Mali: combats à Kidal et brusque dégradation de la situation sécuritaire dans le Nord

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Des soldats maliens en patrouille sur une route entre Kidal et Goa, le 29 juillet 2013 (Kenzo Tribouillard/AFP)
Des soldats maliens en patrouille sur une route entre Kidal et Goa, le 29 juillet 2013 (Kenzo Tribouillard/AFP)

Le malade semblait prendre du mieux, mais il a eu une sévère rechute. Les violences ont repris de plus belle dans le Nord du Mali à peine un mois et demi après l’élection présidentielle qui devait mener à la réconciliation nationale et seule la présence des Casques bleus empêche la situation de dégénérer.

Après l’attentat à Tombouctou, revendiqué par AQMI, se sont poursuivis pour la deuxième journée consécutive dans le Nord malien des combats opposant ce 30 septembre lundi à Kidal soldats maliens et rebelles touareg qui n’ont pris fin qu’après l’intervention des casques bleus de l’ONU.

En outre, toujours dans le nord malien, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a revendiqué aujourd’hui l’attentat suicide mené par deux kamikazes samedi à Tombouctou, affirmant que 16 soldats maliens tués avaient été tués dans l’opération menée et qui a aussi coûté la vie à deux civils.

À Kidal, une position de l’armée a été attaquée lundi matin par des troupes du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), provoquant la riposte des militaires, rapporte l’AFP, s’appuyant sur des sources militaires maliennes.

Des échanges nourris de coups de feu ont été entendus à partir de 07h00, heure loicale, dans les environs d’une banque située en plein centre-ville, poussant ses riverains à se calfeutrer chez eux, rapporte l’agence de presse.

Les tirs ont baissé d’intensité à partir de 0900, pour cesser en début d’après-midi.

C’est suite à l’intervention des Casques bleus de la Mission de l’ONU au Mali (MINUSMA) que le cessez-le-feu a été obtenu et que les deux camps, qui avaient reçu des renforts, ont accepté finalement de retourner dans leur base, également à la demande de la MINUSMA.

Toujours à Kidal, fief du Mouvement de libération de l’Azawad, MNLA, qui y dispose de combattants armés, des échanges de tirs avaient opposé dimanche des militaires à des hommes armés non identifiés, selon des responsables du gouvernorat de la ville.

Le MNLA a affirmé par la suite qu’il s’agissait bien de l’une de ses unités, faisant état de trois blessés dans ses rangs et dénonçant une « provocation » de l’armée.

La banque proche des lieux des violence d’aujourd’hui s avait déjà été le théâtre d’une attaque à la grenade, le 27 septembre, contre des militaires maliens qui la sécurisaient.

Le Mali n’est pas encore prêt à se défendre seul

La soudaine dégradation de la situation sécuritaire au Mali intervient en l’absence du pays du président Ibrahim Boubacar Keïta, en visite lundi à Paris après sa participation la semaine dernière à l’Assemblée générale des Nations unies à New York où il affirmait pourtant que que son pays était sorti de neuf mois de graves violations des droits humains, de pillages et de destruction et qu’il s’engageait dans la voie de la réconciliation et qu’il était sur le point de retrouver sa place dans le concert des nations.

Le Mali consentira des sacrifices pour que son armée, sous-équipée et mise à rude épreuve en 2012 par des groupes islamistes dans le Nord, puisse assurer ses missions, avait aussi déclaré son président Ibrahim Boubacar Keïta, jurant que rien ne sera de trop pour cet objectif.

Cette escalade de violences dans le Nord suscite pourtant bien des questionssur les capacités de l’armée à faire face aux menaces djihadistes et aux velléités autonomistes touareg, après la débâcle subie en 2012 par les militaires maliens face aux groupes armés, mieux équipés, qui ont occupé plusieurs mois durant ces vastes régions allant de Kidal à Tombouctou et à Gao.

Le général français Grégoire de Saint-Quentin, ex-patron de l’opération Serval qui a libéré le Nord malien du joug des extrémistes liés à A–Qaïda, déclarait en juillet dernier que le Mali n’est pas «complètement stabilisé» malgré «une dynamique de succès militaires répétés» et, en juillet aussi, le général François Lecointre, commandant de la mission européenne chargée de la formation de l’armée malienne (EUTM Mali), a estimé qu’il faudrait au moins un an de plus pour mener sa tâche à son terme.

«Il y a des défaillances, il faut avoir le courage de le reconnaître mais […] nous allons prendre toutes les dispositions pour que la situation soit maîtrisée], a déclaré pour sa part le ministre de la Sécurité intérieure, le général Sada Samaké, en visite dimanche à Tombouctou.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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