Espionnage: Obama savait-il que Merkel était ecoutée ?

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Angela Merkel et Barack Obama le 19 juin 2013 à Berlin (Archives/Johannes Eisele/AFP)
Angela Merkel et Barack Obama le 19 juin 2013 à Berlin (Archives/Johannes Eisele/AFP)

Le président américain Barack Obama savait depuis 2010 que la chancelière allemande Angela Merkel était sur écoute, selon de nouvelles révélations de médias allemands démenties dimanche par la NSA, l’agence américaine chargée de ces interceptions.

Le Bild am Sonntag, édition dominicale du quotidien Bild, citait dimanche des sources des services secrets américains selon lesquelles le chef de l’Agence de sécurité américaine (NSA), Keith Alexander, avait informé Barack Obama d’une opération d’écoute des communications d’Angela Merkel dès 2010, l’opération elle-même ayant débuté en 2012.

«Obama n’a pas mis fin à cette opération et l’a au contraire laissé se poursuivre,» a déclaré un haut responsable des services de la NSA cité par le journal.

Dans un communiqué à l’AFP, la NSA a démenti ces informations.

«Le général Alexander n’a pas discuté avec le président Obama en 2010 d’une supposée opération de renseignement impliquant la chancelière Merkel et n’a jamais discuté d’une quelconque opération l’impliquant. Les informations de presse affirmant le contraire ne sont pas vraies», déclare Vanee Vine, une porte-parole de l’agence de renseignement.

L’édition dominicale du Frankfurter Allgemeine a de son côté indiqué, sans citer de sources, que M. Obama avait assuré à Mme Merkel au téléphone qu’il n’était pas au courant de sa mise sur écoute.

Selon Der Spiegel, le président américain lui aurait dit que s’il l’avait su, il y aurait immédiatement mis fin.

Le cabinet de Mme Merkel n’a pas souhaité commenter cet échange téléphonique.

Cellule d’espionnage à l’ambassade à Berlin

Le ministre allemand de l’Intérieur Hans-Peter Friedrich le 16 juillet 2013 à Berlin (Archives/ Odd Andersen/AFP)

Bild et Spiegel ont en outre décrit l’activité intense d’une cellule d’espionnage au quatrième étage de l’ambassade des États-Unis à Berlin, à un jet de pierre des bâtiments du gouvernement allemand, d’où les États-Unis suivaient Mme Merkel et d’autres responsables allemands.

Le Spiegel a cité un document classé secret de 2010 selon lequel les services d’espionnage américains disposaient de 80 cellules de surveillance technologique dans le monde, notamment à Paris, Madrid, Rome, Prague, Genève et Francfort.

Si la surveillance de la chancelière a commencé dès 2002, cela voudrait dire que sous la présidence George W. Bush, les États-Unis visaient déjà Angela Merkel, alors leader de l’opposition, trois ans avant qu’elle ne devienne chancelière.

Toujours selon Bild, son prédécesseur Gerhard Schroeder était lui aussi l’une des cibles de la NSA en raison de son opposition à l’invasion américaine de l’Irak.

Bush se méfiait des sociaux-démocrates allemands à cause de leurs liens avec le Président russe Vladimir Poutine.

Les récentes révélations sur l’ampleur des écoutes américaines dans des pays alliés, et y compris de leurs dirigeants –conséquences des fuites dues à l’ex-consultant de la NSA Edward Snowden– ont poussé les leaders européens à exiger de Washington un nouvel accord sur la collecte de renseignements permettant de préserver leur alliance tout en poursuivant la lutte contre le terrorisme.

Découvrant avec déception le nouveau visage de son «ami américain», Berlin a décidé d’engager une offensive diplomatique, après avoir convoqué l’ambassadeur des États-Unis, geste inhabituel entre proches alliés.

L’Allemagne enverra la semaine prochaine une délégation des responsables du renseignement aux États-Unis chargée d’obtenir des explications concernant les allégations sur la mise sur écoute de la chancelière allemande.

Signe du ressentiment de Berlin contre la NSA, le ministre de l’Intérieur Hans-Peter Friedrich a durci le ton vis-à-vis de Washington.

«L’espionnage est un crime et ceux qui s’y livrent doivent être jugés», a-t-il déclaré à Bild am Sonntag.

Selon un sondage publié par le journal, 76% des Allemands estiment que M. Obama doit s’excuser, et 60% que le scandale des écoutes d’Angela Merkel a sérieusement écorné les relations germano-américaines.

Le chef des sociaux-démocrates allemands Thomas Oppermann a déclaré à Bild que les députés allemands souhaiteraient à présent interroger Edward Snowden, actuellement réfugié en Russie. «Les comptes-rendus de Snowden (sur l’espionnage électronique américain) semblent crédibles tandis que le gouvernement américain nous a apparemment menti à ce sujet», a-t-il dit.

De son côté, le président suisse Ueli Maurer a estimé que ce scandale risquait de «saper la confiance entre les États». «Nous ne savons pas si nous ne voyons que le sommet de l’iceberg, ou si d’autres gouvernements agissent de la même manière brutale», a-t-il déclaré à l’hebdomadaire Schweiz am Sonntag.

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