L’insurrection syrienne se fractionne, les djihadistes méneront leur propre combat

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Des militants du groupe djihadiste Al-Nusra dans le village d'Aziza en Syrie, le 4 avril 2013 (Archives/Guillaume/AFP(Briquet
Des militants du groupe djihadiste Al-Nusra dans le village d’Aziza en Syrie, le 4 avril 2013 (Archives/Guillaume Briquet/AFP)

Le Front Al-Nosra et l’Émirat Islamique en Irak et au Levant, deux groupes djihadistes liés à Al-Qaïda et d’autres groupes rebelles islamistes en Syrie rompent avec l’opposition politique modérée et qu’ils allaient dorénavant mener leur propre combat.

«La Coalition nationale et le gouvernement d’Ahmad Tomeh [ un islamiste modéré, nommé premier ministre intérimaire par l’opposition syrienne] ne nous représentent pas, et nous ne les reconnaissons pas non plus», ont indiqué 13 des groupes rebelles islamistes les plus puissants sur le terrain dans un communiqué commun mardi soir.

L’opposition politique est basée à l’étranger notamment en Turquie. L’Armée syrienne libre (ASL), la principale coalition de groupes armés liée à l’opposition en exil, est formée de militaires ayant déserté l’armée syrienne et de civils ayant pris les armes, alors que les djihadistes comptent dans leurs rangs plusieurs étrangers venus faire en Syrie la «Guerre sainte» et y instaurer un étast islamique.

Parmi les signataires du texte figurent d’une part des groupes islamistes appartenant à l’ASL dont la Brigade Al-Tawhid, et d’autre part les djihadistes du Front Al-Nosra, lié à Al-Qaïda.

De plus, le groupe islamiste Ahrar al-Cham, l’un des plus influents sur le terrain et qui coopérait avec l’ASL, l’a également signé.

Les signataires du communiqué «appellent tous les groupes civils et militaires à l’unité» et affirment que la loi islamique doit être «la seule source de la législation».

Les violences se sont multipliées entre les insurgés ces dernières semaines en Syrie, même si ces groupes combattent tous les troupes du régime de Bachar al-Assad dont ils veulent la chute, les djihadistes privilégiant leur projet d’instauration d’un État islamique au combat contre le régime alors que les autres groupes dont l’ASL et l’opposition politique veulent un État démocratique où toutes les communautés cohabitent.

Au début de l’insurrection, les rebelles avaient accueilli à bras ouverts les djihadistes venus combattre à leurs côtés, mais l’enthousiasme est retombé et a cédé la place l’hostilité et au rejet en raison de l’extrémisme des djihadistes, dont la présence au sein de la rébellion explique d’ailleurs en grande partie la réticence des puissances occidentales à fournir des armes aux insurgés de peur qu’elles ne tombent entre les mains des islamistes radicaux.

Les groupes djihadistes en Syrie quant à eux s’en prenaient déjà de plus en plus souvent aux autres combattants, tentant de s’emparer de leurs armes et de leurs munitions, et d’imposer leur loi aux autres groupes.

Que les rebelles islamistes qui combattent en Syrie ont affiché clairement leurs positions ne peut mettre dans l’embarras l’Occident qui soutient l’opposition politique et armée, désormais affaiblie et désunie face au régime.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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