Pakistan : la mort du chef taliban pourrait sonner le glas des pourparlers de paix

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Le chef des talibans pakistanais, Hakimullah Mehsud, le 4 octobre 2009 à Sararogha, dans le Waziristan du Sud (Archives/Naseer Mehsud/AFP)
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Le chef des talibans pakistanais, Hakimullah Mehsud, le 4 octobre 2009 à Sararogha, dans le Waziristan du Sud (Archives/Naseer Mehsud/AFP)
Le chef des talibans pakistanais, Hakimullah Mehsud, le 4 octobre 2009 à Sararogha, dans le Waziristan du Sud (Archives/Naseer Mehsud/AFP)

Le conseil central des talibans pakistanais se réunissait samedi afin de choisir un successeur à Hakimullah Mehsud, tué la veille par un tir de drone américain, une nomination cruciale pour l’avenir des pourparlers de paix avec le gouvernement d’Islamabad, rapporte l’AFP.

Hakimullah Mehsud, trentenaire promu chef du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) en 2009 après la mort de son mentor Baitullah Mehsud, a été tué avec quatre de ses proches vendredi par un drone près de Miranshah, capitale du Waziristan du Nord, épicentre de la mouvance djihadiste dans la région.

Les funérailles des cinq hommes ont eu lieu le soir même devant des commandants et des partisans du TTPet, dans la nuit de vendredi à samedi, la «choura» des talibans, le conseil suprême de la rébellion, a commencé à se réunir dans un lieu secret des zones tribales afin de choisir le successeur de M. Mehsud, rapporte l’agence de presse, s’appuyant sur des des sources talibanes.

Plusieurs noms sont déjà évoqués pour prendre la tête du mouvement dont Qari Walayat Mehsud, un cousin de Hakimullah, Asmatullah Shaheen, chef du conseil central des talibans, Khan Said «Sajna», actuel numéro deux de la rébellion et le mollah Fazlullah, le commandant qui avait pris le contrôle de la vallée de Swat de 2007 à 2009 avec ses hommes.

«Le choix pourrait prendre du temps», a confié à l’agence française un cadre de la rébellion sous couvert de l’anonymat «car les membres de la choura changent constamment de lieu de rencontre» en raison des craintes d’une nouvelle attaque de drone.

Par ailleurs, les autorités pakistanaises anticipent une nouvelle vague d’attentats dans le nord-ouest du pays, en représailles à cette frappe américaine contre le chef des talibans.

Un «sabotage» des pourparlers?

La mort de Hakimullah Mehsud intervient alors que le gouvernement du Premier ministre Nawaz Sharif devait envoyer une délégation dans les zones tribales en vue d’éventuels pourparlers de paix.

En septembre dernier, les principaux partis politiques pakistanais s’étaient prononcés pour des pourparlers de paix avec les rebelles islamistes talibans, qui avaient en retour salué cette ouverture.

La conférence de tous les partis pakistanais (APC) avait alors mandaté le gouvernement fédéral pour ouvrir des négociations avec les rebelles dans l’espoir d’en arriver fin aux multiples attentats qui ont fait des milliers de victimes dans le pays depuis 2007.

La résolution finale de la conférence affichait sa «totale confiance» envers le premier ministre Nawaz Sharif pour la réalisation de ce mandat.

Lors de la dernière campagne électorale, Nawaz Sharif, qui avait déjà été premier ministre dans les années 1990 et qui est revenu au pouvoir en mai dernier après sa victoire aux élections générales, s’était dit prêt à négocier avec les rebelles pour mettre fin aux violences.

malgré la multiplication des attentats, la volonté du pakistan de négocier avec les talibans n’avait pas fléchi.

Le commandement central du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) avait d’ailleurs nié toute responsabilité dans les dernières violences dont certaines ont été revendiquées par des factions talibans opposées aux pourparlers de paix proposés par la classe politique pakistanaise.

«Malgré ces incidents, nous devons poursuivre l’option du dialogue parce que les talibans sont formés de nombreux groupes et que plusieurs de ces groupes ont affirmé vouloir poursuivre le dialogue», avait alors déclaré Sartaj Aziz, à la fois chef de la diplomatie et premier conseiller du Premier ministre Nawaz Sharif sur les questions de sécurité.

«Il y a des éléments qui veulent faire dérailler le dialogue dont le but premier est justement de mettre un terme à ces incidents», avait-il ajouté.

«Ce tir de drone visait les pourparlers de paix, mais nous n’allons pas laisser mourir ces pourparlers», a pour sa part affirmé le ministre de l’Information Pervez Rasheed cette semaine. «La guerre ne fait qu’alimenter le feu et notre gouvernement veut jeter de l’eau sur la guerre et le feu» c’est pourquoi il est toujours favorable à un dialogue avec les talibans, a-t-il ajouté.

«L’avenir des pourparlers de paix sera difficile, ce sera un défi car de nombreux acteurs tentent de les saboter. Mais cela ne devrait pas avoir raison de la volonté du gouvernement d’aller de l’avant», a déclaré de son côté Jan Achakzaï, porte-parole de la Jamaat Ulema-e-Islam (JUI-F), un parti islamiste chargé d’établir le lien entre les rebelles et le gouvernement.

Islamabad dénonce l’usage de drone, mais…

Les autorités pakistanaises ont officiellement dénoncé cette frappe de drone, jugée « contre-productive » et considérée comme une atteinte à sa souveraineté.

En visite à Washington le mois dernier, le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif avait pressé ses hôtes américains de cesser les attaques de drones.

À la veille d’une rencontre avec le président Barack Obama, Nawaz Sharif s’était même lancé dans une charge contre les drones, un obstacle «majeur» dans les relations déjà mouvementées entre Islamabad et Washington.

«Je voudrais en premier lieu insister sur la nécessité d’arrêter les attaques de drones», avait déclaré M. Sharif lors d’un discours à l’Institut américain pour la Paix, un cercle de réflexion de Washington, rappelant que rappelé la conférence inter-partis au Pakistan avait conclu que «l’usage de drones était non seulement une violation de la souveraineté» du pays, «mais qu’il se faisait aussi au détriment» des efforts pakistanais de lutte contre le terrorisme.

Toutefois, selon des responsables et des documents révélés au cours des dernières années, Islamabad aurait tout de même donné le feu vert à certaines de ces frappes controversées et même demandé aux Etats-Unis de viser certaines cibles sur son propre territoire.

«Le Pakistan joue un double jeu. D’un côté, il soutient les États-Unis et de l’autre il veut parler avec nous. Nous discuterons avec le Pakistan lorsque les tirs de drones auront cessé», avait prévenu un haut commandant des insurgés, Azam Tariq.

*Avec AFP

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