Somalie: le djihadiste américain al-Amriki tué, selon des témoins

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Le djihadiste américain Omar Shafik Hammami, le 11 mai 2011 à Afgoye, au sud de Mogadiscio, en Somalie (Photo: Archives/Mustafa Abdi/AFP)
Le djihadiste américain Omar Shafik Hammami, le 11 mai 2011 à Afgoye, au sud de Mogadiscio, en Somalie (Photo: Archives/Mustafa Abdi/AFP)

Un djihadiste américain combattant depuis 2006 en Somalie, dont la tête était mise à prix par Washington, a été tué jeudi dans un affrontement avec des islamistes shebab, ex-compagnons d’armes avec lesquels il s’était brouillé, ont affirmé des témoins.

Omar Shafik Hammami, également appelé Abou Mansour al-Amriki (Mansour l’Américain), était l’un des combattants islamistes étrangers de Somalie les plus connus. Le département d’État américain offrait 5 millions de dollars pour sa capture.

Le combattant de 29 ans, dont la mort avait déjà été annoncée puis démentie plusieurs fois, s’était surtout fait connaître comme propagandiste de la cause shebab via des morceaux de rap, des vidéos et une utilisation intensive des médias sociaux.

Il s’était cependant brouillé fin 2012 avec le chef suprême des insurgés islamistes, Ahmed Abdi Godane, et son sort suscitait depuis des questions. Son compte Twitter, d’habitude très actif, était resté silencieux depuis mai jusqu’au 5 septembre, lorsqu’il y avait revendiqué être «toujours un terroriste».

Selon un témoin, il y a eu jeudi «une fusillade entre Amriki et ses hommes et d’autres combattants». «Les informations mentionnent Amriki parmi les morts», a précisé la source, Moalim Ali, un habitant de la localité de Bardhere (sud) proche de l’affrontement.

«Amriki et deux autres combattants, dont un étranger, ont été tués près de Bardhere», a confirmé un autre habitant, Mohamed Wardhere.

Un site jihadiste dont Hammami était proche a confirmé sa mort, et précisé que l’autre étranger tué, Osama al-Britani, était britannique.

Luttes internes

Les éléments biographiques disponibles sur Hammami, difficiles à vérifier, proviennent essentiellement d’un texte publié sur internet lui étant directement attribué.

Le document, titré «L’Histoire d’un jihadiste américain», relate son engagement au côté des shebab. Il raconte aussi combien sa famille ou les plats chinois à emporter de son Alabama natal lui manquent, parle de son enfance entre une mère baptiste originaire d’Irlande et un père musulman d’origine syrienne.

Pour les shebab, Hammami s’occupait du recrutement, via son rap appelant à la lutte et diffusé en anglais sur internet.

Mais depuis plusieurs mois, rien n’allait plus entre l’Américain et les insurgés.

Hammami accusait Godane d’avoir trahi l’ex-chef présumé d’Al-Qaïda en Afrique de l’Est, le Comorien Fazul Abdullah Muhammad, tué à Mogadiscio en 2011, et disait faire lui-même l’objet de menaces. Les insurgés avaient rétorqué qu’il cherchait à «semer la discorde» au sein du mouvement rallié à Al-Qaïda.

Doublement traqué par les Américains et les shebab, Hammami avait néanmoins continué quelque temps à alimenter la Toile de messages ironiques. En mars, il avait raillé la prime offerte par Washington pour sa capture, demandant combien il pourrait obtenir pour sa seule «jambe gauche».

La mort annoncée de Hammami allonge une liste désormais conséquente de figures des shebab victimes de luttes internes et de la purge menée par Godane.

S’il est confirmé, son décès signifiera que «l’alliance anti-Godane (au sein du mouvement) est presque neutralisée», estime Abdi Aynte, responsable du groupe de réflexion somalien Heritage Institute For Policy Studies.

En juin, les hommes de Godane avaient abattu deux co-fondateurs des shebab, dont un autre jihadiste recherché par les États-Unis, Ibrahim Haji Jama Mead (al-Afghani/l’Afghan). Dans la foulée, Cheikh Hassan Dahir Aweys, figure historique des islamistes en Somalie et ex-leader du mouvement, était arrêté alors qu’il tentait de négocier son retour à Mogadiscio.

Les dissensions au sein des shebab, entre partisans d’un djihad mondial réunis autour de Godane et défenseurs d’un agenda plus nationaliste, ont affaibli un mouvement déjà mis à mal par des revers militaires. Chassés de Mogadiscio en 2011, les insurgés ont depuis perdu tous leurs bastions dans les centre et sud somaliens.

Malgré tout, avec quelque 5.000 hommes, ils restent pour les experts le principal obstacle au retour de la paix dans un pays en état de guerre civile depuis la chute du président Siad Barre en 1991.

Jeudi, les shebab ont d’ailleurs revendiqué une autre attaque, contre un important chef du sud somalien, ex-dirigeant islamiste désormais aux commandes du stratégique port de Kismayo, Ahmed Madobe.

L’incident a été confirmé par le gouvernement somalien. Son porte-parole, Ridwan Abdiweli, a précisé que des gardes du corps de Madobe avaient été tués, et le chef local blessé.

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