Iran: soutien partiel de Khamenei à l’ouverture diplomatique de Rohani

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Le guide suprême iranien, Ali Khamenei, à Téhéran le 9 août 2013 (Iranian presidency)
Le guide suprême iranien, Ali Khamenei, à Téhéran le 9 août 2013 (Iranian presidency)

Le guide suprême iranien a soutenu samedi l’offensive diplomatique du président Hassan Rohani à l’ONU, tout en critiquant certains aspects de son voyage à New York lors duquel il a établi un contact historique avec son homologue américain.

Les déclarations de l’ayatollah Ali Khamenei constituent la première réaction à la volonté affichée à New York par M. Rohani d’arriver à un accord avec l’Occident sur le très controversé programme nucléaire de l’Iran, qui malgré ses démentis est accusé de chercher à se doter de l’arme nucléaire.

Le président des États-Unis Barack Obama a à ce propos jugé, dans un entretien diffusé samedi, que l’Iran était «à un an ou plus» de pouvoir se doter d’une bombe atomique.

«Nous soutenons l’initiative diplomatique du gouvernement, et attachons de l’importance à ses activités durant ce voyage», a déclaré le guide suprême iranien lors d’une cérémonie militaire, des propos rapportés sur son site internet.

Lors de son voyage fin septembre pour assister à l’Assemblée générale des Nations unies, Hassan Rohani a cherché à se distinguer de son très conservateur prédécesseur, Mahmoud Ahmadinejad, en martelant que l’Iran n’était pas une menace.

M. Rohani, qui a pris ses fonctions en août après son élection en juin, a également promis d’adopter une approche plus constructive dans les négociations avec les grandes puissances sur son programme nucléaire, afin de soulager le pays des lourdes sanctions imposées sur ses secteurs pétrolier et bancaire.

Mais ce que l’on retiendra de son déplacement aux Nations unies, c’est surtout la conversation téléphonique de 15 minutes entre M. Rohani et son homologue Barack Obama, premier contact diplomatique entre les deux pays en plus de 30 ans.

Les relations entre l’Iran et les États-Unis ont en effet été rompues au lendemain de la révolution islamique de 1979.

L’ayatollah Khamenei, qui a le dernier mot sur toutes les décisions politiques iraniennes, dont la diplomatie et le dossier nucléaire, s’est toutefois montré critique à propos de la démarche du président.

«Une partie de ce qui s’est passé lors du voyage à New-York était déplacée … bien que nous fassions confiance à nos responsables», a-t-il déclaré sans plus de précisions.

«Nous sommes pessimistes envers les Américains, et nous ne leur faisons pas confiance. Le gouvernement américain n’est pas fiable, il est dédaigneux, irraisonnable, et ne tient pas ses promesses», a-t-il ajouté.

Selon des analystes, ces critiques visaient plus particulièrement la conversation téléphonique du 27 septembre.

Le commentateur conservateur Mehdi Fazayeli a estimé que le gouvernement avait commis une erreur en précipitant les choses.

«Si quelque chose de valable était sorti de cet appel, le guide ne l’aurait pas désapprouvé», a-t-il indiqué.

M. Khamenei avait donné le 17 septembre la permission au gouvernement du président Rohani de se montrer «souple» dans les négociations, faisant espérer à l’Occident que l’Iran était prêt à un accord sur son programme nucléaire.

En dépit des critiques de l’ayatollah Khamenei, «il ne faut pas oublier que sans sa permission l’initiative diplomatique (du président Rohani) n’aurait pas été possible», a souligné pour sa part le commentateur pro-réformes Saeed Leylaz.

«Nous entendons les menaces répugnantes»

Face aux militaires et aux Cadets samedi, le guide suprême a pourtant étrillé les États-Unis pour leur alliance avec l’ennemi numéro un de l’Iran, Israël.

L’administration américaine «est un gouvernement envahi par le réseau sioniste international, et doit s’aligner sur l’usurpateur (Israël)», a dit Ali Khamenei.

Le président des États-Unis Barack Obama a reconnu pour sa part samedi que M. Rohani n’était pas «l’ultime décideur».

M. Rohani « n’est pas le seul décideur, il n’est même pas l’ultime décideur », a-t-il indiqué dans une interview à l’agence de presse américaine AP.

Washington avait affirmé que les signes d’ouverture de M. Rohani seraient jugés sur les actes et non les mots, et affirmé que l’option militaire était encore sur la table.

Et dans son discours aux Nations unies, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré que son pays était prêt à agir seul pour empêcher Téhéran de se doter de l’arme nucléaire.

«Nous entendons les menaces répugnantes et répétées des ennemis de la nation iranienne. Nous répondrons à tout acte [malveillant]avec sérieux et force», a déclaré Ali Khamenei samedi.

Outre l’entretien téléphonique historique entre Messieurs Rohani et Obama, la visite de la délégation iranienne à l’ONU a également été marquée par la rencontre entre le ministre iranien des affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, et son homologue américain John Kerry, une première historique.

Ils doivent se revoir le 15 octobre à Genève à l’occasion de la reprise des négociations sur le nucléaire.

 

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