Espionnage: Europe et États-Unis s’accusent mutuellement

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Le directeur de la NSA, le général Keith Alexander, au centre, auditionné par la commission du renseignement du sénat américain, à Washington le 29 octobre 2013 (Jim Watson/AFP)
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Le directeur de la NSA, le général Keith Alexander, au centre, auditionné par la commission du renseignement du sénat américain, à Washington le 29 octobre 2013 (Jim Watson/AFP)
Le directeur de la NSA, le général Keith Alexander, au centre, auditionné par la commission du renseignement du sénat américain, à Washington le 29 octobre 2013 (Jim Watson/AFP)

Accusations d’espionnage, démentis et ripostes, appels à la discussion: Européens et Américains se sont à nouveau livrés mercredi à une partie de ping-pong autour de la question des interceptions de communications par la NSA qui empoisonne leurs relations.
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Mise à jour au 01/11/2103

Les États-Unis sont parfois allés « trop loin » en matière d’espionnage, a reconnu le secrétaire d’État John Kerry, dans ce premier aveu de Washington en pleine polémique avec l’Europe sur la collecte massive de données par l’Agence nationale de sécurité (NSA).

Après dix jours de scandale, de révélations et de démentis entre les Etats-Unis et leurs alliés européens, c’est la première fois qu’un responsable gouvernemental américain admet explicitement des pratiques controversées dans l’interception par la NSA de communications et de données en Europe.

Le chef de la diplomatie américaine a toutefois longuement justifié les pratiques de renseignements et de collecte d’informations par la nécessaire lutte antiterroriste et la prévention contre d’éventuels attentats.

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Sur le front de la collecte d’informations auprès des fournisseurs d’accès à internet, la NSA a fait les frais de nouvelles révélations du Washington Post. Selon le quotidien, elle intercepte les données des serveurs de Yahoo! ou Google depuis l’étranger, contournant ainsi l’obligation qui lui est faite d’obtenir des injonctions de la justice américaine. Des informations qualifiées de «fausses» par le directeur de la NSA, le général Keith Alexander.

Mercredi, lors d’une conférence à Washington, le puissant patron de l’agence chargée des interceptions de communications a une nouvelle fois démenti avoir intercepté des dizaines de millions de communications de citoyens européens.

«La perception que la NSA a intercepté 70 millions d’appels téléphoniques en France, en Espagne ou en Italie est factuellement incorrecte. Ce n’est pas nous», a-t-il asséné.

Ces interceptions, réalisées selon lui par les services européens puis fournies à la NSA, concernaient des «opérations militaires» dans des pays hors d’Europe. Ces alliés de l’Otan travaillent avec les États-Unis, a-t-il ajouté sans plus de précision

«Cela n’a rien à voir avec des interceptions visant l’Europe, point», a-t-il lancé.

Cette ligne de défense n’a pas semblé convaincre les Européens. À Paris, la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkcacem, a jugé «peu vraisemblables» les propos du général américain et appelé à «davantage de clarté sur les pratiques des services secrets américains».

De son côté, Berlin a démenti les affirmations américaines selon lesquelles l’Allemagne espionnerait les États-Unis chez eux.

Le Vatican visé par les écoutes ?

Le responsable du renseignement extérieur (BND), Gerhard Schindler, a assuré dans l’hebdomadaire Die Zeit qu’il n’y avait «pas d’opérations de surveillance de télécommunications menées depuis l’ambassade allemande à Washington».

Dans ce contexte électrique, le patron de la NSA a appelé à «s’asseoir» avec les Européens afin de mieux coopérer en matière de cybersécurité et d’antiterrorisme. «Ce partenariat avec l’Europe est absolument important. Mais cela doit s’effectuer avec tout le monde autour de la table en mettant de côté tout sensationnalisme», a-t-il plaidé.

À la suite de la révélation de l’écoute présumée d’un téléphone portable d’Angela Merkel, deux hauts fonctionnaires allemands de la chancellerie se sont déjà rendus mercredi à la Maison Blanche pour rencontrer la conseillère à la sécurité nationale Susan Rice et le directeur national du renseignement James Clapper, a confirmé Josh Earnest, un porte-parole de la présidence américaine.

Dans les prochains jours, ce sera au tour des présidents des services secrets (BND) et des renseignement intérieurs allemands d’être reçus dans la capitale américaine.

Washington a également garanti aux Nations unies qu’il n’interceptait pas les communications de l’organisation, a annoncé le porte-parole de l’ONU, Martin Nesirky.

«Les autorités américaines ont assuré que les communications des Nations unies n’étaient pas écoutées et ne le seraient pas à l’avenir», a-t-il déclaré, refusant de dire si les États-Unis avaient espionné les communications de l’ONU dans le passé.

Mais en dépit des efforts pour gérer les dégâts et de l’annonce par la Maison Blanche qu’elle révisait ses pratiques en matière d’espionnage de dirigeants étrangers, les révélations sur l’ampleur de l’espionnage américain ont continué à déferler: les écoutes téléphoniques américaines auraient même visé le Vatican et le pape, affirme l’hebdomadaire italien Panorama à paraître jeudi.

L’hebdomadaire allemand Stern à paraître jeudi affirme quant à lui qu’une trentaine d’entreprises américaines font de d’espionnage en Allemagne, aidant notamment à l’analyse d’écoutes ou à la coordination de missions d’agents secrets.

Et selon le magazine, elles participent probablement à la coordination de missions de drones de combat en Afrique, à partir de la ville de Stuttgart (sud-ouest), où se trouve le siège du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM).

Sur le plan intérieur, la révélation du Washington Post selon laquelle la NSA a intercepté des données de centaines de millions d’utilisateurs de Google et Yahoo!, pourrait s’avérer embarrassante pour l’administration Obama puisqu’elle concernerait également des citoyens américains.

Ce programme baptisé «MUSCULAR», et opéré avec l’homologue britannique de la NSA, permet depuis l’étranger aux deux agences de renseignement de récupérer des données depuis les fibres optiques utilisées par les géants d’internet, selon des documents obtenus auprès de l’ex-consultant de la NSA Edward Snowden.

Agir en dehors des États-Unis permettrait à la NSA d’avoir plus de latitude que dans le pays, où des décisions de justice seraient nécessaires pour ces actions, précisément pour s’assurer que les citoyens américains ne sont pas visés, selon le quotidien.


Des interceptions, réalisées selon lui par les services européens puis fournies à la NSA, concernaient des «opérations militaires» dans des pays hors d’Europe (Vidéo: Euronews)

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