Le Canada laisse mourir le Centre Pearson pour le maintien de la paix

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(Photo: Archives/ONU)
(Photo: Archives/ONU)

Le Canada tourne le dos à son passé de gardien de la paix et laisse mourir le Centre Pearson pour le maintien de la paix, un des fleurons de l’engagement (passé) du pays au service du maintien de la paix, qui fermera ses portes en octobre.

Le président et chef de la direction
du Centre Pearson pour le maintien de la paix, Kevin McGarr, a confirmé la nouvelle de la fermeture de ce que rapportait plus tôt cette semaine un quotidien d’Ottawa, en raison d’un manque de financement de la part du gouvernement fédéral .

Ce «chef de file mondial dans l’élaboration de stratégies et de solutions relatives à la paix et à la sécurité», qui a du composer avec la diminution des contributions fédérales au fil des ans et a déjà réduit ses opérations , ne dispose plus maintenant que d’ environ 25 employés et devrait fermer ses portes vers le 18 octobre.

 

Le Centre Pearson pour le maintien de la paix avait été créé à la demande du gouvernement du Canada en 1994 et nommé en l’honneur de Lester B. Pearson, ancien premier ministre du Canada et récipiendaire du Prix Nobel de la paix en 1957 pour la création de la FUNU (Force d’urgence des Nations unies), première opération de maintien de la paix des temps modernes.

Le Centre a fourni l’enseignement supérieur aux officiers militaires canadiens et étrangers ainsi qu’aux employés d’organismes qui pourraient être impliqués dans les missions de maintien de la paix, comme la GRC.

Le Centre Pearson a été un point de convergence pour l’enseignement, la formation et la recherche sur tous les aspects des opérations de paix.

Le premier ministre canadien Lester B. Pearson (Forces.ca)

«Les Canadiens devraient être fiers de ce que le Centre Pearson a accompli au cours des deux dernières décennies , en leur nom. Nous avons formé plus de 18.000 participants venus de l’armée , la police et les communautés civiles dans plus de 150 pays, qui ont continué à contribuer efficacement à la paix et les opérations de sécurité dans le monde.», a déclaré son président en annonçant sa fermeture.

En raison de l’austérité budgétaire, mais aussi du désintérêt du gouvernement canadien actuel pour les opérations de maintiens de la paix ,le Centre Pearson a été confronté à des difficultés financières depuis plusieurs années.

En juin 2011, il avait annoncé qu’il fermait ses bureaux à Cornwallis, en Nouvelle-Écosse pour économiser de l’argent et consolidé ses opérations à Ottawa.

En 2012, le centre a perdu son financement fédéral annuel de base de 4 millions $ et depuis avril de cette année, aucun de ses projets n’a obtenu le moindre sou en financement de la part du gouvernement fédéral canadien.

En juillet, il avait dû mettre à pied huit personnes dans ses bureaux d’Ottawa.

Le major général Lewis MacKenzie, qui a été membre du conseil d’administration du Centre jusqu’en 2012 , avait déclaré mercredi à un quotidien de la capitale fédérale que la fermeture du Centre Pearson «sera un coup dur pour la formation maintien de la paix .», ajoutant «Ils ont fait un sacré bon job de formation, particulièrement en Afrique».

«Au cours des dernières années», a déclaré Kevin McGarr, «nous avons travaillé avec les pays d’Afrique et d’Amérique latine pour renforcer leur capacité à déployer du personnel aux opérations internationales, ce qui a renforcé leurs capacités internes de sécurité. Avec le soutien du Centre Pearson, des pays comme le Burkina Faso ont adopté une stratégie pour leurs déploiements internationaux. Nous avons amélioré la protection des femmes et des enfants dans l’État de Warrap, au Soudan du Sud par la prestation de la formation des juges coutumiers, des chefs traditionnels et des responsables gouvernementaux locaux et nous avons travaillé en partenariat avec le gouvernement colombien à articuler un plan stratégique pour leur engagement international».

Le Centre Pearson avait également développé du matériel de formation adapté pour fournir la Police nationale afghane avec les connaissances, les habiletés et les attitudes nécessaires pour efficace de la police communautaire pendant le processus électoral et nous avons contribué à la gestion des innombrables exercices à travers l’Europe et l’Afrique.

Le Centre Pearson avait lancé un plan en 2009 pour devenir autonome financièrement après avoir appris que son 4 millions de dollars en financement fédéral annuel de base s’arrêterait au printemps 2012, mais n’y est manifestement pas parvenu.

De l’action à la commémoration

Ironie du sort, le 9 août, la cérémonie de la « Journée des gardiens de la Paix» réunissait à Québec un millier de personnes pour rendre hommage aux nombreux soldats canadiens qui ont servi dans les missions de la paix de l’ONU.

Le 9 août est désigné depuis 2008 comme une journée pour honorer et commémorer les Gardiens de la paix canadiens qui ont servi ou servent actuellement dans des opérations de paix partout dans le monde depuis les événements du 9 août 1974, où neuf Gardiens de la paix canadiens, au service de la Force d’urgence des Nations Unies en Égypte et en Israël, ont péri lors de l’écrasement de leur avion abattu par un missile en Syrie.

Toutefois, la participation canadienne aux missions de maintien de la paix n’a cessé de diminuer depuis et s’est réduite comme une peau de chagrin.

Longtemps, le Canada a été associé aux missions de maintien de la paix que notre pays a pour ainsi dire créé..

En 68 années d’existence des Nations Unies, le Canada a fait 61 missions de paix et près de 150 000 gardiens de la paix du Canada a avoir participé à cette soixantaine de missions depuis la toute première en 1956.

Mais, si le Canada était reconnu pour être l’un des leaders en terme de participation aux missions de maintien de la paix, aujourd’hui le pays a déployé à peine plus de 150 militaires, policiers et experts dans six missions de paix (sur 16), dont 130 pour la seule MINUSTAH en Haïti, écrivait Nicolas Laffont sur 45eNord.ca le mois dernier.

Le Canada se classe désormais 54e dans le top des pays contributeurs, selon des chiffres des l’ONU. Ce sont le Pakistan, l’Inde et le Bangladesh qui sont à présent les principaux pays contributeurs avec près de 8000 militaires et policiers envoyés pour chacun.

Ce n’est pas manquer à notre devoir d’impartialité que de résumer ainsi: on ne participe pratiquement plus aux missions de maintien de la paix, on ferme l’un des fleurons de l’engagement passé du pays en faveur du maintien de la paix, mais on commémore de plus en plus les batailles du passé, petites et grandes.

Sommes-nous passé de l’action à la commémoration?

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Discussion3 commentaires

  1. Honte à nos politiciens dirigeants qui ne sont pas capables d’honorer la mémoire et l’héritage d’un grand Canadien, et notre réputation internationale de pacifistes !!!