Égypte: les juges au procès des chefs des Frères musulmans se récusent

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Photo fournie par le ministère égyptien de l'Intérieur montrant le Guide suprême des Frères musulmans Mohamed Badie quelques heures après son arrestation au Caire, le 20 août 2013
Photo d’archives fournie par le ministère égyptien de l’Intérieur montrant le Guide suprême des Frères musulmans Mohamed Badie quelques heures après son arrestation au Caire, le 20 août 2013

Les juges qui siègeaient dans le procès en cours contre les Frères musulmans et leur chef spirituel, Mohamed Badie, accusés d’incitation au meurtre, se sont retirés de l’affaire.

Le juge égyptien Mohammed Fahmy al-Qarmuty (c) , lors de la 2e audience du procès des chefs des Frères musulmans, le 29 octobre 2013 au Caire (Khaled Desouki/AFP)

Les trois juges de la Cour pénale du Sud du Caire du Sud ont évoqué un «conflit d’intérêt» comme raison de démissionner, sans donner plus de détails, rapporte le quotidien progouvernemental Al-Arham ce matin.

Le Guide suprême des Frères musulmans, Mohamed Badie, et ses adjoints Khairat El- Shater et Rashad Bayoumi sont accusés d’incitation au meurtre des manifestants au siège du bureau de la Fraternité au Caire lors d’affrontements qui ont eu lieu le 30 Juin .

Neuf manifestants avaient été tués et 91 autres manifestants blessés lorsque des combats ont éclaté après que les manifestants anti-Frères musulmans eurent pris d’assaut le bâtiment.

Ce jour-là, des millions d’Égyptiens avaient manifesté pour réclamer le départ de M. Morsi, lui reprochant d’avoir accaparé les pouvoirs au seul profit des Frères musulmans et achevé de ruiner une économie déjà exsangue. L’armée s’était ensuite appuyée sur cette mobilisation pour justifier son coup de force contre le président islamiste issu de la Confrérie.

Le Guide Mohamed Badie et ses adjoints, Khairat al-Chater et Rachad Bayoumi, actuellement incarcérés, encourent la peine de mort pour «incitation» et »complicité» dans le meurtre de neuf manifestants anti-Morsi le 30 juin. Trois autres membres de leur confrérie, Mostafa Abdel- Azim , Mohamed Abdel Azim – et Atef Abdel- Galil, sont accusés de ces «meurtres» et 29 islamistes doivent comparaître avec eux pour avoir participé, selon l’accusation, à ces heurts.

Quant à Badie et El- Chater, de même que l’ancien président Mohamed Morsi, ils sont aussi poursuivis dans un certain nombre d’autres affaires.

Morsi doit comparaître devant le tribunal aux côtés de 14 autres personnes le 4 novembre pour incitation au meurtre et torture au cours d’affrontements meurtriers entre ses partisans et leurs opposants devant le palais présidentiel en décembre 2012 .

Le président déchu a refusé de reconnaître le tribunal, refusant de mandater des avocats pour le défendre sur les allégations de meurtre.

À l’occasion de ce procès hautement symbolique, les islamistes, décimés ou arrêtés à chaque grande manifestation et qui n’arrivaient plus à réunir des foules comme avant, ont décidé d’appeler tout de même à une mobilisation massive dans tout le pays le jour du procès, alors que le gouvernement intérimaire a assuré qu’il déploierait massivement les forces de l’ordre ce jour-là.

Cet appel fait redouter un regain de violences, d’autant plus que le gouvernement a, depuis août, autorisé policiers et soldats à ouvrir le feu sur tout manifestant se montrant « hostile » ou s’en prenant à un « bien public ».

Les Frères musulmans refusent obstinément de participer à la transition démocratique depuis la destitution de leur président le 3 juillet, le pays vit dans l’état d’urgence et sous couvre-feu nocturne depuis le 14 août et l’armée est déployée massivement dans les rues du Caire, où les chars et autres blindés filtrent les principaux axes et quartiers stratégiques.

Ces procès, les Frères musulmans le savent bien, pourraient être pour eux, soit le dernier clou dans leur cercueil, soit la relance de leur mouvement.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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