Islande: plaque tournante des relations Arctique-monde

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(Archives/Johann Dréo/Wikimedia Commons)
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C’est une semaine stimulante et riche en idées et débats sur plein de sujets qui touchent à l’Arctique qui s’entame en Islande, en grande partie grâce à son président, Ólafur Ragnar Grímsson, qui a littéralement positionné son petit pays comme une  plaque tournante incontournable des relations Arctique-monde.

Pour sa part, le Canada – ‘grand’ pays arctique – qui préside le Conseil de l’Arctique depuis le mois de mai dernier, devrait bien s’inspirer des initiatives du président Grímsson pour relancer la dimension arctique de sa politique étrangère et faire avancer les intérêts du pays comme nation arctique. Or, depuis l’arrivée de John Baird aux Affaires étrangères, la politique internationale ‘Arctique’ du Canada est discrète (pour ne pas dire inexistante: de grandes lignes ont été énoncées sur le site web du MAECDC en 2010, mais le Ministre Baird semble complètement désintéressé par la question…). Ce dernier avait d’ailleurs boudé la réunion ministérielle du Conseil de l’Arctique à Kiruna, en Suède, au mois de mai dernier, confiant ainsi à la ministre canadienne du Conseil de l’Arctique (Leona Agglukaq, ex-ministre de la Santé et nouvelle ministre de l’Environnement) la responsabilité de défendre les intérêts du Canada avec, entre autres, les John Kerry et Sergei Lavrov de ce monde qui, eux, avaient jugé pertinent de prendre part à cette rencontre ministérielle de haut niveau. À ce sujet, Mia Bennett de la Foreign Policy Association écrivait ceci le 16 mai dernier :

«The other notable absence from the Arctic Council was that of the Canadian Foreign Minister, John Baird. As the Globe and Mail somewhat humorously points out, it seems there might be a bit of confusion in Ottawa as to who really is in charge of foreign affairs: John Baird or the Minister for Citizenship and Immigration, Jason Kenney. Possibly, it was ultimately decided that Health Minister and Arctic Council chairperson Leona Agglukaq might be the clearest choice to represent Canadian interests in the Arctic.»

De retour en Islande. On parle beaucoup de ce pays depuis quelques années. Une crise financière en 2008, des volcans en 2010 et 2011 (rappelons-nous d’ailleurs de l’éruption de Eyjafjallajökull en 2010), et un riche Chinois qui voulait acheter un bout du pays en 2011. Or nous voici en 2013: l’Islande a compris qu’il fallait voir dans la mutation de l’Arctique un moyen de se déployer comme jamais sur la scène internationale pour y faire avancer ses propres intérêts (par exemple, signature de l’ALÉ Chine/Islande en avril 2013). La situation géographique du pays et les habiletés politiques de son président (qui en est à son 5e mandat) en sont pour beaucoup.

Donc, en continuité avec la politique arctique proactive de l’Islande, et pour reprendre le titre d’un éditorial signé par mon collègue Klaus Dodds (@klausdodds) de Royal Holloway (University of London) dans @arcticyearbook 2013 (que je codirige et qui sera lancé en Islande ce weekend): «Rendez-vous at Reykjavik» en octobre!

Dans l’ordre :

2013 Arctic Energy Summit : Le mardi  8 octobre s’entamera à Akureyri le Sommet international de l’énergie de l’Arctique. Il s’agit de la deuxième rencontre du genre depuis 2007, initiative de deux organisations: Arctic Portal (@arcticportal, Islande) et Institute of the North (@ionorth, Alaska). D’ailleurs la coopération entre l’Islande et l’Alaska ne cesse de croître depuis quelques années.

À l’ordre du jour du AES 2013:

«The Institute of the North’s Arctic Energy Summit will explore energy as a fundamental element of the sustainable development of the Arctic as a lasting frontier. Central to this concept is how a focus on richness, resilience and responsibility will provide a pathway for sustainable energy development in the Arctic and for Arctic communities.

The 2013 Arctic Energy Summit is a multi-disciplinary event expected to draw several hundred industry officials, scientists, academics, policy makers, energy professionals and community leaders together to collaborate and share leading approaches on Arctic energy issues. The 2013 Summit will address energy extraction, production and transmission in the Arctic as it relates to three thematic areas and key questions.»

Pour ceux qui ne pourront se rendre à Akureyri, AES 2013 sera diffusé en direct sur le web. Les détails se trouvent ici.

Arctic Circle 2013 : Fondée par le Président Grímsson, la rencontre inaugurale du Arctic Circle se déroulera à Reykjavik les 12-14 octobre. Il s’agit d’un forum mondial qui cherche à combler un vide dans les discussions internationales qui portent sur la géopolitique de l’Arctique. Son fondateur souhaite alimenter des débats et un échange d’idées sur un large éventail de thématiques politique, scientifique, économique et culturel, dans une perspective de développement (durable) de la région. On y attend environ 900 participants venant des quatre coins de la planète. CNN en parlait l’autre jour : Iceland’s president : Arctic crucial to America.

Les présentations de #ArcticCircle seront disponibles sur YouTube après la rencontre. Je vous ferai part des liens sur ce blogue et sur twitter (@joelplouffe).

C’est également dans le cadre de cette rencontre inaugurale de l’Islande que sera lancée à Reykjavik la 2eédition de Arctic Yearbook, une publication internationale et interdisciplinaire consacrée à l’analyse géopolitique de l’Arctique, codirigée par Lassi Heininen, Heather-Exner Pirot et moi-même. AY fait intervenir des auteurs qui cherchent à rendre compte, dans une perspective critique, des débats et réflexions qui animent le monde circumpolaire et ses multiples acteurs.

AY est publié en libre accès au www.arcticyearbook.com. D’ici le lancement, on peut y  parcourir la table des matières de AY2013. Bonne lecture 😉