Les suicides des trois soldats cette semaine ne seront probablement pas les derniers

«Nous sommes entraînés pour prendre soin de nos collègues » dit une photo illustrant un texte sur la prévention du suicide sur le site de l’Armée canadienne (Photo: MDN)
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Hommage aux «soldats du suicide» à Ottawa (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Hommage aux «soldats du suicide» à Ottawa (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Avec le retour de nos soldats d’Afghanistan et le nombre d’entre eux devant gérer les effets du syndrome de stress post-traumatique (PTSD) en nette augmentation, les suicides risquent de se multiplier, admet enfin le colonel Rakesh Jetly, conseiller en santé mentale auprès de la Direction de la Santé mentale du ministère de la Défense.

Jusqu’ici, l’armée avait toujours affirmé que les déploiements sur le terrain, comme en Afghanistan, ne sont pas un facteur de risque dans les suicides commis et que le taux de suicide dans l’armée demeure stable.

Malgré le suicide des trois vétérans de la guerre d’Afghanistan cette semaine, l’expert de la Défense maintient toujours qu’il n’y a pas eu de récente augmentation du taux de suicide chez les membres des Forces canadiennes, mais admet au moins cette fois qu’avec le retour d’Afghanistan, le nombre de suicides risque d’augmenter.

Les trois suicides de cette semaine ne sont pas les premiers et, malheureusement, ne seront pas les derniers.

Sur les trois derniers cas de suicide, la semaine dernière, les trois sont allés au moins une fois en Afghanistan, et même deux fois dans un des cas.

Le caporal-chef William Elliott, du 2e Bataillon du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, a été trouvé mort mardi à son domicile, juste à l’extérieur de la base de Shilo, au Manitoba.

Elliott a subi des blessures au dos en 2006, alors qu’il était déployé en Afghanistan et craignait que l’armée ne le force à partir, a indiqué un de ses amis, le caporal Glen Kirkland.

En Alberta, c’est le bombardier-chef Travis Halmrast qui est mort lundi, après une tentative de suicide en prison trois jours plus tôt. Il s’y trouvait en raison d’allégations de violence conjugale.

Un ami de la famille a suggéré que le soldat vivait avec le syndrome de stress post-traumatique.

Le dernier cas, qui s’est produit mercredi, impliquait un sous-officier senior de la base de Petawawa. Il s’agit de l’adjudant Michael McNeil, qui servait depuis 19 ans au sein du Royal Canadian Regiment.

De plus, rapporte la Presse Canadienne, des détracteurs se sont également interrogés sur la façon dont les Forces canadiennes tiennent le compte des suicides en leurs rangs, et si ces données permettent de tracer un portrait représentatif.

Par exemple, l’armée n’arrive pas à tenir correctement compte des suicides chez ses réservistes dans ses statistiques sur le sujet. Les véritables taux de suicide pourraient être plus élevés que les données officielles.

«Nous les suivons, nous avons ces données, nous faisons enquête. Si un réserviste de classe B (se suicide), nous menons là aussi une enquête», a déclaré le colonel Jetly à l’agence de presse, mais «le problème est qu’il est très, très difficile pour nous, au sein de l’organisation, de véritablement obtenir le portrait de la situation chez les réservistes», a-t-il expliqué.

Tout estimé que les plus récents décès étaient «troublants», le ministre de la Défense, Rob Nicholson, a tenu à dire pour sa part jeudi que le gouvernement avait consacré des millions de dollars au traitement et au suivi psychologique des soldats revenant du front depuis 2011.

Le Canada surveille constamment les autres pays pour comprendre les programmes utilisés par ces derniers afin d’aider à diminuer les taux de suicide parmi les soldats, a noté le colonel Jetly, mais, selon l’opposition à Ottawa et certaines associations de vétérans, le gouvernement n’a pas consacré suffisamment de ressources dans les programmes qui empêcheraient les suicides.

En outre, ce qui complique encore les choses,comme dans quasiment toutes les armées du monde, le suicide dans les Forces armées canadiennes est encore un sujet délicat, voire tabou.

Dans un rapport récent sur le sujet, l’ombudsman de la Défense, Pierre Daigle, notait que le système de soins en santé mentale des Forces canadiennes «présente toujours des lacunes importantes qui nuisent gravement aux soins et au soutien offerts à ceux qui souffrent d’un problème de santé mentale lié aux opérations et à leurs membres de famille immédiats.»

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