Soutien aux familles de militaires: «Assez de mots, des gestes!», demande l’ombudsman de la Défense

«Les coûts inhérents à ne pas soutenir avec succès les familles des militaires sont impensables» (Pierre Daigle, ombudsman de la Défense)
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«Les coûts inhérents à ne pas soutenir avec succès les familles des militaires sont impensables» (Pierre Daigle, ombudsman de la Défense)
«Les coûts inhérents à ne pas soutenir avec succès les familles des militaires sont impensables» (Pierre Daigle, ombudsman de la Défense)

L’Ombudsman du ministère de la Défense, Pierre Daigle,  qui a publié ce mardi 5 novembre son rapport spécial sur le bien-être des familles de militaires, explique que le soutien à ces familles est une obligation morale et que les coûts inhérents à ne pas les soutenir seraient bien pires.

Rapport spécial de l’ombudsman publié le 5 novembre sur le bien-être des familles des militaires

Dans son rapport spécial publié ce 5 novembre et intitulé «Sur le front intérieur: «Évaluation du bien-être des familles des militaires canadiens en ce nouveau millénaire», il souligne les répercussions sur la vie des familles de militaires des déménagements fréquents, de l’absence du foyer et du risque couru par les membres des Forces armées.

De plus, l’ombudsman souligne que «Les familles [de militaires] ressentent clairement les effets de deux décennies d’opérations continues. Elles sont lasses du niveau d’engagement élevé et soutenu qui leur a été imposé. Elles ressentent également les conséquences latentes d’un tel effort soutenu – lesquelles demeurent longtemps après le rapatriement d’un déploiement.»

«Les familles des militaires canadiens subiront les répercussions de l’Afghanistan et des autres missions récentes pendant encore plusieurs années avant qu’elles ne diminuent de manière importante.»

Pierre Daigle exhorte donc le gouvernement canadien à résister aux pressions budgétaires actuelles et à la tendance naturelle de réduire le soutien après une période opérationnelle prolongée.

Avant de formuler ses recommandations, l’ombudsman admet également que la mise en oeuvre des recommandations formulées dans son rapport peut représenter un défi en cette «période de compressions budgétaires, car il y aura évidemment des coûts associés à certaines recommandations.»

Outre le fait qu’après les coûts initiaux, ces mesures puissent générer des économies, l’ombudsman rappelle que «les Forces canadiennes ont une obligation morale d’offrir un soutien adéquat aux les familles qui font d’énormes sacrifices pour que leur être cher puisse servir le pays.».

«Ce sont», ajoute-t-il «des coûts nécessaires de fonctionnement pour une organisation qui envoie systématiquement son personnel dans des zones dangereuses.»

De plus, Pierre Daigle souligne le «lien de causalité entre le bien-être des familles et la capacité et la viabilité opérationnels».

«Par conséquent, le soutien efficace des familles est « absolument indispensable » et essentiel pour les Forces canadiennes», martèle-t-il «Il ne faut plus voir ce soutien comme facultatif, mais comme essentiel au cadre de fonctionnement, comme il l’a été pendant longtemps. En conséquence, les coûts inhérents à ne pas soutenir avec succès les familles des militaires sont impensables dans le contexte de la sécurité nationale.»

Les réalités de la vie militaire moderne

Les réalités qui façonnent la vie dans les Forces canadiennes (Ombudsman de la Défense)

Le fait que les familles des militaires doivent régulièrement déménager dit le rapport et qu’elles ont peu d’influence ou aucune influence sur l’endroit, le moment et la durée de l’affectation, a des répercussions perturbatrices importantes sur la vie familiale.

Le rapport révèle que de nombreux commandants et fournisseurs de services ont indiqué que la fréquence des déménagements – trois fois plus souvent que les familles civiles – est la principale caractéristique déstabilisante du mode de vie des Forces canadiennes.

L’absence du foyer est aussi problème.

Les déploiements opérationnels, pendant lesquels les familles ne passent presque aucun temps ensemble, poursuit le rapport, compliquent la situation. «Les relations au sein de l’unité familiale souffrent et les conséquences pour les enfants sont particulièrement troublantes.»

Le rapport fait ainsi état de l’incidence négative que peut avoir la participation à un déploiement d’un parent ou des deux parents sur la santé, le comportement et le rendement scolaire des enfants des membres des Forces canadiennes.

«Bien que les familles des militaires soient fières de leur contribution à la mission des Forces canadiennes, elles s’inquiètent bien entendu des conséquences à long terme de celle-ci sur leurs enfants», fait remarquer l’ombudsman de la Défense et des Forces armées.

Pierre Daigle rend aussi compte des difficultés que connaissent les familles des militaires en vue d’obtenir et de maintenir un accès à des soins de santé. Les familles des Forces canadiennes dépendent entièrement des systèmes de soins de santé provinciaux, comme les autres Canadiennes et Canadiens. Cependant, explique le rapport, étant donné les réinstallations fréquentes, les familles des militaires passent souvent d’une liste d’attente d’une province à une autre, atteignant rarement le haut de la liste.

Les familles des militaires ont ainsi quatre fois moins de chances d’avoir un médecin de famille que les familles civiles et un grand nombre de familles de militaires, dit le rapport, ont indiqué qu’une de leurs préoccupations importantes était les périodes prolongées sans soins de santé préventifs et réguliers.

En outre, les réinstallations fréquentes rendent difficile, sinon impossible, pour les conjointes et conjoints des membres des Forces armées d’obtenir et de conserver un emploi raisonnable, rémunérateur ou continu.

De nombreux conjoints connaissent par conséquent des périodes de chômage ou de sous-emploi.

Les recommandations générales: moins de mots, plus de gestes

le rapport de Pierre Daigle suggère près d’une vingtaine de mesures et des moyens-clé pour les mettre en oeuvre.

L’une des ces recommandations est bel et bien de ne pas se contenter de servir de beaux discours aux militaires.

«Les dirigeants du MDN et des FC doivent harmoniser plus étroitement ce qui est énoncé avec ce qui est fait» dit clairement le rapport de l’ombudsman

«Les militaires actifs et leur famille veulent croire que les FC attachent une grande importance à leur contribution et se soucient véritablement de leur bien-être. La fierté des familles concernant leur contribution à la mission, et susmentionnée dans le présent rapport, est presque universelle. Toutefois, les contradictions flagrantes entre ce qui est communiqué et ce qui est se produit réellement sur le terrain mine cette fierté et compromet la confiance des familles des militaires à l’endroit de la chaîne de commandement plus particulièrement et du système en règle générale.»

Parmi les recommandations générales, il propose aussi, notamment:

  • d’établir une définition moderne de «famille de militaire»,
  • de maintenir et d’augmenter le niveau d’orientation organisationnelle du soutien offert aux familles des militaires,
  • de réorienter de façon importante la philosophie à l’égard des familles des militaires en assurant une intégration plus complète des familles dans l’équipe de la défense,
  • de communiquer de façon plus efficace avec les familles des militaires,
  • de moderniser le Programme des services aux familles des militaires,
  • de renforcer le rôle de première ligne primordial des centres de ressources pour les familles des militaires,
  • d’officialiser l’approche visant la participation provinciale et territoriale et de continuer à exploiter des possibilités de partenariat.

Le rapport suggère plusieurs  mesures spécifiques

L’ombudsman des Forces canadiennes (Photo: capture CBC.ca)

Il est recommandé que le ministère de la Défense nationale (MDM) et les Forces armés canadiennes (FAC) modernisent les politiques et les procédures existantes en matière de réinstallation afin d’atténuer les difficultés qui surgissent lors des réinstallations géographiques. L’objectif vise non seulement à ce que les FC déménagent ses militaires moins souvent dans la mesure du possible, mais aussi qu’elles améliorent leur expérience de déménagement.

Il est recommandé aussi que le MDN et les FAC modernisent les programmes et les services existants offerts aux familles des militaires afin d’atténuer certaines des difficultés importantes occasionnées par les déploiements opérationnels.

Le rapport recommande ensuite que le MDN et les FAC élaborent une stratégie nationale d’emploi pour les partenaires non militaires afin de les aider à réussir de longues carrières épanouissantes ou à obtenir un emploi continu.

L’ombudsman recommande aussi que le MDN et les FAC aident les familles des militaires à avoir accès à des soins de santé et une continuité de soins de santé ainsi qu’à maintenir leur bien-être physique et mental.

Il est recommandé aussi  que le MDN et les FAC fournissent un soutien efficace en matière d’éducation financière et une compensation financière pour s’assurer que le service au pays n’entraîne pas des difficultés financières à leur personnel et à leur famille.

Et le rapport se termine en recommandant bien que le MDN et les FAC appuient les familles des militaires pour ce qui est d’élever des enfants bien adaptés et en santé afin que le fait de grandir dans un milieu militaire n’ait pas des répercussions négatives à leur égard.

La Légion canadienne entièrement d’accord

Le ministère de la Défense nationale (MDN) et les Forces armées canadiennes (FAC) ont dit accueillir favorablement aujourd’hui les recommandations formulées par l’ombudsman et le chef du personnel militaire, le major-général David Millar, ainsi que le chef d’État-major de la Défense, le général Tom Lawson, ont eu des paroles rassurantes.

«Je remercie l’ombudsman et le personnel de son cabinet pour le temps et l’énergie investis et pour l’approche collaborative qu’ils ont adoptée durant la préparation de ce rapport», a déclaré le général Tom Lawson. « Ce rapport brosse un tableau représentatif de la vie familiale des militaires au Canada et confirme ce que les membres de mon équipe et notre propre recherche quantitative avaient identifié comme étant les principaux défis auxquels doivent faire face les familles de militaires. À mesure que nous avançons, nous sommes déterminés à relever ces défis et à faire en sorte que la voix de nos familles continue de se faire entendre ».

Pour sa part, «La Légion royale canadienne a examiné le rapport et note que ces constatations ne devraient surprendre personne», de dire M. Gordon Moore, président national de la Légion.

Selon le rapport, note la Légion, «les FAC ont depuis 1990 participé de façon presque continue à des opérations militaires»

«Par ailleurs, la transition qui nous a menés d’opérations de soutien à la paix à celles de temps de guerre, ont exigé beaucoup trop des militaires, et, par extension, considérablement plus de la part de leurs familles.», ajoute Gordon Moore, qui se dit «entièrement d’accord avec les recommandations de l’Ombudsman»

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