

Pour Barack Obama, l’utilisation de drones est de loin préférable, parce que moins dommageable, aux opérations dites «conventionnelles».

Il avait reconnu que cette technologie soulève de nouvelles questions d’imputabilité et de morale, mais, a-t-il fait valoir, il faut agir avec efficacité, avait il fait valoir, rappelant que l’Amérique est en guerre contre des terroristes qui, eux, n’hésiteront pas à faire autant de morts qu’ils le peuvent si on ne les empêche pas.

Les États-Unis insistent en outre sur la précision de leurs tirs, mais les drones font aussi des victimes civiles et alimentent le fort sentiment anti-américain au Pakistan.

La visite de deux jours du secrétaire général de l’ONU coïncide également avec un regain des tensions entre le Pakistan et l’Inde sur la question du Cachemire, région de l’Himalaya divisée en deux, mais revendiquée par les deux pays.

L’Inde a accusé la semaine dernière le Pakistan d’avoir tué cinq de ses soldats sur la Ligne de Contrôle et, les soldats des deux pays continuent à échanger des coups de feu depuis dimanche.

L’Inde et le Pakistan, dotés tous deux de l’arme nucléaire, se sont livré trois guerres depuis leur indépendance de l’empire britannique en 1947 et deux de ces conflits portaient sur le Cachemire.

Le Secrétaire général rencontrera plusieurs dirigeants pakistanais, notamment le Premier ministre et le Président, et assistera également aux célébrations du Jour de l’Indépendance du Pakistan.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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