Centrafrique: «Partez tout de suite!» dit le Canada à ses ressortissants

Face à l'avancée de la rébellion menée par la Séléka, les forces armées fuient les combats.
Face à l'avancée de la rébellion menée par la Séléka, les forces armées fuient les combats. "Une trahison" pour le président Bozizé (Photo: Info-Afrique)
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Des soldats dans une rue de Bangui, le 2 septembre 2013 (Photo: Archives/ Pacome Pabandji/AFP)
Des soldats dans une rue de Bangui, le 2 septembre 2013 (Archives/ Pacome Pabandji/AFP)

Le 29 novembre à 20h04, le gouvernement canadien a demandé à ses ressortissants de quitter la Centrafrique maintenant et prévenu ceux qui resteraient qu’il ne doivent pas compter sur le Canada..

En Centrafrique, avec les violences interconfessionnelles qui s’aggravent et prennent de l’ampleur, le pays peut basculer à tout moment dans un conflit meurtrier qui pourrait même dégénérer en génocide, craignent les observateurs.

Dans son avertissement à l’intention des Canadiens, le ministère des Affaires étrangères Affaires étrangères, non seulement recommande d’éviter tout voyage en République centrafricaine «en raison de la dégradation de la situation en matière de sécurité dans l’ensemble du pays», mais enjoint les Canadiens à quitter le pays dès maintenant.

«Vous devriez quitter la pays maintenant, si vous pouvez le faire de façon», dit le Canada à ses ressortissants, en les pressant de partir.

 

En mars 2013, la Séléka, une coalition de forces rebelles est entrée dans la capitale, Bangui, et a pris le contrôle du pays. Depuis, la situation en matière de sécurité continue de se dégrader partout au pays, rappelle le ministère canadien des Affaires étrangères.

La situation sécuritaire en Centrafrique au 30 novembre (Source: ministère français des Affaires étrangères)

Des violences interreligieuses ont fait plusieurs centaines de morts. Des cas de viol ont été signalés. Un couvre-feu est en vigueur. Les forces de l’ordre ne peuvent assurer la sécurité des civils, ajoute-t-il.

«Si vous êtes présent en République centrafricaine malgré cet avertissement», dit le ministère canadien des Affaires étrangères «prenez les précautions nécessaires afin d’assurer votre sécurité, mais ne comptez pas trop sur le Canada.

Il n’y a pas d’ambassade du Gouvernement du Canada en République centrafricaine, précise le ministère, qui prévient alors que la capacité du Gouvernement du Canada à offrir de l’aide consulaire ou aider ses ressortissants à quitter le pays «est donc extrêmement limitée».

Le Département d’État américain avait déjà quant à lui demandé il y a quinze jours aux citoyens américains d’éviter tout voyage en République centrafricaine et, comme le fait maintenant le Canada, il avait ceux qui y étaient à quitter ce pays le plus vite possible, ne pouvant absolument pas garantir leur sécurité.

L’ambassade américaine à Bangui avait suspendu ses opérations en décembre 2012.

La Centrafrique est depuis longtemps déjà la proie d’activités dissidentes, d’attaques armées et de banditisme, mais, avec la détérioration rapide de la situation ces derniers mois, le Canada presse donc maintenant à son tour ses ressortissants de quitter ce pays au plus tôt.

La France reste calme

La France, pour sa part, est moins alarmiste, d’autant plus qu’elle est plus à même de venir en aide à ses ressortissants et, si elle déconseille les voyages, elle ne va pas jusqu’à demander à ses ressortissants de quitter le territoire centrafricain, où elle maintient d’ailleurs une ambassade à Bangui, tout comme la République centrafricaine en maintient une à Paris.

Après le Mali, la France s’apprête d’ailleurs à intervenir en Centrafrique avec un millier de soldats et un projet de résolution à l’ONU proposant à terme l’envoi de Casques bleus dans ce pays en proie au chaos et longtemps négligé alors que les pays voisins comme la RDC, le Soudan, le Soudan du Sud, eux-mêmes aux prises avec des conflits ou, tout au moins, des situations «de paix fragile», faisaient oublier le sort de la Centrafrique.

Rappelant toutefois que des combats sporadiques ont actuellement lieu en province dans les régions de Bossangoa, Bouca (Nord-Ouest), Garga (Centre-Ouest), ainsi que Bangassou (Sud-Est), la France déconseille formellement les voyages dans ces régions et appelle aussi à la plus grande prudence ailleurs, notamment dans la capitale.

«Un regain de tensions est perceptible à Bangui. La plus grande prudence doit être observée et les déplacements nocturnes sont à éviter. Un couvre-feu a été annoncé à la radio de 22h à 6h. Il est impératif de le respecter.», dit le Quai d’Orsay dans son dernier avis, toujours valide le 30 novembre.

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