Le Canada a-t-il besoin d’un avantage indu pour faire sa place sur la scène internationale?

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Les récentes allégations de l’ancien employé de la NSA Edward Snowden ont provoqué une véritable onde de choc aux quatre coins du monde. L’espionnage n’est plus uniquement une tactique de guerre, puisque certaines grandes entreprises commerciales et de télécommunications semblent aussi contourner les conventions internationales établies. Et malheureusement, il semblerait que le Canada ne fasse pas exception à la règle.

En effet, le Centre de la sécurité des télécommunications du Canada (CSTC) aurait intercepté des appels et des courriels de hauts responsables brésiliens œuvrant dans le domaine des ressources naturelles et minières. Le Brésil constitue pourtant un important partenaire commercial, avec des échanges bilatéraux totalisant 6,6 milliards $ en 2012. On apprend maintenant par l’entremise du magazine allemand Der Spiegel que le Canada aurait participé au programme d’espionnage américain dans les ambassades et consulats de nombreux partenaires politiques et économiques.

Impossible de nier les conséquences fort néfastes que de telles allégations ont sur la réputation du Canada à l’échelle internationale. Malgré ces allégations sérieuses et les questions de l’opposition officielle, les conservateurs de Stephen Harper refusent toujours de faire preuve de transparence dans ce dossier. La confiance de nos alliés et la vigueur de nos relations politiques et économiques avec plusieurs de nos partenaires se détérioreront assurément.

Est-ce le CSTC a agi sous l’égide de la sécurité nationale, ou s’est-il livré à de l’espionnage politique et industriel? Les Canadiens méritent de savoir si ces allégations représentent en fait un nouvel axe de politique étrangère du gouvernement Harper, ou bien si c’est le moyen par lequel les conservateurs tentent de redorer l’image du Canada face à nos alliés. Pour nous, il est clair que ce n’est pas la façon de procéder.

Afin d’éviter les abus et les scandales, les néo-démocrates réclament un meilleur suivi du milieu canadien du renseignement, comme c’est le cas dans d’autres pays. Le NPD a écrit au ministre de la Défense nationale afin d’obtenir des réponses claires quant aux pratiques du CSTC, en plus de déposer une motion à la Chambre des communes visant à créer un comité parlementaire assurant une plus grande surveillance du milieu du renseignement et de la sécurité.

Nul doute que le Canada doit se doter de tous les outils nécessaires afin d’assurer sa protection. Mais la sécurité nationale ne doit pas devenir un prétexte pour acquérir des informations privilégiées et secrètes d’un partenaire ou d’un allié potentiel. Si l’espionnage est devenu le nouveau modus operandi du gouvernement Harper sur la scène internationale, les Canadiens sont en droit de se poser de sérieuses questions.

Après tout, espionner nos partenaires politiques et commerciaux s’apparente beaucoup au dopage dans le sport professionnel. Si le dopage confère un avantage non négligeable aux athlètes qui décident d’en faire usage, aucun sportif dopé n’est à l’abri de se faire prendre. Que ce soit dans l’arène politique ou sportive, la sanction est la même pour les tricheurs : on perd toute crédibilité et on se fait interdire de jouer dans la cour des grands. Pour le Canada, est-ce que ça en vaut vraiment le coup?