Tunisie: les manoeuvres dilatoires des islamistes au pouvoir prolongent la crise

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Des manifestants s'opposent au parti islamiste Ennahda à Tunis, le 13 août 2013 (Fethi Belaid/AFP)
Des manifestants s’opposent au parti islamiste Ennahda à Tunis, le 13 août 2013 (Fethi Belaid/AFP)

La coalition d’opposition tunisienne, regroupant des partis allant de l’extrême gauche au centre droit, a appelé lundi à des manifestations à Tunis et en régions le 23 octobre, accusant le parti islamiste au pouvoir de retarder le début de négociations politiques pour différer la mise en place d’un gouvernement d’indépendants, tel qu’entendu le 5 octobre.

Houcine Abassi, le secrétaire général de l’UGTT, la principale centrale syndicale de Tunisie, a lui aussi appelé à l’accélération du processus transitionnel et de l’exécution de la feuille de route qui prévoit la formation dans les trois prochaines semaines d’un exécutif formé de ministres «indépendants», l’adoption d’une Constitution et d’un calendrier électoral.

En septembre dernier, avant la signature de la feuille de route, le secrétaire général de l’UGTT avait déjà fustigé les tergiversations d’Ennahda, le principal parti au pouvoir.

Depuis, Ennahda s’était engagé à respecter une feuille de route qui prévoyait la mise en place avant la fin du mois d’un nouveau gouvernement, l’adoption d’une nouvelle Constitution, d’une loi électorale et d’un calendrier pour les législatives et la présidentielle, alors que la vie politique est paralysée depuis le 25 juillet et l’assassinat d’un député d’opposition, Mohamed Brahmi, dont l’opposition tient responsable le parti au pouvoir.

Mais le parti islamiste au pouvoir a ensuite remis en cause ce calendrier, estimant que le compte à rebours ne pourra être déterminé qu’avec le début effectif d’un «dialogue national».

Le Front de salut national, qui réclamait que ces négociations débutent au plus tard le 19 octobre, «invite[maintenant]les Tunisiens et Tunisiennes dans toutes les régions, en particulier dans la capitale, à une mobilisation massive le mercredi 23 octobre» afin de réclamer notamment «la nomination d’un gouvernement de compétence».

La date choisie pour les manifestations marque le deuxième anniversaire de l’élection d’une Assemblée nationale constituante (ANC) qui devait à l’origine adopter en un an une Constitution, mais faute de consensus entre les islamistes, leurs alliés et l’opposition, ce calendrier a été sans cesse repoussé.

La coalition d’opposition a aussi accusé lundi les islamistes d’Ennahda d’user de «manœuvres pour gagner du temps» et «d’aggraver la crise» politique tunisienne.

La Tunisie est privée d’institutions durables et reconnues ainsi que de calendrier électoral près de trois ans après la «révolution de jasmin» de janvier 2011 qui avait chassé le président Ben Ali.

Le pays est aussi déstabilisé par l’essor de la mouvance djihadiste armée et des conflits sociaux.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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