Le Kurdistan irakien prêt à frapper les «terroristes» déclare son président

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Massoud Barzani le 12 octobre 2013 à Erbil (Safin Hamed/AFP)
Massoud Barzani le 12 octobre 2013 à Erbil (Safin Hamed/AFP)

Le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a assuré que les autorités de cette région autonome n’hésiteraient pas «à frapper les terroristes où qu’ils soient», notamment en Syrie, après un attentat suicide perpétré fin septembre à Erbil, dans une entrevue exclusive que publie ce dimanche 13 octobre l’agence France-Presse.

Revendiqué par un groupe présent en Syrie et affilié à Al-Qaïda, cet attentat contre le siège des services de sécurité locaux a fait 7 morts et plus de 60 blessés le 29 septembre, lorsqu’un groupe armé a attaqué le siège des services de sécurité à Erbil, dans la province autonome du Kurdistan irakien.

C’est la première fois depuis des années qu’une attaque avait lieu à Erbil, chef lieu de la seule région du pays à jouir d’une vraie sécurité.

Le dernier attentat sanglant à Erbil remontait à plus de six ans lorsqu’un camion piégé avait explosé en mai 2007 près de ce même quartier général des services de sécurité, faisant au moins 14 morts.

Selon les observateurs, l’attentat de septembre était peut être lié aux différends entre les Kurdes et le Front Al-Nosra, un mouvement islamiste à la pointe de la rébellion contre le régime en Syrie voisine.

Des combats opposent depuis plusieurs mois des djihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) et du Front al-Nosra à des éléments des Comités de protection du peuple kurde (YPG) dans le nord-est de la Syrie.

A la mi-2012, l’armée syrienne s’était retirée des zones kurdes pour se concentrer sur les autres zones rebelles. Les Kurdes, qui représentent 15% de la population syrienne, avaient tenté de rester neutres, et d’instaurer dans leur région une forme d’autonomie.

En outre, quelque 161.000 Syriens, pour la plupart Kurdes, ont trouvé refuge en Irak, selon le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU.

Si on en croit maintenant ce que le président du Kurdistan irakien a déclaré dans l’entrevue qu’il a accordé à l,agence française, les Kurdes irakiens ne resteront pas passifs devant les attaques des groupes djihadistes.

«Nous n’hésiterons pas à frapper les terroristes criminels où qu’ils soient», a affirmé massoud Barzani à l’agence de presse qui l’interrogeait à Erbil sur la possibilité d’une intervention kurde contre les insurgés en Irak ou en Syrie.

«Il est de notre devoir de protéger les Kurdes où qu’ils soient si l’on en a la capacité», a souligné le président du Kurdistan irakien, qui a cependant fait une distinction entre une telle intervention et une implication dans la guerre civile en Syrie, que les Kurdes selon lui doivent éviter.

Barzani estime que «les Kurdes devaient se tenir à égale distance» de toutes les parties en conflit pour que «le peuple kurde ne soit pas entraîné dans une guerre qui ne lui rapporte rien».

Mais les forces kurdes de Syrie dont le seul objectif était de préserver leur autonomie ont déjà été entraînées malgré elles dans des combats avec les djihadistes qui ont poussé plusieurs dizaines de milliers de Kurdes syriens à se réfugier au Kurdistan irakien.

M. Barzani avait brandi en août la menace d’une intervention de ses propres forces armées dans le conflit syrien pour protéger les Kurdes, mais plusieurs responsables ont par la suite tempéré ses propos.

Paar ailleurs, le dirigeant historique des Kurdes d’Irak a pour la première fois admis publiquement que le Kurdistan irakien avait fourni un entraînement militaire à de jeunes Kurdes de Syrie pour qu’ils puissent «protéger leurs régions».

Un État kurde par la voie du dialogue

Dans l’entrevue qu’il a accordé à l’agence française, M. Barzani a également évoqué l’avenir du peuple kurde, soulignant son droit à l’auto-détermination et à avoir un État, un objectif selon lui réalisable sans violence.

«Avoir son propre État est un droit naturel pour le peuple kurde, mais cela ne peut se réaliser par la violence», a-t-il affirmé, estimant qu’il fallait donner le temps nécessaire à la réalisation de cet objectif «de manière naturelle».

«Nous encourageons le dialogue entre les Kurdes et tous les États qui se partagent le Kurdistan», a-t-il précisé.

Dans le nord de l’Irak, les Kurdes bénéficient d’une région autonome riche en pétrole et le Kurdistan irakien cherche même à construire un oléoduc la reliant directement aux marchés étrangers.

En attendant, la région exporte du brut par camions vers la Turquie voisine et a signé des accords, notamment, avec Exxon Mobil et Total.

Le Kurdistan irakien profite également d’un essor économique de beaucoup supérieur au reste du pays et d’un bon climat sécuritaire pour faire appel aux investisseurs étrangers.

Revendiquant la création d’un Kurdistan unifié, les Kurdes, principalement établis sur près d’un demi-million de kilomètres carrés aux confins de la Turquie, de l’Iran, de l’Irak et de la Syrie, ont toujours été considérés comme une menace constante à l’intégrité territoriale des pays où ils sont installés.

*Avec AFP

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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