Afghanistan: préparez-vous au retour des talibans prévient le renseignement américain

D'ex-talibans en armes à Herat en Afghanistan, le 7 août 2013 (Photo: Archives/AFP)
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D'ex-talibans en armes à Herat en Afghanistan, le 7 août 2013 (Photo: Archives/AFP)
D’ex-talibans en armes à Herat en Afghanistan, le 7 août 2013 (Photo: Archives/AFP)

Une évaluation classifiée du renseignement américain indiquerait que les 13 longues années de guerre en Afghanistan auront peut-être été inutiles et qu’il faille se préparer au retour en force des talibans et autres seigneurs de la guerre dès le retrait des Forces de la Coalition en 2014, du moins si le pays continue sur sa trajectoire actuelle.

Une analyse du renseignement américain, dont fait état le très sérieux Washington Post, prévoit que les talibans devraient rapidement récupérer du terrain en Afghanistan après le retrait des troupes occidentales.

Le plus récent «National Intelligence Estimate» (NIE) sur la guerre en Afghanistan prévoit que les gains que les gains qu’ont fait les États-Unis et leurs alliés au cours des trois dernières années sont susceptibles d’être considérablement érodés d’ici 2017, même si Washington laisse derrière lui quelques milliers de soldats et continue de financer la sécurité des Afghans.

C’est du moins ce que révèle la source du quotidien, un responsable bien au fait du contenu de l’évaluation et qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat.

Les NIE sont des documents classifiés destinés aux dirigeants du pays.

Ils sont des documents d’évaluations officielles du Directeur du renseignement national, aujourd’hui James Clapper, sur des thématiques de renseignement liées à un sujet particulier relevant de la sécurité nationale.

Les NIE ne sont pas à prendre à la légère. Ils sont produits par le National Intelligence Council pour le Directeur du renseignement national, qui est chef de la communauté du renseignement, et reflètent les avis de la Communauté du Renseignement des États-Unis qui regroupe les 16 services de renseignement des États-Unis.

Toujours est-il que cette toute récente évaluation prévoit que les talibans deviendront de plus en plus influents, au fur et à mesure que se retireront les forces de la coalition. Pire encore, toujours selon la source du Post, le rapport prédit que l’Afghanistan va même probablement sombrer rapidement dans le chaos si Washington et Kaboul ne signent l’entente qui permettrait de maintenir en Afghanistan un contingent militaire international au-delà de 2014 – une condition préalable à la fourniture des milliards de dollars que les États-Unis et ses alliés se sont engagés à dépenser en aide à l’Afghanistan au cours des années à venir.

Le président afghan sortant, Hamid Karzaï, a jusqu’à présent négligé de signer l’accord qui permettrait des forces américaines de rester au-delà de 2014.

La Loya Jirga, grande assemblée traditionnelle afghane, avait approuvé en novembre le traité de sécurité avec les États-Unis, mais le président Karzaï a assorti la signature d’une série de conditions et préfère que soit promulgué le traité après le scrutin, auquel il ne peut participer de toutes façons, la Constitution afghane lui interdisant de briguer un troisième mandat.

Il laisserait ainsi la responsabilité de signer l’accord à son successeur qui sera connu lors de la présidentielle d’avril prochain.

«En l’absence d’une présence continue et d’un soutien financier continu, la situation risque de se détériorer très rapidement», a déclaré le responsable américain.

Le bureau du Directeur national du renseignement et les responsables de la Maison-Blanche ont bien sûr refusé de commenter les conclusions de l’évaluation.

Toutefois, dit le Post, le général Joseph Dunford , commandant des Forces de la Coalition en Afghanistan, n’a pas réfuté les conclusions de cette dernière évaluation, souligne le Post.

D’ailleurs, comme pour mieux souligner la précarité de la situation, deux roquettes lancées par des talibans sont tombées mercredi 25 décembre dans l’enceinte de la mission diplomatique des États-Unis à Kaboul, située sur Great Massood Road, entre le bâtiment de Radio Afghanistan et celui du ministère afghan de la Santé.

Ces attaques illustrent bien les problèmes de sécurité dans la capitale afghane.

Les attaques à la roquette avaient été peu fréquentes ces dernières années à Kaboul, mais les rebelles renforcent maintenant la pression sur les États-Unis et les autorités afghanes avant les élections prévues l’année prochaine et le retrait des forces de la coalition en mars 2014.

En 2013, des attentats spectaculaires ont visé la Cour suprême, l’aéroport, des bâtiments d’agences étrangères et le palais présidentiel.