Tunisie: le Premier ministre s’engage sur le «principe» d’une démission

0
Ali Larayedh, le ministre de l'intérieur Tunisien, leader fondateur du parti Ennahdha , mainbtenant désigné au poste de premier ministre (Photo: Arbimaestro, WikiCommons)
Le Premier ministre tunisien Ali Larayedh (Archives/Arbimaestro, WikiCommons)

Le Premier ministre islamiste tunisien s’est engagé mercredi sur «le principe» d’une démission du gouvernement dans l’espoir que cette concession suffira à lancer des négociations avec l’opposition pour sortir de trois mois de crise politique.

—-
Mise à jour au 24/10/2013 à 8h55

Un deuil national était observé jeudi en hommage à six gendarmes tués par un groupe armé en Tunisie où la grave crise politique persiste avec l’opposition accusant les islamistes de tergiverser sur leur promesse de quitter le pouvoir.

Si la présidence a annoncé un deuil de trois jours, aucune cérémonie officielle n’est prévue en raison du refus des familles des victimes très remontés contre le gouvernement dirigé par les islamistes d’Ennahda.

Cinq enterrements devaient avoir lieu dans l’après-midi dans les régions Sidi Bouzid (centre-ouest), chef-lieu de la région où les affrontements ont eu lieu mercredi, et Kasserine.

Un sixième est prévu au Kef (nord-ouest), où le local du parti islamiste Ennahda qui dirige le pouvoir a été incendié, selon un correspondant de l’AFP sur place.

—-

Des manifestants tunisiens à Tunis, le 23 octobre 2013 (Fethi Belaid/AFP)

Parallèlement, la Tunisie a été endeuillée une nouvelle fois mercredi par des combats avec un groupe armé qui ont coûté la vie à six gendarmes, alors que l’essor d’une mouvance jihadiste ne cesse de déstabiliser le pays.

Le chef du gouvernement Ali Larayedh s’est exprimé en début de soirée, avec près de cinq heures de retard, alors que l’opposition attendait un engagement «franc» de sa part à démissionner avant de participer au «dialogue national» de sortie de crise prévue à l’origine en milieu d’après-midi.

«Nous réitérons aujourd’hui notre engagement sur le principe de renoncer au gouvernement dans le cadre de la complémentarité des différentes phases de la feuille de route» du dialogue national, a-t-il déclaré.

«Nous ne nous soumettrons à personne», a-t-il ajouté, en mettant seulement en avant «l’intérêt de la patrie».

De son côté, le président Moncef Marzouki a formulé des assurances similaires à la télévision.

«Le Premier ministre m’a assuré ce soir de nouveau qu’il ne reviendrait pas sur le principe d’une démission tant que l’Assemblée nationale constituante acceptait de designer une commission électorale indépendante […] et achevait la Constitution», a-t-il dit.

L’opposition n’a pas réagi dans l’immédiat au discours du chef du gouvernement, si bien qu’il n’était pas clair si les négociations prévues ce mercredi allaient avoir lieu ou non.

La feuille de route rédigée par quatre médiateurs dont le puissant syndicat UGTT prévoit qu’un nouveau Premier ministre indépendant soit désigné par l’ensemble de la classe politique une semaine après le début du dialogue et qu’un cabinet de technocrates soit formé dans les deux semaines qui suivent. Le gouvernement est censé démissionner à l’issue de ce processus.

Mais parallèlement, l’opposition et le parti islamiste Ennahda au pouvoir doivent s’entendre sur le contenu de la nouvelle Constitution, dont l’élaboration est en panne, rédiger une loi électorale, former l’instance chargée d’organiser les élections et fixer le calendrier pour les prochains scrutins.

Mercredi, quelques milliers de militants de l’opposition ont manifesté dans le centre de Tunis pour réclamer le départ d’Ennahda. Dans la soirée, ils étaient encore quelques dizaines place de la Kasbah, où siège le gouvernement, certains y dressant même une tente.

De son côté, la presse ne cachait pas ses doutes quant aux chances de succès des négociations, dont le lancement prévu coïncide avec le deuxième anniversaire de l’élection de la Constituante, le premier scrutin libre de l’histoire tunisienne qui avait porté les islamistes d’Ennahda au pouvoir.

«Un dialogue national démarre le jour d’un anniversaire symbolique mais il part hypothéqué par la prédominance de la suspicion, de la duplicité de langage et l’ambiguïté des positions», assène Le Temps dans son éditorial.

«En train de vaincre le terrorisme»

Un policier blessé est hospitalisé à Sidi Bouzid le 23 octobre 2013 (Kahouli/AFP)

Sur le front sécuritaire, six gendarmes et un combattant armé ont été tués dans des affrontements avec un groupe «terroriste» dans la région de Sidi Bouzid (centre-ouest), a confirmé M. Larayedh, précisant que les forces tunisiennes «pourchassaient» les autres assaillants.

«L’État tunisien est en train de vaincre le terrorisme […] malgré les sacrifices», a-t-il assuré.

Un deuil national de trois jours a été décrété et l’UGTT a appelé à une grève générale jeudi dans la région de Sidi Bouzid.

Les nouveaux combats risquent cependant de compliquer encore la position des islamistes d’Ennahda et de leurs alliés, accusés par l’opposition d’avoir fait preuve de laxisme vis-à-vis de la mouvance djihadiste à qui ont été attribués les assassinats du député Mohamed Brahmi en juillet et de l’opposant Chokri Belaïd en février.

La semaine dernière déjà, deux gendarmes avaient été tués dans la région de Béja, à 70 km de Tunis. Si les autorités ont ensuite annoncé la mort de neuf «terroristes» dans une opération militaire, ces combats ont déclenché aussi une fronde au sein des forces de l’ordre.

Des dizaines de militants de syndicats de policiers ont chassé le président et le Premier ministre d’une cérémonie à la mémoire des gendarmes tués.

La Tunisie, berceau du printemps arabe, n’a plus d’institutions pérennes depuis près de trois ans faute de consensus sur la future Constitution.


Tunisie: manifestation contre le pouvoir islamiste (Vidéo: le19h45)

À lire aussi:

Tunisie: en attendant la démission du gouvernement, les deux camps fourbissent leurs armes >>

Les commentaires sont fermés.