Le Canada renonce à son programme d’achat des véhicules de combat rapproché

Un Véhicule Blindé Léger (VBL), de General Dynamics (Photo: General Dynamics land Systems)
Un Véhicule Blindé Léger (VBL), de General Dynamics (Photo: General Dynamics land Systems)
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Un Véhicule Blindé Léger (VBL), de General Dynamics (Photo: General Dynamics land Systems)
Un Véhicule Blindé Léger de General Dynamics (Archives/General Dynamics Land Systems)

On s’était posé la question il y a quelques jours à peine: est-ce que l’Armée canadienne aura ses véhicules de combat rapproché avant Noël? Nous avons désormais la réponse: c’est non!

Le commandant des Forces armées canadiennes, le général Tom Lawson, vient d’annoncer «ne pas aller de l’avant» avec le contrat des 108 véhicules pour 2,1 milliards $ après un long et pénible processus d’achat qui a donc abouti dans une impasse.

Les soumissions présentées par Nexter, General Dynamics Land Systems et BAE Systems arrivent à échéance lundi 23 décembre et le gouvernement a décidé de ne pas choisir de gagnant, ce qui élimine donc le programme d’achat.

Le général Lawson a précisé que le choix était militaire et non politique. C’est d’ailleurs pourquoi le ministre de la Défense nationale n’était pas présent à l’annonce.

Commandés en pleine guerre en Afghanistan, les véhicules ne répondent désormais plus aux besoins de l’armée, a indiqué le lieutenant-général Marquis Hainse, commandant de l’Armée canadienne.

D’après le lieutenant-général Hainse, les capacités du véhicule blindé léger III modernisé sont de beaucoup supérieures à ce qui avait été prévu au départ. De plus, d’importants investissements dans les capacités de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, des progrès significatifs en matière de capacités anti-engins explosifs improvisés et l’améliorations des tactiques, techniques et procédures de l’Armée canadienne ont permis «de réduire considérablement les risques tactiques auxquels doivent faire face nos soldats déployés dans le cadre d’opérations de combat».

Le projet annulé, un manque de liquidités

Le projet visait l’acquisition de 108 véhicules de 36 tonnes afin de combler le vide entre le parc actuel de véhicules blindés légers (5-25 tonnes) et le parc actuel de véhicules blindés lourds (45 tonnes et +).

«Après un examen minutieux des exigences opérationnelles militaires prioritaires, et vu l’amélioration des capacités à l’échelle des Forces armées canadiennes grâce aux investissements significatifs du gouvernement, les Forces armées canadiennes ont recommandé au gouvernement de ne pas procéder à cette acquisition. Nous avons accepté la recommandation de l’armée», a indiqué le ministre de la Défense nationale Rob Nicholson, dans un communiqué.

Depuis plusieurs mois le programme était en danger, après que l’Armée se soit inquiétée de ne pas avoir assez de fonds pour s’occuper de toute la formation, l’exploitation et la maintenance de ces futurs véhicules.

De plus, l’Armée disait craindre d’être obligé de devoir construire de nouveaux bâtiments pour abriter les véhicules spécialisés de 36 tonnes, alors même que les ressources budgétaires de l’armée ont fait l’objet de compressions allant jusqu’à 22% depuis 2011, et que 2014 ne s’annonce pas mieux, avec, sans doute une autre baisse d’environ 10%.

En mai dernier, certaines sources affirmaient que l’armée ne voulait plus de ces véhicules et préférait utiliser l’argent à d’autres fins, comme le maintien des formations, en pleine période de compressions. L’ancien commandant de l’Armée canadienne, le lieutenant-général Peter Devlin, s’est d’ailleurs plaint à plusieurs reprises de subir trop de coupures de budget et que l’Armée risquait de perdre des capacités importantes.

L’annulation de ce nouveau contrat militaire important pourrait revenir hanter les conservateurs, qui ont éprouvé des difficultés à tenir leurs engagements dans une longue liste d’équipements militaires.

Avec cet abandon du programme, l’industrie de la défense risque fort bien d’être en colère et de vouloir récupérer une partie des sommes investies. Chaque compagnie ayant participé au processus de sélection a dû débourser plusieurs millions de dollars. Nexter, General Dynamics Land Systems et BAE Systems ont dû fournir des véhicules à des fins de tests, les soumettant notamment à des explosions et autres mesures extrêmes afin de déterminer s’ils répondaient aux exigences de la Défense.

En juillet 2009, le gouvernement prévoyait octroyer le contrat «d’ici l’été de 2011 et la capacité opérationnelle initiale (COI) devrait être déclarée l’année suivante, soit en juillet 2012. On prévoit que le VCR atteindra la capacité opérationnelle totale d’ici juillet 2015.»

Mi-septembre, les chercheurs en défense Michael Byers et Stewart Webb décrivaient ces véhicules comme une relique adaptée à la Guerre froide, dans un rapport intitulé Stuck in a Rut: Harper government overrides Canadian Army, insists on buying outdated equipment.

«Les contribuables canadiens ont échappé à un piège de deux milliards $», a dit M. Byers jeudi.

Le colonel Andrew Jayne, Directeur – Besoins en ressources terrestres, a précisé que l’argent économisé sera «gelé pour l’exercice [budgétaire] 2013-2014» et «réinvesti dans l’exercice suivant selon les besoins du ministère [de la Défense]».