Syrie: la proposition russe met l’éventuelle intervention militaire entre parenthèses

Le Président Obama et ses conseillers en matière de sécurité discutent de la stratégie américaine dans à la crise syrienne à la Maison-Blanche, dans la "Situation Room" (Photo: Pete Souza, Whie-House)
Temps de lecture estimé : 4 minutes
Le Président Obama et ses conseillers en matière de sécurité discutent de la stratégie américaine dans à la crise syrienne à la Maison-Blanche, dans la "Situation Room" (Photo: Pete Souza, Whie-House)
Le Président Obama et ses conseillers en matière de sécurité discutent de la stratégie américaine dans à la crise syrienne à la Maison-Blanche, dans la « Situation Room » (Photo: Pete Souza, Whie-House)

Au lendemain de la proposition formulée par Moscou, la communauté internationale a accueilli d’un œil bienveillant mais méfiant cette éventuelle mise sous contrôle international de l’arsenal chimique syrien.

—-
Mise à jour au 10/09/2013 à 14h57

La réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Syrie qui devait débuter mardi à 16H00 locales (20H00 GMT) a été reportée jusqu’à nouvel ordre, selon des diplomates.

La réunion avait été convoquée par la Russie, qui s’oppose à un projet de résolution français réclamant le démantèlement de l’arsenal syrien d’armes chimiques et prévoyant en dernier recours l’usage de la force pour contraindre Damas à respecter les obligations mentionnées dans le texte.

—-

Un véritable contre-pied. En proposant de placer le stock d’armes chimiques du régime syrien sous contrôle international, Vladimir Poutine a pris à revers l’ensemble des acteurs diplomatiques. Principal allié de Bachar al-Assad, le président russe tente ainsi d’empêcher toute frappe militaire sur le territoire syrien.

Une manœuvre qui semble porter ses fruits puisque les États-Unis comme la France ont assuré qu’ils allaient considérer cette proposition. Les deux principaux défenseurs d’une intervention militaire pourraient bel et bien reculer devant ce renversement de situation.

Prévu mercredi, le vote de procédure au Sénat américain sur un éventuel recours à la force en Syrie a été reporté à une date indéterminée. «Je ne pense pas que nous ayons besoin» de voter rapidement, a annoncé le chef de la majorité démocrate du Sénat, Harry Reid.

Barack Obama a, de son côté, déclaré que cette proposition russe pourrait constituer une «percée importante» dans la résolution du conflit. Si les dirigeants américains restent méfiants quant au bien-fondé de cette volonté de Moscou, ils ont néanmoins pu profiter de celle-ci pour s’offrir un certain répit au cœur de cette tourmente diplomatique sans trêve.

La France va déposer un projet de résolution aux Nations unies

Du côté de Paris, en revanche, pas question d’abandonner la perspective d’une intervention militaire mise en avant par le président François Hollande. Lundi, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a poursuivi sur la ligne offensive de son chef d’État. La proposition russe est «recevable à au moins trois conditions», a déclaré Laurent Fabius, réclamant «des engagements précis, rapides et vérifiables de la part du régime syrien».

Bachar el-Assad «doit s’engager sans délai à mettre sous contrôle international et à laisser détruire l’ensemble de son arsenal chimique», et «cette opération doit se faire sur la base d’une résolution contraignante du Conseil de sécurité, avec un calendrier court et des conséquences fermes s’il ne respectait pas ses engagements», a-t-il ajouté.

La France n’entend plus perdre de temps. Paris va ainsi déposer, ce mardi, un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU. La diplomatie française entend ainsi autoriser un recours à la force en cas de manquement aux obligations.

Ce projet vise à «exiger de ce régime qu’il fasse sans délai toute la lumière sur son programme d’armes chimiques, qu’il le place sous contrôle international et qu’il soit démantelé», a déclaré Laurent Fabius devant la presse.

Ce dernier a ajouté que la résolution aurait également pour but de «mettre en place un dispositif complet d’inspection et de contrôle de ses obligations sous l’égide de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC)».

La Chine et l’Iran soutiennent l’initiative russe

En attendant, Moscou peut bénéficier d’un certain soutien diplomatique. Autre pays à faire valoir son veto au Conseil de sécurité des Nations unies, la Chine a annoncé, ce mardi, qu’elle saluait et soutenait la proposition russe, selon Hong Lei, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Même son de cloche du côté de l’Iran, qui «accueille favorablement» cette initiative concernant la mise sous contrôle international des armes chimiques syriennes. Selon la porte-parole de la diplomatie iranienne, Marzieh Afgham, le pays souhaite «que notre région soit débarrassée de toutes les armes de destruction massive (…) Ces efforts doivent aussi viser les armes chimiques dont disposent les groupes rebelles syriens».

Pour ces derniers, la proposition de Moscou n’est qu’une «manœuvre politique». «Le dernier appel du [chef de la diplomatie russe Sergueï] Lavrov est une manœuvre politique qui s’inscrit dans le cadre des atermoiements inutiles et qui n’apportera que davantage de morts et de destructions pour le peuple syrien», précise un communiqué de la Coalition de l’opposition syrienne publié dans la nuit de lundi à mardi.

Ce document ajoute même que «la violation de la loi internationale nécessite une riposte internationale appropriée», réitérant ainsi un appel aux acteurs diplomatiques internationaux à mener à terme leurs projets de frappes contre le régime syrien.


Syrie : les combats continuent autour de Damas – 9 septembre 2013 (Vidéo: France24)

À lire aussi:

Moscou appelle Damas à mettre les armes chimiques sous contrôle international >>

Près de 51% des Américains s’opposent encore à des frappes militaires en Syrie >>