Syrie: on tire sur les enquêteurs de l’ONU

Photo de l'opposition syrienne montrant des cadavres d'enfants morts, selon elle, lors d'une attaque aux armes chimiques près de Damas, le 21 août 2013 (Photo: Ammar al-Arbini/AFP)
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Photo de l'opposition syrienne montrant des cadavres d'enfants morts, selon elle, lors d'une attaque aux armes chimiques près de Damas, le 21 août 2013 (Photo: Ammar al-Arbini/AFP)
Photo de l’opposition syrienne montrant des cadavres d’enfants morts, selon elle, lors d’une attaque aux armes chimiques près de Damas, le 21 août 2013 (Photo: Archives/Ammar al-Arbini/AFP)

Des experts de l’ONU ont essuyé des tirs lundi en se rendant sur le site d’une attaque présumée à l’arme chimique en Syrie, alors qu’une intervention militaire est envisagée par l’Occident et que, de son côté, Assad affirme que pareille intervention sera vouée à l’échec.
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Mise à jour au 26/08/2013 à 20h00

Les inspecteurs des Nations Unies chargés de faire la lumière sur l’utilisation présumée d’armes chimiques en Syrie sont retournés inspecter un site dans la banlieue de Damas, après que leur convoi a essuyé des tirs de snipers, rapporte le service d’information de l’ONU.

Après avoir regagné dans un premier temps un check-point du gouvernement, l’équipe a pu retourner dans la journée sur le site, où elle a visité deux hôpitaux et recueilli les témoignages de témoins, de survivants et de médecins et prélevé des échantillons.

«La collecte d’informations et d’échantillons «a été très productive» et l’équipe «semblait très satisfaite de son travail», a indiqué un porte-parole de l’ONU, ajoutant que les enquêteurs poursuivraient leur travail mardi, sans préciser où.

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«Le premier véhicule de l’équipe d’enquête sur les armes chimiques a été délibérément touché à plusieurs reprises par des tirs de snipers non identifiés», sans toutefois faire de blessé, a déclaré un porte-parole de l’ONU Martin Nesirky dans un communiqué.

«La voiture n’étant plus utilisable [les enquêteurs] sont retournés sains et saufs au point de contrôle tenu par le gouvernement», a-t-il ajouté, précisant que l’équipe retournerait dans la zone « après avoir changé de véhicule», a-t-il ajouté.

Le régime a aussitôt accusé les rebelles d’être derrière les tirs contre les inspecteurs et l’agence officielle SANA (Syrian News Agency) annonçait ce matin que «des terroristes [ainsi que le régime de damas appelle les rebelles] ont ouvert le feu sur l’équipe onusienne chargée d’enquêter sur l’usage de l’arme chimique lors de leur entrée dans la zone de Moadamieh dans la banlieue de Damas, faisant savoir que les services compétents ont assuré leur sûreté jusqu’à la position contrôlée par les gangs terroristes.»

Les membres de la mission de l’ONU avaient en effet quitté plus tôt leur hôtel de Damas à bord d’un convoi de cinq voitures, escorté des services de sécurité syriens en direction de la banlieue de Damas tenue par les rebelles où le régime de Bachar Al Assad est soupçonné d’avoir perpétré mercredi dernier une attaque à l’arme chimique qui a fait des centaines de morts.

Al-Assad a qualifié pour sa part les accusations proférées contre la Syrie sur l’usage des armes chimiques de «totalement politisées», précisant qu’elles interviennent après la progression réalisée par l’armée syrienne face aux «terroristes».

Le président syrien a qualifié d' »insensées » les accusations occidentales sur l’attaque chimique perpétrée par l’armée syrienne et a averti les États-Unis que leurs projets sur une intervention militaire en Syrie étaient voués à l’échec.

Le président syrien a aussi affirmé qu’accuser son régime avant l’enquête était contraire au «bon sens».

Une intervention sans l’ONU

La Syrie a certes accepté de laisser les Nations Unies inspecter à compter de lundi le site de l’attaque aux armes chimiques, mais un responsable américain a affirmé que ce serait alors «trop ​​tard pour être crédible» et qu’il n’y avait guère de doute que c’était bien le gouvernement syrien qui était à blâmer.

La Grande-Bretagne a déclaré elle aussi dimanche que les preuves d’une attaque aux armes chimiques dans la banlieue de Damas auront déjà été détruites avant la visite du site par les inspecteurs de l’ONU.

«Nous devons être réalistes sur ce [les résultats, ndlr] que l’équipe de l’ONU peut atteindre», a déclaré le secrétaire des Affaires étrangères William Hague à la presse.

Le président américain Barack Obama s’était prononcé vendredi contre une intervention militaire en Syrie sans mandat des Nations-Unies: «Si les États-Unis décident d’attaquer un autre pays sans avoir reçu le mandat de l’ONU et sans présenter de preuves suffisantes, on peut se demander si de telles démarches peuvent être conformes au droit international», avait déclaré le chef de la Maison-Blanche dans une interview accordée à la chaîne américaine d’information continue CNN.

Toutefois, il semble bien improbable qu’une intervention militaire obtienne l’aval de l’ONU, les Russes , alliés indéfectibles du régime de Damas et qui ont droit de veto au Conseil de Sécurité s’y opposant.

La Russie, alliée du régime de Damas, a adressé pour sa part une mise en garde aux puissances occidentales et a parlé de conséquences «extrêmement graves» pour la région en cas d’intervention militaire.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a quant à lui contacté son homologue américain John Kerry pour attirer son attention sur «les conséquences extrêmement graves d’une possible intervention militaire pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord où des pays comme l’Irak ou la Libye sont toujours déstabilisés».

L’Iran, autre allié du régime syrien, a mis en garde les États-Unis contre de dures conséquences en cas d’intervention, pendant que la Chine, qui a comme la Russie droit de véto au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, préconisait quant à elle la prudence, afin d’éviter toute ingérence.

Pendant ce temps, les consultations se poursuivent sur la réponse à donner à l’attaque chimique de mercredi, le chef de la diplomatie britannique, William Hague, a estimé qu’il était «possible» de répondre à l’usage d’armes chimiques sans l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU.

 

De plus en plus de pays pour une intervention

Même si la Maison-Blanche a démenti pour l’instant les informations du quotidien britannique Telegraph affirmant que Washington et Londres s’apprêtaient à lancer une action militaire commune «dans les prochains jours», l’option militaire reste sur la table et une intervention devient de plus en plus possible,

Même sans l’aval des Nations-Unies, la Turquie, alliée des rebelles, affirme être prête à rejoindre une coalition contre la Syrie, même sans consensus à l’ONU, et le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle a dit approuver une action de la communauté internationale si l’usage d’armes chimiques en Syrie était confirmé.

Aujourd’hui, lundi, de hauts responsables militaires de pays occidentaux et musulmans entameront une réunion de deux jours en Jordanie à laquelle participera le chef d’état-major interarmées américain, le général Martin Dempsey pour discuter des scénarios possibles.

Pendant ce temps, sur le terrain, les rebelles ont marqué un point lundi en coupant la seule route d’approvisionnement de l’armée vers la province septentrionale d’Alep, rapporte l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), alors que des bombardements du régime sur la Ghouta orientale, qui avait été mercredi le théâtre de l’attaque chimique, ont encore fait six morts, dont deux enfants.

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