Attaque du Westgate: les politiques kenyans cherchent un bouc émissaire

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Obsèques le 27 septembre 2013 à Nairobi du neveu du président Uhuru tué lors de l'attaque du centre commercial Westgate (John Muchucha/AFP)
Obsèques le 27 septembre 2013 à Nairobi du neveu du président Uhuru tué lors de l’attaque du centre commercial Westgate (John Muchucha/AFP)

Dans l’attaque de l’attaque du centre commercial de Nairobi qui a fait une soixantaine de morts selon les autorités kenyanes, plus d’une centaine selon les assaillants shebabs, tout le monde au Kenya blâme…tout le monde.

Les responsables et les hommes politiques kenyans se renvoient la balle et cherchent un bouc émissaire qui pourrait bien être le chef du renseignement qui avait pourtant bien prévenu tout le monde de l’imminence d’une semblable attaque en septembre.

Un rapport du renseignement kényan, le NIS, avait été diffusé à plusieurs ministères et aux chefs des différents services de sécurité avant le drame, prévenant d’un projet d’attaque de grande ampleur courant septembre.

<Normalement, ce genre de rapport est remis au ministre de l’Intérieur Joseph ole Lenku, son assistant Mutea Iringo, le secrétaire du Cabinet Francis Kimemia (avec la responsabilité d’en informer le président Uhuru Kenyatta), à l’inspecteur général David Kimaiyo et ses deux adjoints, ainsi qu’au patron de la police Ndegwa Muhoro.

Et aujourd’hui, ils semblent tous chercher un bouc émissaire.

Le quotidien kenyan Le Star, révèle qu’Israël avait prévenu d’attaques possibles contre ses intérêts économiques au Kenya, mais, à part transmettre [le rapport du NIS, le service de renseignement kenyan]d’un bureau à l’autre, rien n’a été fait.

De plus, le Westgate, partiellement détenu par des capitaux israéliens, était depuis longtemps cité par les sociétés de sécurité comme une cible potentielle de groupes liés à Al-Qaïda et le rapport précise que l’ambassade d’Israël à Nairobi avait directement informé le gouvernement kényan des projets d’attaques contre des intérêts israéliens.

D’ailleurs, les services israéliens jouent un rôle important dans l’enquête en cours sur l’attaque du Westgate.

Toutefois, comme on peut s’en apercevoir à la lecture d’un deuxième quotidien du pays d’ Afrique de l’Est, le Standard,les politiques essaient de faire porter le chapeau au directeur du service de renseignement kenyan, le major-general Michael Gichangi, qui comparaîtra devant les députés lundi et dont certains ont déjà commencé à réclamer sa démission.

Mais, clairement, «La rivalité entre les organismes de sécurité et le manque de lignes de commandement claires ont durement affecté la réponse à l’attaque terroriste sur le Westgate Mall», écrit pour sa part le quotidien kenyan The Nation aujourd’hui.

En outre, la presse kenyane affirme aussi qu’une mission de sauvetage des otages aurait même été gravement retardée en raison de différends entre la police du Kenya et les officiers qui commandaient les militaires du KDF, Kenya Defense Forces, sur le terrain.

Des questions sans réponses

Le chef du renseignement kenyan, le major-général Michael Gichangi (The Standard)

Pendant ce temps, une soixantaine de personnes restent portées disparues après le carnage commis par un commando islamiste qui a fait au moins 67 morts et 240 blessées, selon un bilan provisoire.

Des informations contradictoires ont filtré toute la semaine sur la présence de cadavres sous les décombres du bâtiment dévasté par les balles, les explosions et les flammes.

«Aux premières heures de l’attaque ce samedi fatidique, nous sommes allés» au centre commercial, et «nous avons trouvé des survivants, mais aussi de nombreux cadavres», avait confié le chef de la Croix-Rouge kényane, Abbas Gullet à une agence de presse occidentale. «Le sens commun vous dit d’aider les survivants […)] et que vous pourrez venir chercher les cadavres plus tard», avait-il ajouté.

Les enquêteurs kényans, aidés par des enquêteurs occidentaux et Interpol, continuent donc de passer au peigne fin les étages du Westgate dont une partie, frappée par un violent incendie pendant le siège, s’est effondrée.

La confusion des Kényans vient de ce que le ministre de l’Intérieur, Joseph Ole Lenku, assure depuis mercredi qu’il ne reste qu’un nombre marginal.

Tout au long de cette histoire, Joseph Ole Lenku n’a pas cessé sur son compte Twitter de donner des informations rassurantes, mais erronées et vite démenties par la réalité.

Quant à l’inspecteur général de police Kimaiyo,  son compte Twitter avait annoncé prématurément la fin du siège et il y avait quelque d’irréel à voir les félicitations pour avoir mis fin au siège affluer, parfois dithyrambiques, alors que les affrontements se poursuivaient de plus belle.

Le sort des disparus n’est pas la seule question sans réponse pendant que les politiques kenyans cherchent une personne à blâmer pour leur impréparation.

L’identité et le sort des assaillants restent inconnus. Cinq ont péri pendant le siège.

Des informations de presse ont fait état de l’implication d’une Britannique, Samantha Lewthwaite, veuve d’un des kamikazes des attentats de Londres en 2005 et contre qui Interpol a lancé la semaine dernière un mandat d’arrêt.

L’attaque du Westgate est le pire attentat au Kenya depuis celui contre l’ambassade américaine en 1998, au cours de laquelle plus de 200 personnes avaient péri.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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