Syrie: exécutions et prises d’otages par les rebelles dans des villages alaouites

0
Un charnier à Sleibeh al-Hamboushieh, en Syrie' un des villages alaouites où des groupes rebelles ont massacré des civils (HRW)
Un charnier à Sleibeh al-Hamboushieh, en Syrie’ un des villages alaouites où des groupes rebelles ont massacré des civils (HRW)

Au moins 190 civils ont été tués dont 67 exécutés, et 200 pris en otage dans des villages alaouites en Syrie par des groupes djihadistes et rebelles début août, rapporte Human Rights Watch (HRW) dans un rapport diffusé ce vendredi 11 octobre.

Le rapport de Human Rights Watch publié le 11 octobre: «You can still see their blood» (HRW)

Ce rapport de 105 pages, intitulé: «You can still see their blood’: Executions, Indiscriminate Shootings, and Hostage Taking by Opposition Forces in Latakia Countryside» («On peut encore voir leur sang: Exécutions, tirs sans discernement et prises d’otages par les forces de l’opposition dans les zones rurales près de Lattaquié»), présente des preuves que ces civils ont été tués dès le premier jour de l’opération, le 4 août, dit l’ONG.

«Ces exactions ne sont pas le fait de quelques combattants incontrôlés», a déclaré en outre Joe Stork, directeur par intérim de la division Moyen-Orient à Human Rights Watch. «Cette opération a consisté en une attaque planifiée et coordonnée contre la population civile de ces villages alaouites.»

HRW dit avoir établi qu’au moins 20 groupes armés d’opposition distincts ont participé à cette opération, qu’ils ont appelée tour à tour « La campagne des descendants d’Aïcha, mère des croyants», « L’offensive Barouda» ou « L’opération de libération du littoral», et qui a duré jusqu’au 18 août.

Les principaux «organisateurs» et «exécuteurs» de l’attaque du 4 août étaient des groupes jihadistes comme l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), le Front Al-Nosra –tous deux affiliés à Al-Qaïda– et Jaich al Mouhajirine wal Ansar, mais aussi des groupes rebelles islamistes comme Ahrar al Cham et Souqour al-Izz.

Deux des groupes d’opposition qui ont pris part à cette offensive, l’État islamique d’Irak et de Syrie et Jaish al-Muhajireen wal-Ansar, détiennent d’ailleurs toujours les otages, dont la grande majorité sont des femmes et des enfants.Les constats effectués indiquent clairement que les meurtres, les prises d’otages et les autres exactions commises sont assimilables à des crimes de guerre et à des crimes contre l’humanité, affirme Human Rights Watch dans son rapport.

La chaîne YouTube alhayahalshabyh, avec une photo du Cheikh rebelle al-Ajami Hajjej, ses coordonnées, et un appel à soutenir l’opération qui va mener au massacre de centaines de civils (HRW)

Dans son rapport, l’ONG indique avoir mené une enquête sur place et interrogé 35 personnes, y compris des survivants de l’attaque menée par des rebelles contre dix villages alaouites le 4 août dans la province de Lattaquié, fief du président Bachar al-Assad.

Ce jour-là, au moins 190 civils ont été tués, dont 57 femmes et 18 enfants, selon HRW, qui a compilé une liste de noms de ces victimes.

Parmi eux, au moins 67 ont été exécutés alors qu’ils n’étaient pas armés ou tentaient de fuir, selon HRW qui a rassemblé des éléments montrant qu’il s’agissait de civils non-combattants, n’ayant rien fait qui puisse menacer, ou laisser croire qu’ils menaçaient les assaillants.

«Ces combattants ont lancé l’attaque le 4 août, le premier jour de la fête du Fitr marquant la fin du moins du ramadan (jeûne musulman). Ils ont franchi les positions de l’armée gardant la zone et sont entrés dans plus de 10 villages alaouites», notamment autres Barouda, Nbeité, Blouta, Abou Makké, précise encore HRW.

Les alaouites –une branche du chiisme– sont une communauté minoritaire en Syrie à laquelle appartient le clan Assad. La majorité de la population syrienne, tout comme les rebelles qui tentent de renverser le régime depuis plus de deux ans, sont des sunnites qui considèrent les chiites comme des infidèles et des hérétiques.

Dans cette guerre civile qui a fait jusqu’à maintenant plus de 110.000 morts et des millions de déplacées et de réfugiés, les ONG et organisations de l’ONU ont dénoncé à plusieurs reprises des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par les forces gouvernementales, mais aussi des crimes semblable commis par l’opposition armée, alors que le conflit plonge le pays dans la barbarie.

Le rapport de Human Rights Watch est publié la même semaine où fait scandale une vidéo qui semble montrer des combattants du camp adverse, le Hezbollah chiite libanais, allié au régime Assad, en train d’exécuter des rebelles syriens grièvement blessés a choqué au Liban, menaçant d’aggraver les tensions communautaires dans le pays.

Sur la vidéo, on peut voir des hommes armés, vêtus de treillis, dont l’un au moins arbore le brassard jaune habituellement porté par les membres du Hezbollah, sortir plusieurs corps ensanglantés d’un van et les abattre.


Syrie : Crimes de guerre commis par les rebelles à Lattaquié (Vidéo: HRW)

À lire aussi:

Liban: une vidéo d’exécutions de Syriens attribuées au Hezbollah >>

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.