Le remplacement des hélicoptères maritime ou l’ABC d’un échec

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Un hélicoptère CH-124 Sea King Canadien effectue des exercices d'appontage sur le USS Pearl Harbor (LSD 52) pendant PANAMAX 2007 (Photo: Archives/US Navy)
Un hélicoptère CH-124 Sea King Canadien effectue des exercices d’appontage sur le USS Pearl Harbor (LSD 52) pendant PANAMAX 2007 (Archives/US Navy)

L’affaire du retard de Sikorsky dans la livraison de l’hélicoptère maritime, c’est l’ABC d’un échec. Après l’échec du plan «A», et en l’absence d’un plan «B» crédible, on semble en être arrivé à un plan «C» qui ne serait rien d’autre que le plan «A» modifié une énième fois.

Après tout le bruit autour de l’idée d’un plan «B» qu’il y a eu cet automne et de la possible rupture du contrat avec Sikorsky, les fonctionnaires du ministère de la Défense nationale s’attendent maintenant à ce que le gouvernement donne une fois de plus une nouvelle chance à l’entreprise aérospatiale américaine d’enfin livrer ses hélicoptères Cyclones pour remplacer les vieux Sea Kings.

Sikorsky avait signé en 2004 un contrat pour livrer 28 hélicoptères pour remplacer nos vénérables Sea Kings, qui ont fêté leur 50e anniversaire cette année, mais le fournisseur a maintenant cinq ans de retard et a seulement construit quatre appareils d’«essai», refusés d’ailleurs par le gouvernement.

Au printemps dernier, la ministre des Travaux publics de l’époque Rona Ambrose avait réclamé une analyse indépendante pour savoir si Sikorsky pouvait respecter son engagement et, au début du mois d’octobre, de hauts responsables de la Défense nationale et des Travaux publics s’étaient réunis à huis clos avec des rivaux de Sikorsky pour préparer un plan «B».

Mais, attention, une annulation du contrat pourrait coûter très cher, prévenait l’expert en matière de défense de l’Université Dalhousie, Jean-Christophe Boucher lors d’une entrevue à 45eNord.ca.

Devant le coût élevé d’une annulation, le gouvernement pourrait aussi acheter des appareils déjà éprouvés, comme ceux d’Augusta Westland, pour faire le pont entre nos vieux Sea Kings et les nouveaux Cyclones qui tardent à arriver.

Les responsables au ministère de la Défense voudraient maintenant, semble-t-il, que leurs collègues de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada avalisent les changements nécessaires pour pouvoir enfin la livraison accepter des hélicoptères Cyclone provisoires de Sikorsky.

Sikorsky propose en effet de fournir au Canada ce que l’entreprise appelle des hélicoptères provisoires pas entièrement équipés avec tout le matériel nécessaire, tout en affirmant qu’il serait alors en mesure des aéronefs entièrement conformes à partir de 2015.

Publiquement, le gouvernement conservateur a adopté une ligne dure – déclarant qu’il n’acceptera pas les hélicoptères provisoires parce qu’ils ne répondent pas aux spécifications, et ne s’est pas fait prier pour dévoiler qu’il examinait sérieusement un plan «B». Comme on l’a vu précédemment.

Toutefois, de hauts responsables gouvernementaux , y compris les sous-ministres à la Défense et aux Travaux publics, ont eu plusieurs rencontres depuis décembre 2011 avec des représentants de Sikorsky pour paver la voie à la livraison des hélicoptères provisoires.

Travaux publics avait d’ailleurs déjà modifié le contrat de Cyclone deux fois dans le passé afin de donner à Sikorsky plus de temps pour livrer l’hélicoptère.

Aujourd’hui, malgré les dénégations du gouvernement Harper, des sources au sein de l’industrie disent qu’il y a effectivement des discussions sur d’autres modifications au contrat.

Par ailleurs, Sikorsky a livré quatre Cyclones à la base de Shearwater en Nouvelle-Écosse , mais ils restent toujours la propriété de l’entreprise.

On ne sait pas si cela peut être indicatif de ce que fera finalement le gouvernement dans cette histoire, mais le gouvernement conservateur a annoncé cet été qu’il allait permettre aux pilotes et aux techniciens de se former sur les hélicoptères Cyclone, bien qu’il en ait refusé officiellement la livraison parce qu’ils ne répondent du contrat.

Alors, si on résume, A=B=C=A, ou quelque chose comme ça…

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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