Près de 51% des Américains s’opposent encore à des frappes militaires en Syrie

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Le Président Obama répond à une question lors du sommet du G20 à Saint-Petersbourg (Photo: Archives/Jewel Samad/AFP)
Le Président Obama répond à une question lors du sommet du G20 à Saint-Petersbourg (Photo: Archives/Jewel Samad/AFP)

Alors que le débat sur les frappes militaires commence aujourd’hui sur la Colline parlementaire américaine, le Congrès est divisé et 51% des Américains s’opposent encore à des frappes militaires en Syrie selon le dernier sondage de l’Institut Gallup, mais pourraient bien se «rallier» autour de leur «Commandant en chef» si celui-ci allait quand même de l’avant et lançait une intervention.

L’issue du vote, qui pourrait avoir lieu dans les jours à venir, tout au moins au Sénat à majorité démocrate, reste très incertaine, particulièrement à la Chambre des représentants dominée par les opposants au Président démocrate et où même les leaders républicains doivent composer avec une minorité libertaire ou d’extrême-droite toujours prête à rejeter tout ce qui vient de la Maison-Blanche.

Du côté des élus, voici, selon la chaîne américaine ABC, comment se présente la situation.

À la Chambre des représentants: 78 s’opposent «certainement» à une intervention militaire en Syrie, 153 autres penchent aussi pour un non à la résolution autorisant des frappes, 19 sont prêts à donner à donner le feu vert à l’administration Obama, 25 penchent eux aussi pour une autorisation à  une intervention militaire et  145 sont  indécis ou ne se prononcent pas.

Au Sénat, 18  s’opposent «certainement» à une intervention militaire en Syrie, 5 autres  penchent pour un non à la résolution autorisant des frappes, 20 sont résolument prêts à donner à donner le feu vert à l’administration Obama, 2 de plus penchent eux aussi pour une autorisation à une intervention militaire et  55 sont  indécis ou ne se prononcent pas.

Pendant ce temps, les télévisions américaines diffusaient en boucle ce week-end des images de victimes des attaques chimiques, tandis que l’administration Obama tentait de convaincre élus et opinion publique.

Selon le dernier sondage de l’Institut Gallup, l’appui des Américains à une action militaire contre le gouvernement syrien pour son utilisation présumée d’armes chimiques est l’un des plus bas jamais enregistré dans les 20 dernières années pour une intervention du genre.

Trente-six pour cent des Américains seulement sont favorables à une action militaire afin de réduire la capacité de la Syrie à utiliser des armes chimiques, alors que la majorité, 51%, s’oppose à une telle action et que 13% sont indécis.

La bataille de l’opinion publique est d’autant plus ardue pour le président américain que les électeurs démocrates sont divisés sur l’opportunité d’intervenir alors qu’une forte majorité de républicains y sont opposés.

(Source: Gallup)

Dans un sondage Gallup en mai dernier, donc avant l’attaque chimique du 21 août, 68% s’opposaient à une action militaire «pour tenter de mettre fin au conflit, même si «tous les efforts diplomatiques et économiques ne parvenaient pas à mettre fin à la guerre civile en Syrie», et seulement 24% des Américains y étaient favorables.

L’appui pour les trois autres engagements militaires majeurs dans le passé récent (Irak en 2003, l’Afghanistan en 2001 et le golfe Persique en 1991) dépassait de beaucoup l’appui aujourd’hui à une intervention en Syrie, même si ces interventions impliquaient l’envoi de troupes américaines, ce qui n’est même pas le cas des frappes militaires que propose le président Obama en réponse à l’attaque chimique dont le régime de Damas se serait rendu coupable.

(Source: Gallup/3 et 4 septembre/sondage téléphonique)

Toutes ces trois opérations militaires (Irak, Afghanistan, Syrie) avaient aussi été autorisées par le Congrès et/ou les Nations Unies au moment du vote.

Conscient que la partie est donc loin d’être gagnée et que les élus peuvent difficilement voter une mesure aussi impopulaire parmi leurs commmettants, le président Obama enregistrera lundi après-midi une série d’interviews qui seront diffusées lundi soir sur toutes les grandes chaînes américaines et, mardi soir, il s’adressera solennellement au pays tout entier depuis le «Bureau Ovale» de la Maison-Blanche.

Il va sans dire qu’une défaite  au Congrès sur une aussi importante question plomberait le reste du mandat d’Obama à la Maison-Blanche et lui rendrait la tâche très difficile tant en matière de politique intérieure qu’en matière de politique étrangère.

Dimanche, le secrétaire général de la Maison-Blanche Denis McDonough avait popur sa part réaffirmé avec force la nécessité d’une riposte limitée à ces «horribles» attaques, qui ont fait plus de 1.400 morts selon les services de renseignement américains.


Le secrétaire général de la Maison-Blanche Denis McDonough (Vidéo: CNN)

Mais Obama peut compter sur l’effet de «ralliement»

Par contre, souligne l’Institut Gallup, bien que faible, le niveau d’appui pourrait changer radicalement si le président Obama décide malgré tout d’aller de l’avant et d’intervenir militairement.

On pourrait alors assister, comme ce fut le cas dans le passé, à un puissant effet de «ralliement».

Au cours des 20 dernières années, le soutien des Américains pour les engagements militaires des États-Unis au début d’un conflit a toujours été très élevé, avec une moyenne de 68% d’approbation pour des interventions qui avaient pourtant été condamnées avant qu’elles ne commencent véritablement.

Par exemple, en 1999, l’appui des Américains à la campagne de bombardements en ex-Yougoslavie a grimpé à des niveaux majoritaires dès que les États-Unis se sont effectivement militairement impliqués.

En février 2003, environ un mois avant le début du conflit, 56% des Américains seulement appuyaient une action militaire contre l’Irak. Le mois suivant, en mars de la même année, lorsque la guerre avec l’Irak était imminente, l’approbation américaine du conflit à venir était passé à 66% et, un jour après le début de la guerre, l’appui a grimpé à 76%.

L’Amérique en guerre est unie, du moins au début…

(Source: Gallup)

Comment se déroulerait l’intervention

Le porte-avions Nimitz le 28 août 2013 au large d’Oman (Photo:Archives/ George J Penney/AFP)

Pendant ce temps, le Pentagone prépare des frappes militaires sur la Syrie plus intenses que prévu, si on en croit le Los Angeles Times, mais l’intervention resterait limitée, tel que promis par le président américain.

L’étendue et l’objectif des frappes contre la Syrie n’a pas changé ces dernières semaines, mais les forces américaines doivent s’adapter aux mouvements des forces syriennes qui ont eu maintenant  le temps de se disperser.

Selon les sources du quotidien, la Maison Blanche aurait donc demandé une liste d’objectifs élargie pour inclure «beaucoup plus» que la liste initiale d’environ 50 objectifs.

Le Los Angeles Times, rapportait aussi dans son édition de dimanche que les stratèges américains optent désormais pour un barrage massif de tirs de missiles, suivi rapidement par d’autres attaques sur des cibles manquées ou non détruites après l’attaque initiale.

Le chef d’État-major des États-Unis, le général Martin Dempsey, avait déjà indiqué la semaine dernière aux membres du Congrès que les forces américaines seraient capables de modifier leurs projets de frappes, y compris si le régime syrien essaie de disperser son armement, indiquant qu’il y aurait un ensemble initial d’objectifs puis une deuxième liste d’objectifs.

Le Pentagone envisagerait désormais la participation de bombardiers de l’armée de l’Air, ainsi que des cinq destroyers lance-missiles américains qui croisent actuellement en Méditerranée orientale, pour lancer des missiles de croisière et des missiles air-sol, tout en restant en restant hors de portée de la défense aérienne syrienne.

Le porte-avions Nimitz avec son escorte — un croiseur et trois destroyers positionnés en mer Rouge — peut également tirer des missiles de croisière sur la Syrie.

Il y aurait donc plusieurs salves et une évaluation après chaque raid et l’intervention  resterait  limité à environ 72 heures.

Quoi qu’il en soit, le débat sur la résolution autorisant l’usage de la force, déjà adoptée en commission, commence cette semaine et un premier vote important pourrait intervenir dès mercredi.

La résolution sur les frappes prévoit une durée limite de 60 jours, prolongeable à 90 jours, et l’interdiction de déployer des troupes de combat au sol.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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