Sri Lanka: l’ONU exige une enquête sur les exactions avant mars 2014

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La Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay (Archives/Jean-Marc Ferré/ONU)
La Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay (Archives/Jean-Marc Ferré/ONU)

Dans un rapport présenté mercredi, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Navi Pillay, a demandé au gouvernement du Sri Lanka de mener une enquête «crédible» sur les accusations d’exactions commises lors du conflit ethnique de 2009.

Un véritable ultimatum. Ce mercredi, Navi Pillay est montée au créneau pour dénoncer l’inactivité des autorités sri-lankaises pour faire la lumière sur les événements de 2009. Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme a ainsi exigé la tenue d’une enquête concernant les exactions commises lors de cette guerre civile ayant opposé le gouvernement aux Tigres tamouls.

«Le Haut-Commissaire encourage le gouvernement à établir d’ici à mars 2014 un processus national crédible» afin de lutter contre l’impunité des actes commis, a déclaré Mme Pillay dans un rapport présenté au Conseil des droits de l’homme de l’ONU. «En l’absence d’une telle enquête, la communauté internationale devra mettre en place ses propres mécanismes d’enquête», a-t-elle ajouté.

Navi Pillay s’indigne ainsi que les autorités sri-lankaises n’aient fait «aucun effort» depuis l’adoption des résolutions en mars 2012 et 2013 par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Elle a également déploré la «surveillance élevée» à laquelle réfugiés, anciens détenus et personnes réhabilitées ont été confrontés depuis la fin du conflit.

Le Conseil n’a pas de mandat selon l’ambassadeur du Sri Lanka à l’ONU

Des accusations loin d’être du goût de Ravinatha Aryasinha. Mercredi, l’ambassadeur du Sri Lanka auprès de l’ONU à Genève a assuré que «le Conseil n’avait pas de mandat» pour exiger une telle enquête internationale.

Selon lui, le Sri Lanka a d’ores et déjà mis en place des «mécanismes multiples» pour demander aux auteurs des éventuels crimes de répondre de leurs actes. Le Conseil des droits de l’Homme porte ainsi une «attention disproportionnée au Sri Lanka», qui «a besoin d’être encouragé au lieu de voir des obstacles mis sur sa route», a-t-il ajouté.

De 1972 à 2009, le pays a été meurtri par une guerre civile ayant coûté la vie à quelques 100 000 personnes, selon des estimations de l’ONU, et s’était conclu par la défaite des Tigres tamouls. Publié en avril 2011, le rapport des Nations unies a mis en lumière des éventuels crimes de guerre perpétrés en 2009 contre des civils.

Selon certaines organisations de défense des droits de l’homme, près de 40 000 civils auraient été tués au cours des derniers mois de la guerre civile par les forces gouvernementales. Également concernés par ces accusations, les rebelles tamouls se seraient rendus coupables d’exactions et d’utilisation de civils comme boucliers humains.

Navi Pillay dénonce une «présence militaire considérable»

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avait alors annoncé qu’il n’avait pas le pouvoir d’ordonner une enquête internationale sur ces morts causées tant par le gouvernement que par les séparatistes tamouls, mais il avait décidé qu’aurait lieu un «examen» des actions humanitaire et de protection des civils de l’ONU pendant l’étape finale de la guerre au Sri Lanka.

Dans leur rapport, les experts avaient critiqué l’ONU pour ne pas avoir assez protégé les civils. «Le groupe d’experts a trouvé des allégations crédibles qui, si elles sont vérifiées, montrent qu’un grand nombre de violations graves du droit humanitaire international et des droits internationaux ont été commises à la fois par le gouvernement du Sri Lanka et les Tigres tamouls. Certaines d’entre elles peuvent être assimilées à des crimes de guerre et à des crimes contre l’humanité», indiquait ce premier rapport.

Les autorités sri-lankaises n’ont cessé de rejeter ces allégations, assurant que le processus de réconciliation nationale progresse. Mercredi, Navi Pillay a déploré la persistance d’une «présence militaire considérable dans le nord» du pays. Et ce, quatre ans après la fin du conflit. Preuve que la réconciliation peine encore à voir le jour dans un pays meurtri par des décennies d’instabilité.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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