Centrafrique: échanges de tirs entre des soldats tchadiens et burundais

Des soldats français près du corps d'un manifestant tué le 23 décembre 2013 près de l'aéroport à Bangui (Miguel Medina/AFP)
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Des soldats français près du corps d'un manifestant tué le 23 décembre 2013 près de l'aéroport à Bangui (Miguel Medina/AFP)
Des soldats français près du corps d’un manifestant tué le 23 décembre 2013 près de l’aéroport à Bangui (Miguel Medina/AFP)

Mardi, le chef du contingent burundais, membre de la force africaine déployée en Centrafrique (MISCA), a évoqué des échanges de tirs survenus lundi après-midi entre des soldats burundais et tchadiens. Des soldats tchadiens déjà au cœur de la tourmente depuis quelques jours pour leur attitude dans la capitale, Bangui.
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Mise à jour au 25/12/2013 à 9h12

Finalement, après avoir été mis en cause dans plusieurs incidents, le contingent tchadien de la force africaine en Centrafrique (Misca) va être redéployé et quittera prochainement Bangui.

«Tout le contingent tchadien va être envoyé pour sécuriser le nord dans les prochains jours», rapporte l’AFP, citant un un porte-parole de la Misca, le lieutenant-colonel Ndong Toutoune, qui n’a donné aucune précision sur les modalités ou la localisation exacte de ce redéploiement.

Il est toutefois assez probable que le contingent tchadien soit redéployé au nord du pays, dans les régions frontalières du Tchad et du Soudan, où, parmi les populations locales, majoritairement musulmanes, vivent d’ailleurs de nombreux Tchadiens.

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L’image est saisissante. Des soldats venus rétablir la paix qui se tirent dessus. Assurément, la situation en Centrafrique est encore loin d’être apaisée. Selon le chef du contingent burundais, le lieutenant-colonel Pontien Hakizimana, des éléments tchadiens ont lancé une grenade en direction de leurs homologues burundais, lundi après-midi. Ceux-ci venaient d’intercepter six rebelles de l’ex-Séléka.

La scène s’est déroulée dans un quartier nord de Bangui. La grenade n’a pas fait de dégâts mais des échanges de tirs ont ensuite eu lieu. Selon ce même officier, les militaires burundais ont «fait preuve de retenue», mais des soldats de l’avant-garde ont tout de même essuyé des coups de feu et répliqué. Trois éléments tchadiens auraient alors été blessés.

Ces derniers «sont repartis avec les six ex-Séléka, en tirant dans tous les sens». Ils sont ensuite «revenus en force dans l’après-midi et ont attaqué nos positions, mais nous les avons repoussés sans aucun problème», a précisé le lieutenant-colonel Hakizimana. «Les soldats du contingent burundais sont très disciplinés et aguerris et n’ont aucune responsabilité dans les incidents d’hier. (…) Nous n’avons aucun contentieux avec aucune partie de la population centrafricaine, nous», a-t-il ajouté.

«Pas de Tchadiens à Bangui»

Une précision loin d’être anodine compte tenue du ressenti actuel contre les troupes tchadiennes. Lundi matin, une patrouille tchadienne avait brièvement ouvert le feu sur quelques milliers de manifestants rassemblés devant l’aéroport. Les protestataires exigeaient notamment le départ du pays des soldats tchadiens, aux cris de «Pas de Tchadiens à Bangui».

L’arrivée des deux 4X4 tchadiens a provoqué les jets de pierre immédiats de la foule. Les militaires tchadiens ont réagi en tirant en l’air et vers les manifestants. Un jeune homme est mort, touché par balle à la tête. Des soldats français sont intervenus assez rapidement, tirant en l’air pour disperser les derniers manifestants et prenant en charge les victimes.

Mais la tâche des troupes françaises s’avèrent de plus en plus délicate. Le Tchad est en effet un allié fort de la France en Afrique centrale et au Sahel. Il est d’ailleurs omniprésent en Centrafrique, à tel point que beaucoup voient la main de N’Djamena derrière la prise du pouvoir par les armes de la rébellion Séléka en mars 2013. Aujourd’hui, nombreux sont ceux, à Bangui, qui considèrent encore Ndjamena comme «complice» des rebelles de l’ex-Séléka.

Avec 850 hommes (sur les 3 700 que compte la MISCA), le Tchad reste un des acteurs majeurs de l’intervention franco-africaine en Centrafrique. Et son attitude semble alimenter un peu plus le climat de défiance qui mine la société centrafricaine depuis plusieurs mois, profondément divisée par un conflit religieux meurtrier.


Intervention en Centrafrique : le Tchad pointé du doigt par les chrétiens centrafricains – 23 décembre 2013 (Vidéo: France24)