Nucléaire iranien: John Kerry ne veut pas «accorder le bénéfice du doute» à Téhéran

Le Secrétaire d'État américain John Kerry devant une foule de reporters à son arrivée à Genève le 8 novembre pour se joindre aux négociations sur le nucléaire iranien avec le Groupe des 5 (Archives/Department of State)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Le Secrétaire d'État américain John Kerry devant une foule de reporters à son arrivée à Genève le 8 novembre pour se joindre aux négociations sur le nucléaire iranien avec le Groupe des 5 (Archives/Department of State)
Le Secrétaire d’État américain John Kerry devant une foule de reporters à son arrivée à Genève le 8 novembre pour se joindre aux négociations sur le nucléaire iranien avec le Groupe des 5 (Archives/Department of State)

Plus de deux semaines après un accord établi sur le nucléaire iranien, le secrétaire d’État américain, John Kerry, a confié, mardi, ses préoccupations quant à la coopération de Téhéran sur le sujet. «Nous avons tous le droit d’être sceptiques», a-t-il déclaré devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine.

John Kerry veut des actes. Devant des parlementaires en majorité républicains, le secrétaire d’État américain a fait face, mardi, aux critiques lancées à son encontre. Jugé trop «naïf» par ses opposants politiques, il a confié toute sa méfiance à l’égard de Téhéran.

S’il s’était montré optimiste à l’issue des négociations du 24 novembre dernier, John Kerry conserve plusieurs interrogations de taille sur le sujet. «Sont-ils prêts ou non et veulent-ils ou non faire des choix qui s’imposent? L’Iran a-t-il changé son calcul sur le nucléaire?», s’est interrogé à voix haute le chef de la diplomatie américaine.

«Honnêtement, je ne pense pas que l’on puisse le dire de manière certaine pour l’instant et nous ne prenons certainement pas des déclarations pour argent comptant», a-t-il ajouté. Preuve que l’équilibre esquissé lors de cet accord établi à Genève est encore extrêmement précaire.

«Au vu des précédents historiques de mensonges à la communauté internationale sur leur programme nucléaire, (…) nous avons tous le droit d’être sceptiques face à des gens prêts ou non à faire des choix difficiles», a martelé John Kerry. «Il ne faut pas leur accorder le bénéfice du doute».

Des parlementaires américains pour le renforcement des sanctions

En revanche, il a invité ses opposants républicains à ne pas alourdir les sanctions à l’égard de l’Iran. Et pour cause, les États-Unis ont «maintenant la meilleure des occasions pour mettre au banc d’essai cette proposition (des Iraniens), sans rien perdre» au change.

Au Sénat, notamment, un projet de loi visant à renforcer les sanctions actuelles pourrait être déposé dans les prochains jours par plusieurs élus faucons parmi lesquels le démocrate Robert Menendez et le républicain Mark Kirk.

Pour eux comme pour John McCain, ces nouvelles sanctions ne mettront pas en péril le compromis provisoire trouvé à Genève. Le sénateur républicain a dit compter sur «un accord» avec ses pairs «dans un jour ou deux».

Mais selon le secrétaire d’État américain, la diplomatie a encore sa place dans la résolution de ce conflit. «Je ne dis pas « jamais » (…) je dis simplement « pas maintenant ». Si cela ne marche pas, nous reviendrons devant vous et vous en demanderons davantage», a insisté le ministre. Il a également rappelé que l’essentiel des mesures punitives mises en place par le Congrès américain ces dernières années restait en vigueur.

Un accord pour restaurer la confiance

Lors de cette avancée diplomatique majeure à Genève, le 24 novembre, avec le groupe des 5+1 (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Grande-Bretagne et Allemagne), Téhéran s’est engagé à limiter pendant six mois la production d’uranium faiblement enrichi et à geler le développement des sites de Fordo, Natanz et Arak.

L’Iran devra aussi réduire son stock d’uranium enrichi à plus de 20%, facile à transformer en vue d’une utilisation militaire, et permettre à l’AIEA de réaliser des inspections plus poussées, c’est-à-dire des visites quotidiennes à Natanz et Fordo – elles sont actuellement hebdomadaires – et des visites de mines d’uranium et d’usines fabriquant les équipements destinés à l’enrichissement.

L’ambassadeur iranien à l’AIEA, Reza Najafi, a déclaré aux journalistes le 29 novembre qu’il prévoyait le début de l’application de l’accord «pour la fin décembre ou pour début janvier». Les mesures visent, en attendant un accord à plus long terme, à instaurer la confiance après une décennie de tensions.