Tunisie: pas d’issue à la crise politique, mais la chasse aux salafistes est ouverte

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Des Tunisiens manifestent contre le gouvernement islamiste, le 4 août 2013 à Tunis(Photo: Archives/Fethi Belaïd/AFP)
Des Tunisiens manifestent contre le gouvernement islamiste, le 4 août 2013 à Tunis(Photo: Archives/Fethi Belaïd/AFP)

La crise politique tunisienne se poursuivait lundi alors que les opposants au gouvernement tunisien dominé par le parti islamiste Ennahda continuaient de manifester lundi et que deux militaires tués lors de la traque d’un groupe terroriste étaient mis en terre.

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Mise à jour 06/08/13 à 22h00

Le ministère de l’Intérieur a annoncé avoir tué un «terroriste» dans la banlieue de Tunis mardi après-midi, la police multipliant les opérations contre la mouvance islamiste armée après l’assassinat d’un opposant qui a entraîné une grave crise politique.

La brigade antiterroriste a été visée par des tirs et un jet de grenade alors qu’elle tentait d’appréhender plusieurs suspects. L’un des «éléments terroristes» a alors été tué et d’autres ont pris la fuite, selon un communiqué qui n’apporte aucune précision supplémentaire.

Les autorités tunisiennes ont annoncé depuis vendredi plusieurs opérations de ce type contre des individus préparant des attentats ou des assassinats.

(Source: AFP)
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A Sidi-Bouzid, berceau de la «révolution de jasmin» et ville natale du député d’opposition assassiné Mohamed Brahmi, la police a dispersé sans ménagement lundi des dizaines de manifestants qui tentaient de pénétrer dans le bâtiment du gouvernorat régional.

À Tunis, une coalition d’opposants aux islamistes a organisé lundi un nouveau rassemblement nocturne, comme tous les soirs depuis le meurtre de l’opposant de gauche dont ils tiennent pour responsable le parti islamiste .

Les opposants préparent aussi une grande manifestation mardi pour réclamer la démission du gouvernement et la dissolution de l’Assemblée constituante tunisienne (ANC).

La puissante centrale syndicale UGTT a publié un communiqué lundi pour demander à tous ses adhérents «d’être massivement présents à la manifestation du 6 aout au départ de la caserne de Bouchoucha».

«Sachant que cette marche a été initiée par le front populaire pour réclamer la vérité sur les enquêtes en rapport avec les meurtres de Chokri Bélaïd et Mohamed Brahmi», poursuit le communiqué, «Cette manifestation se tient 6 mois jour pour jour après le meurtre de Chokri Bélaïd qui demeure jusqu’à présent non élucidé.

Cette manifestation se veut aussi une réponse au rassemblement organisés par les islamistes à Tunis dans la nuit de samedi à dimanche pour tenter de démontrer que le peuple est avec eux.

Ennahda, le parti qui domine la coalition au pouvoir n’avait pas lésiné sur les moyens pour impressionner l’opinion: des drapeaux, des banderoles, une «scène digne d’un show de Michael Jackson, des écrans géants,un éclairage monstre, la sonorisation assourdissante, des feux de Bengale, une multitude d’orateurs».

Les islamistes avaient non seulement mis à contribution les Imams des mosquées pour lancer des appels à manifester, mais n’avaient pas hésité à réqusitionner les bus de la ville pour amener les manifestants au rassemblement.

La saison de la chasse au salafiste est ouverte

Le gouvernement islamiste tunisien, vivement critiqué pour sa négligence passée dans la lutte au terrorisme et à l’extrémiseme, responsable aux yeux de plusieurs des violences et des meurtres de ces derniers mois, tente de «redorer son blason» en se lançant dans la «chasse aux salafistes».

Le fondateur et chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, prétend maintenant que « les religieux extrémistes » ayant commis des assassinats en Tunisie sont infiltrés par des agents travaillant pour des partis politiques voulant déstabiliser Ennahdha et le processus démocratique en Tunisie.

Ghannouchi a déclaré à l’agence britannique Reuters que les partis politiques qui infiltrent les salafistes utilisent des jeunes inexpérimentés et qui manquent de culture religieuse.

Depuis vendredi, dans sa chasse aux salafistes, le ministère tunisien de l’Intérieur a tué un homme et en a arrêté une dizaine d’autres.

Les agents de la garde nationale ont aussi appréhendé lundi «un individu appartenant à la mouvance salafiste» à Medjez el-Bab alors qu’il conduisait un camion contenant du carburant de contrebande et ont trouvé un sabre en fouillant le camion, rapportait Tunisie Numérique.

Pendant ce temps, l’armée poursuivait quant à elle ses opérations dans l’ouest du pays, au mont Châambi, pour tenter d’y neutraliser un groupe présenté comme lié à Al-Qaïda et actif depuis décembre et qui avaient tué sauvagement huit soldats dans une embuscade le 29 juillet.

Par ailleurs, les deux militaires, tués dimanche par un engin explosif au passage de leur blindé, ont été mis en terre lundi après une cérémonie en présence du président Moncef Marzouki et du Premier ministre.


La chasse aux djihadistes en Tunisie (Vidéo: Jewish News One)

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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