RDC: la foule en colère s’en prend à la MONUSCO, deux manifestants tués

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Le Représentant spécial du Secrétaire général en en République Démocratique du Congo et chef de la Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en RDC (MONUSCO), Martin Kobler (Photo: Myriam Asmani/ONU)
Le Représentant spécial du Secrétaire général en en République Démocratique du Congo et chef de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en RDC (MONUSCO), Martin Kobler (Photo: Myriam Asmani/ONU)

La force de l’ONU dans l’est de la RDC a été accusée dimanche d’avoir tué deux civils à Goma en tirant sur une foule de manifestants qui reprochaient aux Casques bleus de ne pas protéger adéquatement la population des attaques des rebelles du M23.

Alors que le Représentant spécial du Secrétaire général en en République Démocratique du Congo et chef de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en RDC (MONUSCO), Martin Kobler, avait affirmé jeudi que la mission assurera la protection des civils au moment où reprenaient les combats entre le Mouvement du 23 Mars (M23) et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), la tension s’est accrue à Goma, déjà frappée, jeudi, par des tirs d’obus qui avaient fait quatre morts.

Samedi matin, trois personnes ont été tuées par la chute d’un obus sur un faubourg de la capitale du Nord-Kivu.

L’ONU a précisé dans un communiqué que des obus «tirés à partir des positions du M23» samedi étaient tombés près des positions de la Monusco et qu’il y avait eu «trois blessés parmi les Casques bleus».

Sous le coup de la colère, la population de Goma a quant à elle pris à partie la Monusco, lui reprochant sa passivité. Toutes les boutiques de la ville ont été fermées et des manifestants s’en sont pris aux véhicules de l’ONU qui ont été contraints de rentrer dans leurs casernes.

Des témoins ont affirmé que deux manifestants ont alors été tués par des tirs de Casques bleus uruguayens dont la caserne était sur le point d’être envahie.

La MONUSCO a bien confirmé samedi la mort de deux manifestants et le responsable de la Monusco, Martin Kobler, a demandé l’ouverture d’une enquête par la police congolaise et celle de la MONUSCO.


M23: Marche de colère de la population de Goma contre la Monusco (Vidéo: Claude Muhinda)

Les Casques bleus Uruguayens s’expliquent

Selon ce que rapporte de son côté l’AFP, s’appuyant sur une source militaire occidentale que l’agence française dit avoit pu joindre, «le détachement uruguayen a été débordé par la foule qui tentait d’entrer dans son campement et a tiré pour la disperser».

L’agence rapporte toutefois qu’à Montevideo, le porte-parole de l’armée uruguayenne, le colonel Mario Stevenazzi, lui a affirmé que les soldats uruguayens membres des Casques bleus n’avaient pas tiré à balles réelles sur les manifestants.

«A aucun moment l’Uruguay n’a tiré contre la population avec des balles réelles. S’il y a eu des tirs avec des fusils armés de balles en caoutchouc, cela a permis d’éviter que (les manifestants) n’entrent», dans la caserne de la Monusco, a déclaré le colonel Stevenazzi à l’aggence de presse.

Dimanche, la situation semblait calme au nord de Goma, cinq jours après la reprise des affrontements entre les forces armées et les rebelles du M23.

Les troupes de l’ONU en RDC

Les combats ont repris mercredi 21 août, entre les FARDC et le M23 dans la région de Kibati, à 15 km au Nord de Goma. Les zones peuplées et les positions des troupes de l’ONU ont été directement visées et touchées par des tirs au mortier indiscriminés.

«J’ai donné l’ordre à la Force de la MONUSCO de réagir et de prendre les mesures nécessaires pour protéger les civils et empêcher toute avancée du M23,» avait déclaré la semaine dernière Martin Kobler dans un communiqué de presse.

Les Casques bleus sont environ 17 000 en RDC, venus notamment d’Inde, du Pakistan, du Ghana et d’Uruguay et le porte-parole militaire de l’ONU dans le pays, le lieutenant-colonel Prosper Basse, avait affirmé pour sa part vendredi que la Monusco était «désormais engagée» aux côtés de l’armée régulière, contre les rebelles.

La force de l’ONU, présente dans cette région depuis 1999, avait été critiquée fin 2012 pour n’avoir pu empêcher le M23 d’occuper Goma en novembre, mais l’ONU peut maintenant compter sur une nouvelle brigade d’intervention au mandat offensif déjà opérationnelle pour désarmer et neutraliser les groupes armés de l’est de la RDC.

Cette brigade, qui aura à terme 3 000 hommes, n’est cependant pas encore au complet, un millier de soldats malawites devant encore se joindre aux Tanzaniens et au Sud-Africains déjà déployés au sein de la brigade.

Le Mouvement du 23 mars est actif depuis mai 2012 au Nord-Kivu. Kinshasa et l’ONU accusent le Rwanda de soutenir cette rébellion, ce que Kigali a toujours démenti et l’ONU mène, avec les Forces congolaises, un combat «à finir» contre les rebelles du M23 dans l’Est du pays.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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