Tunisie : crise politique sans issue, colère après des attaques djihadistes

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Des manifestants s'opposent au parti islamiste Ennahda à Tunis, le 13 août 2013 (Fethi Belaid/AFP)
Des manifestants s’opposent au parti islamiste Ennahda à Tunis, le 13 août 2013 (Archives/Fethi Belaid/AFP)

Des violences visant les islamistes au pouvoir en Tunisie ont fait cinq blessés jeudi alors que s’aggrave une longue crise politique autour de la question de la démission du gouvernement, un conflit nourri par des attaques djihadistes.

Le saccage de deux bureaux d’Ennahda au Kef et à Béja (nord-ouest), faisant cinq blessés, est intervenu en marge de funérailles et du deuil national de trois jours décrété après la mort de six gendarmes et d’un policier dans des affrontements avec des djihadistes.

Les pourparlers entre islamistes et opposants prévus vendredi matin à 9h00 GMT semblaient avoir peu de chance de débuter, chaque camp campant sur sa position.

Le Premier ministre Ali Larayedh a renouvelé jeudi soir son engagement de la veille à démissionner et laisser la place à une équipe d’indépendants «à condition» que le «dialogue national» débouche aussi sur une Constitution, une loi électorale et un calendrier pour les prochains scrutins.

«Le gouvernement est déterminé et s’engage à une démission, dans les délais prévus de la feuille de route, mais à condition que toutes les phases s’achèvent aussi les unes après les autres», a-t-il dit à la télévision nationale.

Les différents partis d’opposition avaient de leur côté prévenu qu’ils ne participeraient pas au «dialogue national» sans un engagement ferme du Premier ministre à démissionner dans les trois semaines suivant le début des pourparlers, le délai mentionné dans la feuille de route des négociations.

L’un des principaux partis d’opposition, Nidaa Tounès, a même exclu tout pourparler «sans un engagement formel et écrit du gouvernement à démissionner».

Dans le cas contraire, le Premier ministre assumera la responsabilité d’un échec en «gâchant une occasion précieuse de compromis pour sauver le pays».

Attaques contre des locaux d’Ennahda

La vie politique tunisienne est paralysée depuis l’assassinat en juillet d’un député d’opposition attribué aux djihadistes.

L’opposition accuse Ennahda d’avoir fait preuve de laxisme face au courant salafiste et de faillite sur le plan sécuritaire.

Des manifestants en colère après la mort d’un policier, tué par des djihadistes mercredi dans le nord de la Tunisie, ont attaqué avec des pierres et des cocktails Molotov le bureau d’Ennahda à Béja (nord-ouest) faisant cinq blessés, selon ce parti.

Dans la matinée, un local du parti islamiste au pouvoir avait été saccagé et incendié au Kef avant l’enterrement d’un gendarme mort dans des combats avec un groupe armé dans la région de Sidi Bouzid (centre-ouest).

Selon des témoins interrogés par l’AFP, des jeunes ont aussi jeté des pierres dans la soirée sur le siège de la préfecture avant d’être dispersés par la police.

La foule se masse aux obsèques

Dans les régions du Kef, de Sidi Bouzid et de Kasserine (centre-ouest), les obsèques des six gendarmes tués la veille ont attiré des foules très importantes.

Les proches ont indiqué à l’AFP avoir refusé la présence de tout représentant officiel, témoignant de la colère de la population mais aussi des forces de l’ordre face à la multiplication des attaques et au manque de moyens.

«Nous refusons leurs condoléances, leur présence et en premier lieu celle d’Ali Larayedh», a indiqué Jamel Salhi, le frère d’une des victimes de Sidi-Bouzid.

«Je suis choqué, ces martyrs le sont parce qu’ils n’ont pas d’équipements suffisants», s’est emporté le père du défunt, Afif Salhi.

Le pouvoir assure être en «guerre contre le terrorisme», ce qui implique des pertes, et a appelé à une manifestation «contre le terrorisme» jeudi soir à Tunis, à laquelle ont participé des centaines de personnes, selon un journaliste de l’AFP sur place.

A Sidi-Bouzid comme à Kasserine, l’ensemble des institutions publiques et des écoles étaient fermées à la suite d’un appel à la grève générale des antennes de l’UGTT.

A Kasserine, ville située au pied du mont Chaambi, où l’armée pourchasse depuis des mois un groupe lié à Al-Qaïda, des manifestants ont brûlé des pneus dans les rues.

Enfin, à Menzel Bourguiba (nord) où le policier a été tué mercredi soir, onze militants salafistes ont été arrêtés, a indiqué le ministère de l’Intérieur.

Il a aussi annoncé avoir retrouvé sur les lieux des combats de mercredi dans la région de Sidi Bouzid une voiture piégée et une quantité importante d’explosifs ainsi que des armes. Un suspect a été tué mercredi, un autre arrêté tandis qu’un troisième est toujours en fuite.

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