Logement militaire sur des bases comme Cold Lake: la chef de l’Agence de logement se défend

Base canadienne de Cold Lake, en Alberta, à 297 km d'Edmonton (Photo: Archives/WkiCommons)
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Base canadienne de Cold Lake, en Alberta, à 297 km d'Edmonton (Photo: Archives/WkiCommons)
Base canadienne de Cold Lake, en Alberta, à 297 km d’Edmonton (Photo: Archives/WkiCommons)

La patronne de l’Agence de logement des Forces canadiennes a tenu à répondre au rapport de l’Ombudsman publié mardi 5 novembre et qui consacrait plusieurs pages au problème du logement militaire, particulièrement criant à la Base Cold Lake, en Alberta, mais aussi ailleurs au Canada, et qui sont causes de stress chez les familles de militaires.

De nombreuses familles militaires ont de la difficulté à obtenir des logements adéquats et abordables dans des communautés saines et cohésives, disait le rapport de l’ombudsman, Pierre Daigle, qui soulignait la grande disparité de la qualité du logement militaire, en plus des fluctuations de loyer exigé d’un endroit à un autre, et l’incidence négative qu’avait ce phénomène sur la vie des familles des militaires.

Le rapport mentionnait, parmi les problèmes liés au logement militaire, la qualité déplorable de certaines communautés de logements militaires, notamment celle de la base de Cold Lake, en Alberta, et ce, en contradiction avec la philosophie officielle du ministère, qui affirme avoir à coeur le bien-être des militaires.

Pour ce qui est de la situation à la base de Cold Lake, en Alberta, elle est telle qu’elle pousse plusieurs miltaires à quitter les Forces canadiennes, avait déjà dit Pierre Daigle dans un rapport spécial remis en juillet dernier.

Les problèmes importants évoqués par les militaires et leurs familles et mentionnés dans le rapport de l’ombudsman étaient causes de stress: fuites d’eau, de la moisissure, du gel des tuyaux, espace d’entreposage restreint, des problèmes électriques, cuisines démodées, des planchers inégaux, des chambres trop petites pour être pratiques, entrées de cour étroites et des sous-sols inutilisables sauf pour un entreposage sur palettes à cause des infiltrations d’eau, etc.

Dans un certain nombre de logements au pays, il y a aussi des preuves de présence probable (actuelle ou passée) de substances toxiques tels l’amiante ou la vermiculite.

Des panneaux d’avertissements ont même dû être posés dans des maisons individuelles de la BFC Cold Lake indiquant aux résidents de ne pas altérer certains murs.

C’est le tiers-monde!

Il va sans dire que nombreuses familles concernées s’inquiètent des répercussions à long terme sur la santé pour ce qui est de vivre en étroite proximité de substances dangereuses pendant des périodes prolongées.

Les familles de militaires n’ont souvent pas le choix de vivre ces problèmes, démontrait le rapport de Pierre Daigle: une des raisons de choisir un logement militaire est le manque de choix abordables dans le marché privé, ou une appréhension ou aversion à acheter une maison étant donné le climat économique local à certains endroits où les militaires doivent accepter d’être affectés.

La patronne de l’Agence du logement se défend

La chef de l’Agence du logement des Forces armées (OttawaPS)

La chef de la direction de l’Agence de logement des Forces canadiennes (ALFC), l’organisme de service spécial qui a été créé en octobre 1995 pour gérer et maintenir le portefeuille de logements, Mme Dominique Francoeur, a tenu à répondre à l’ombudsman.

«Je fais miennes les remarques énoncées par le chef d’état-major de la défense et je tiens à remercier l’Ombudsman et son personnel pour leur travail. Le rapport dresse effectivement un portrait clair de la vie des familles de militaires au Canada et présente des renseignements supplémentaires sur l’état des logements sur les bases et les escadres militaires.», commence par dire la patronne de l’Agence.

«Cette information sera très utile au ministère de la Défense nationale (MDN) et à l’Agence de logement des Forces canadiennes (ALFC). Tous les deux sont engagés à s’assurer que les familles des militaires des Forces armées canadiennes (FAC) qui choisissent de vivre dans des logements de l’État jouissent d’une bonne qualité de vie, peu importe où elles sont affectées. Dans le cadre de cet engagement, le MDN et l’ALFC veillent à ce que les logements demeurent en bon état et qu’ils constituent une option attirante pour les familles des FAC» poursuit Mme Francoeur.

« Nous reconnaissons que les logements vieillissent et nécessitent des travaux de rénovation. Le rapport indique que 29 % du portefeuille résidentiel était en mauvais état. Cela était vrai au mois de mars de 2012, et des démarches ont été entreprises pour rectifier la situation.», reconnaît-elle.

«Pendant les deux dernières années financières seulement, l’ALFC a investi 192 millions de dollars dans le portefeuille résidentiel du MDN partout au pays.», se défend la chef de l’Agence de logement des Forces canadiennes.

« Après la plus récente évaluation de l’état des logements menée au mois de mars 2013, on a déterminé que 19 % du portefeuille résidentiel est maintenant considéré comme étant en mauvais état. Cela veut dire que, bien qu’il y reste encore beaucoup de travail à faire, nous avons réalisé d’importants progrès», souligne Dominique Francoeur.

Cela est-il suffisant? Dans de nombreuses bases la qualité du portefeuille actuel des logements militaires est toujours déplorable, démontre pourtant assez clairement le rapport de l’ombudsman de la Défense.

En avril 2013, le portefeuille des logements du MDN comptait 12.248 unités réparties dans 30 endroits au Canada, dont 87,9 % étaient occupés. Seulement 0,6 % du portefeuille total est constitué de nouvelles constructions. La grande majorité des unités existantes ont été bâties entre 1948 et 1960.

De l’aveu de l’Agence de logement des Forces canadienne, seulement environ 5 % des unités du portefeuille sont considérées comme répondant pleinement aux normes modernes.

En outre, la faible proportion des unités rénovées jumelées à la lenteur de ces rénovations signifie qu’un nombre très important de familles militaires continueront à vivre dans des logements inadéquats dans un avenir prévisible.

En parfaite contradiction avec la politique ministérielle énoncée dans la Directive et ordonnance administrative de la Défense 5024-0 qui établit clairement le besoin de fournir aux militaires et à leur famille des logements du MDN adéquats et abordables.

Ce qui amène l’ombudsman à dire que, «pour certains militaires actifs et leur famille, il y a un gouffre important entre ce que les hauts dirigeants du ministère de la Défense nationale et des Forces canadiennes annoncent pour les familles et ce qu’ils font [effectivement]pour leur offrir ce soutien».

Il y a peut-être un certain inconfort (sans jeu de mots) quand on s’aperçoit que le Canada ne peut même pas loger décemment ceux et celle qui défendent le pays.

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