Épidémie de choléra en Haïti, l’ONU prête à aider, mais pas à reconnaître sa responsabilité

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Des personnels de la Mission de stabilisation des Nations Unies en Haïti (MINUSTAH), en coopération avec l'ONG Catholic Relief Services, livrent des traitements anticholériques dans le sud de l'île (Victoria Hazou/MINUSTAH)
Des personnels de la Mission de stabilisation des Nations Unies en Haïti (MINUSTAH), en coopération avec l’ONG Catholic Relief Services, livrent des traitements anticholériques dans le sud de l’île (Archives/Victoria Hazou/MINUSTAH)

Au lendemain d’une plainte contre elle devant un tribunal américain, l’ONU réitère son engagement à soutenir Haïti dans sa lutte contre l’épidémie de choléra, mais ne reconnaît toujours pas sa responsabilité dans le déclenchement en 2010 de l’épidémie.

Des malades du choléra à Haïti, le 7 novembre 2012 (Archives/Thony Belizaire/AFP)

L’Organisation des Nations Unies a réaffirmé mercredi son engagement « à tout mettre en œuvre pour aider le peuple d’Haïti à surmonter l’épidémie de choléra », qui s’est déclarée en octobre 2010 et aurait coûté la vie à près de 8.000 personnes, mais refuse de reconnaître être à l’origine de l’épidémie et de commenter la plainte déposée contre elle mercredi 9 octobre devant un tribunal de New York, où se trouve le siège de l’organisation internationale.

«L’ONU œuvre sur le terrain avec le gouvernement et la population d’Haïti à fournir une assistance immédiate et concrète aux personnes touchées, à mettre en place de meilleures infrastructures et à fournir des services pour tous», a déclaré en marge de cette affaire le porte-parole associé du Secrétaire général Ban Ki-moon, Farhan Haq, lors d’un point de presse donné à New York.

Mais, «S’agissant des plaintes déposées contre l’Organisation, il n’est pas dans les pratiques de l’ONU de discuter publiquement des poursuites intentées contre elle, comme cela a été indiqué auparavant», a déclaré M. Haq aux médias.

«Puisque des procédures juridiques sont en cours, nous ne pouvons pas faire davantage de commentaires sur cette situation spécifique», a dit le porte-parole au sujet de la demande de compensation des victimes du choléra, présentée aujourd’hui contre l’ONU devant un tribunal fédéral américain à New York.

La plainte en nom collectif, déposée devant le tribunal fédéral de Manhattan par cinq Haïtiens, entend représenter les plus de 670.000 personnes qui ont souffert de cette épidémie introduite par des Casques bleus népalais en octobre 2010.

Une des bases de la Minustah à Cap-Haïtien en 2006 occupée par des forces népalaises (Archives/Wikimedia Commons)

Quelque 1.075 Casques bleus népalais étaient en effet arrivés entre le 9 et le 16 octobre 2010 en Haïti, dans le cadre d’une rotation de six mois de la mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah).

Ces soldats népalais avaient été entraînés dans les environs de la vallée de Katmandou, où sévissait une violente épidémie de choléra.

Les eaux usées et le mauvais état des installations sanitaires en Haïti, victime neuf mois plus tôt d’un grave tremblement de terre, ont eu tôt fait de propager la maladie via la rivière de la ville voisine jusque dans le centre du pays, avec un premier mort le 14 octobre 2010 et 135 durant le premier mois.

Les avocats des plaignants tiennent l’organisation internationale pour responsable de l’épidémie.

Toutefois, en dépit de plusieurs études sur le sujet, dont une des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), l’ONU persiste à refuser de reconnaître formellement sa responsabilité et les plaignants s’attendent maintenant à ce que l’organisation internationale plaide l’immunité.

En février dernier, l’organisation internationale avait d’ailleurs déjà déclaré que pareille demande n’était «pas recevable au titre de la section 29 de la Convention sur les privilèges et immunités des Nations unies» de 1946.

De soin côté, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avait lancé en décembre 2012 une initiative pour éradiquer le choléra en Haïti et en République dominicaine, en mettant l’accent sur les volets de la prévention, des soins et de la sensibilisation.

L’Organisation internationale a déjà pris également un certain nombre de mesures depuis le début de l’épidémie, notamment en créant ou en améliorant des centres de traitement du choléra, en construisant des usines de traitement d’eaux usées, en achetant des vaccins anticholériques et en appuyant des campagnes de sensibilisation à l’hygiène au niveau communautaire.

Toutefois, estime l’Institut pour la justice et la démocratie en Haïti (IJDH), éliminer le choléra en Haïti prendra dix ans et coûtera 2,2 milliards de dollars alors que, déplore l’Institut, l’ONU n’a jusqu’à maintenant alloué au problème qu’un pour-cent de ce montant.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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