Syrie: la France va dévoiler des «documents secrets déclassifiés» sur l’utilisation d’armes chimiques

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Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, était en visite au palais de l'Élysée, le 15 juillet dernier. (Photo: Présidence de la République)
Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, était en visite au palais de l’Élysée, le 15 juillet dernier. (Photo: Présidence de la République)

La Syrie reste au cœur des attentions. Si le Congrès américain attendra le 9 septembre pour statuer sur une intervention militaire, Paris va dévoiler, ce lundi, des preuves sur l’utilisation d’armes chimiques par le régime de Bachar al-Assad, selon l’Agence France-Presse.

Isolé pour certains, entreprenant pour d’autres, François Hollande va se tourner vers le parlement français. Mercredi, une session extraordinaire se tiendra pour un débat qui s’annonce aussi indécis que disputé.

En attendant, son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, recevra en fin d’après-midi à Matignon les principaux responsables parlementaires pour les informer de la situation en Syrie.

Il leur remettra alors des documents permettant de «bien identifier» la responsabilité du régime de Bachar el-Assad dans l’attaque chimique du 21 août. Selon les services de renseignements américains, plus de 1 400 personnes ont péri dans cet incident en banlieue de Damas.

«Ce sera un ensemble d’éléments de preuve de différentes natures qui permettent de bien identifier le régime comme responsable de l’attaque chimique du 21 août», a indiqué une source proche du dossier à l’Agence France-Presse. Cette dernière s’appuie sur une note de service rendue publique par le Journal du Dimanche et confirmée à l’AFP.

Il s’agit de «documents secrets déclassifiés», avait indiqué peu auparavant une autre source proche du dossier, précisant qu’«un certain nombre d’entre eux pourraient être rendus publics» dans la perspective du débat parlementaire de mercredi.

Plus de 1 000 tonnes d’agents chimiques

Cette note de service est une synthèse établie par la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) et la DRM (Direction du renseignement militaire) à l’issue de «milliers d’heures de travail».

Elle évoque notamment «plusieurs centaines de tonnes d’ypérite» et de «gaz sarin» qui seraient détenues par le régime syrien, soit un stock total dépassant les 1 000 tonnes d’agents chimiques.

Le rapport des agents français mentionne également «que les scientifiques syriens ont travaillé sur l’ypérite à l’azote, un agent vésicant de première génération, ainsi qu’un neurotoxique organophosphoré dont la toxicité est supérieure à celle du sarin».

Malgré l’annonce de ces preuves, la France ne se lancera pas seule dans le conflit en Syrie si le Congrès des États-Unis vote contre une intervention, selon la présidente de la commission de la défense de l’Assemblée nationale, Patricia Adam (PS), citée lundi par le quotidien Ouest-France.

«La France ne va pas s’engager toute seule. Le Livre blanc de la défense le dit clairement. Si le Congrès américain s’oppose à l’intervention, la France n’ira pas», a-t-elle ajouté.


Syrie : Assad s’amuse, les Occidentaux hésitent – 2 septembre 2013 (Vidéo: Euronews)

Décision le 9 septembre pour le Congrès américain

Le Congrès américain statuera sur une éventuelle intervention en Syrie, le 9 septembre prochain. La décision de Barack Obama satisfait le président israélien Shimon Peres.

«Il a le droit d’entrer en guerre avec l’appui du Congrès plutôt que sans (…). Je pense qu’il a des raisons de croire qu’il obtiendra le feu vert», a-t-il déclaré dans une interview spéciale à la radio militaire israélienne. «Je ne pense pas que peser des décisions revient à bégayer. Je pense qu’on a le droit de peser le pour et le contre (…), avant plutôt qu’après», a-t-il ajouté.

Quant à la perspective d’une frappe aérienne de la part des États-Unis, les alliés de la Syrie s’inquiètent. Lundi, la Chine s’est déclarée «vivement préoccupée» par l’éventualité d’«actions militaires unilatérales» visant le régime de Damas. D’après Hong Lei, porte-parole de la diplomatie chinoise, seule une «solution politique» est envisageable pour résoudre la crise syrienne.

Moscou n’est absolument pas convaincu

De son côté, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a assuré que des frappes américaines en Syrie pourraient «reporter pour longtemps, voire à jamais» la tenue d’une conférence de paix.

Il avait déjà affirmé, plus tôt dans la journée, que des informations présentées par les États-Unis et leurs alliés concernant l’utilisation d’armes chimiques par Damas «ne convainquaient absolument pas» la Russie.

«On nous a montré quelques images où il n’y a rien de concret : ni cartes géographiques ni noms, il y a là de nombreuses incohérences, beaucoup de doutes», a-t-il déclaré devant le prestigieux Institut des relations internationales de Moscou (MGIMO). Avant d’ajouter : «Quand on demande davantage de détails, ils disent que tout est secret et qu’ils ne peuvent pas le montrer».

Malgré la temporisation de l’administration américaine, l’armée syrienne reste en état d’alerte comme l’a confirmé, lundi, un haut responsable des services de sécurité. «L’agression américaine contre la Syrie, si elle se produit, est une forme de soutien au terrorisme. (…) L’armée est en état d’alerte et le restera jusqu’à ce que le terrorisme soit complètement éradiqué», a-t-il déclaré sous le couvert de l’anonymat.

Si la communauté internationale peine à s’entendre, une nouvelle fois, sur la tenue d’une intervention en Syrie, le régime de Bachar al-Assad reste sur le qui-vive. États-Unis, Grande-Bretagne et France restent, pour l’heure, prudents. Washington attend le vote du Congrès. Londres a d’ores et déjà essuyé le refus de ses parlementaires. Entre les deux, Paris hésite et avance à pas comptés.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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