Insuffisance «chronique» de considération à l’égard des familles de militaires

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Nous avons souligné le jour du Souvenir cette semaine, un moment où les Canadiens peuvent s’arrêter et penser au courage et aux sacrifices des soldats et des anciens combattants en temps de guerre et lors des missions. C’est aussi l’occasion de reconnaître les efforts déployés par les membres des Forces canadiennes, hommes et femmes, et les sacrifices consentis par leur famille.

Trop souvent, les militaires et les membres de leur famille passent entre les mailles du filet du gouvernement. En réduisant considérablement le budget de la Défense nationale, le gouvernement conservateur a sous-financé les programmes qui viennent en aide au personnel militaire atteint de maladie mentale ou blessé. De plus, les familles des militaires vivent souvent dans des logements de piètre qualité et n’ont pas toujours accès à des soins de santé.

L’ombudsman de la Défense nationale et des Forces canadiennes, M. Pierre Daigle, a été clair la semaine dernière : il y a une insuffisance chronique de soutien et de considération à l’égard des conjoints et des enfants des militaires. Ainsi, des milliers de conjoints — principalement des femmes — peinent à trouver des emplois intéressants près des bases situées en région éloignée. La plupart des familles et enfants de militaires vivent dans des maisons délabrées, la majorité d’entre elles ayant été construites entre 1948 et 1960. Bon nombre de ces maisons contiennent de l’amiante, sont contaminées par la moisissure, ont des infiltrations d’eau permanentes ou manquent d’entretien depuis longtemps. À l’heure actuelle, on estime que 29 % des logements des militaires sont de piètre qualité.

La vie militaire est particulièrement difficile pour les enfants, dont la santé, le comportement et l’éducation souffrent des trop nombreux déménagements, sans compter l’inquiétude liée à la sécurité du parent déployé. Les familles de militaires ont de la difficulté à trouver un médecin de famille ou un spécialiste en raison des déménagements fréquents, et ils attendent pendant des années que leur nom atteigne le haut d’une des listes d’attente, ce qui arrive rarement.

Par ailleurs, l’ombudsman a déclaré en 2012 que la Défense nationale n’embauchait pas suffisamment de psychiatres et autres professionnels de la santé mentale pour traiter les vagues de cas de stress post-traumatique dans les Forces canadiennes. Dans les Forces, on sait bien que ceux qui s’occupent de ces militaires — les Unités interarmées de soutien au personnel — n’ont pas les ressources, les fonds et le personnel nécessaires pour accomplir leur travail. À titre d’exemple, il n’y a actuellement qu’un seul professionnel de la santé à l’Unité de Kingston pour traiter 82 soldats. À Petawawa, où on peut traiter 30 malades ou blessés, on en compte actuellement près de 200.

La vie militaire canadienne peut être difficile pour les familles de ceux qui portent l’uniforme, mais lorsqu’un soldat atteint du trouble du stress post-traumatique ne peut pas être traité — soit par manque de ressources, soit en raison de la honte associée à la maladie mentale — les membres de sa famille sont aussi touchés. Comme l’a dit l’ombudsman, lorsqu’un membre des Forces canadiennes souffre en silence, sa famille souffre aussi.

La situation ne peut que se détériorer à l’avenir puisque de plus en plus de militaires reçoivent un diagnostic de maladie mentale consécutive à leur service. Selon une étude réalisée récemment par le Parlement, on estime que près de 3 000 soldats ayant servi en Afghanistan seront atteints d’une forme grave de trouble de stress post-traumatique et que 6 500 auront un quelconque problème de santé mentale. Dans l’ensemble, au moins 8 % du personnel déployé entre 2001 et 2008 est atteint du trouble de stress post-traumatique, et ce nombre ne comprend même pas ceux qui refusent d’admettre qu’ils ont un problème de santé, ni les milliers de militaires et d’anciens combattants blessés lors de missions en Bosnie, en Somalie, au Rwanda, au Cambodge ou ailleurs.

C’est indéniable, le gouvernement doit faire beaucoup plus pour aider les militaires malades et blessés.

Les voix qui se font entendre le plus clairement sur l’incapacité du gouvernement conservateur à aider adéquatement nos militaires sont peut-être celles des familles. Comme l’a fait remarquer Mme Heather Allison — mère d’une technicienne médicale des Forces canadiennes ayant participé à deux missions en Afghanistan — lorsqu’elle a témoigné devant le Comité permanent de la défense nationale en juin dernier: «Nous sommes fiers, et nous sommes fiers de tout ce qu’elle fait. Mais nous ne sommes pas fiers de la façon dont elle est traitée ni de la façon dont se font traiter les personnes comme elle. Elle glisse entre les mailles du filet. J’entends cela chaque fois que je parle à des parents.»

Les Canadiens s’attendent à ce que le gouvernement s’occupe des hommes et des femmes des Forces canadiennes, qui font d’énormes sacrifices pour servir leur pays. Je cite les propos éloquents de Mme Allison: «La chose ne devrait pas être aussi difficile. La responsabilité ne devrait pas m’incomber. Elle devrait incomber aux Forces et au gouvernement – et aux Canadiens –, qui devraient veiller à ce qu’on s’occupe bien de nos enfants lorsqu’ils reviennent à la maison.»

À titre de porte-parole libérale en matière de défense nationale, je suis le « défenseur » libéral des intérêts des militaires canadiens, hommes et femmes. Je demande donc les services, l’aide et le matériel dont ils ont besoin pour faire leur travail de manière sûre et efficace, ainsi que les ressources nécessaires pour qu’on s’occupe bien d’eux et de leur famille ici, au Canada.